Catégorie : Péripétie

Représente le récit d’un événement marqué par des péripéties, souvent quelque chose qui aurait dû être simple mais qui est devenu inutilement ou artificiellement compliqué.

  • Un autre problème de transfert de numéro

    Vous vous souvenez de cette offre de Fido en fin septembre 2025? On me proposait 25Go de données pour 20$/mois. Mon manque d’expérience a rendu le transfert de numéro de téléphone de Vidéotron vers Fido plutôt stressant. Il aura suffi de déclencher le transfert depuis mon compte Fido sur le web et autoriser l’opération par texto. Au final, je n’ai pas regretté la migration. Le tracas initial passé, je n’ai pas eu de nouveaux problèmes.

    Voilà que lundi, 26 janvier 2026, je reçois une nouvelle offre de Vidéotron: 40$/mois pour 75Go de données, fixe à vie, bien entendu tant que je demeure avec eux. J’ai été tenté d’accepter l’offre, ce qui était une bonne et une mauvaise idée. Avais-je vraiment besoin de plus que 25Go de données par mois? Pas vraiment. Avec Fido, je payais 20$ pour 25Go, ce qui veut dire 0.80$/Go. L’offre de Vidéotron me proposait 40$ pour 75Go, alors 0.53$/Go. Alors oui, le coût par Go est plus petit.

    Cette fois-ci, je ne sais pas pourquoi, la carte eSIM n’était pas une option. J’ai essayé qu’on utilise ma carte SIM Vidéotron existante, mais on a plutôt insisté pour m’envoyer une nouvelle carte SIM, que j’ai reçue mercredi, 28 janvier 2026. Pour effectuer le transfert de mon numéro de Fido vers Vidéotron, ils avaient besoin de mon numéro de compte Fido. J’ai tenté de me brancher sur l’application Fido: il fallait encore me reconnecter, ce qui veut dire chercher et démarrer l’application Keepass, entrer mon mot de passe maître, chercher pour l’entrée Fido, copier le mot de passe, revenir dans l’application Fido, coller le mot de passe et parfois il faut réessayer plusieurs fois. Plutôt que faire ainsi, j’ai essayé si je me rappelle bien avec mon ordinateur et surprise, le site de Fido ne fonctionnait pas du tout, se contenant d’afficher une icône indiquant que la page était en train de se charger. On a donc reporté le transfert de mon numéro au moment de la réception de ma carte SIM.

    Avant de contacter Fido pour obtenir le numéro de compte par téléphone, j’ai essayé de me connecter via Google Chrome au lieu de Firefox et ça a fonctionné. Le site de Fido, pour je ne sais pas quelle raison, ne fonctionne pas (ou plus) avec Firefox, du moins pas sur Linux!

    Mercredi, quand j’ai eu ma nouvelle carte, j’ai comme convenu rappelé Vidéotron pour procéder au transfert de mon numéro de téléphone. J’avais à portée de main mon numéro de compte Fido. J’avais retrouvé le petit outil pour ouvrir le compartiment à carte SIM de mon téléphone. J’avais aussi la carte à portée de main au cas où on me demanderait de donner le numéro, écrit un peu petit, sur l’emballage. Il se pouvait que je n’arrive pas à lire le numéro de façon fiable et je n’ai pas pensé à la possibilité de me faire aider par Google Lookout si jamais ça arrivait. De plus, la carte SIM installé, on peut aller rechercher ce numéro dans les préférences du téléphone, ce qui permet de contourner la difficulté à lire le numéro sur l’emballage. On ne m’a demandé que le numéro de compte Fido. Le fait d’avoir appelé au moins m’a permis d’avoir une meilleure confiance que je n’étais pas victime d’un hacker tentant de me soutirer de l’information pour voler mon numéro de téléphone.

    Comme le représentant du service client m’a indiqué, j’ai bien reçu le texto de Fido me demandant l’autorisation de transférer mon numéro. J’ai répondu Oui comme demandé et reçu un message de confirmation comme quoi l’autorisation a été reçue. Ensuite, j’ai éteint mon téléphone et installé la nouvelle carte SIM, ce qui s’est bien passé. Puis j’ai rallumé ça. Il s’est passé exactement la même chose que la dernière fois: carte SIM de l’ancien fournisseur (la eSIM de Fido) encore active avec mon numéro courant, carte SIM du nouveau fournisseur (Vidéotron) avec un nouveau numéro de téléphone. Bon, j’ai un meeting au travail, on va attendre après. Au moins je pouvais désactiver la carte SIM de Vidéotron et demeurer joignable à mon numéro habituel.

    Eh bien après le meeting, les choses n’avaient pas évolué alors j’ai rappelé Vidéotron. La personne m’a redemandé les questions d’identité puis vérifié mon dossier. Eh bien le numéro avait été transféré et était bien celui figurant sur mon compte Vidéotron.

    Ne sachant que faire, je suis allé voir sur mon compte et n’ai eu qu’une page indiquant que je n’étais abonné à aucun service mobilité. C’est qu’il y a deux systèmes: l’Espace Client et Helix. Je me suis malencontreusement connecté sur l’Espace Client tandis qu’on a tout rapatrié mes services sur le système Helix. J’ai tenté de me déconnecter, eu du mal à trouver comment, et puis constaté que la connexion vers l’Espace Client se rétablissait d’elle-même, automatiquement. J’ai eu beau tout essayer, il n’y avait rien à faire. Il m’a encore fallu y aller avec Google Chrome au lieu de Firefox, sinon j’aurais été obligé d’effacer tous les cookies pour réinitialiser le navigateur, puis après devoir me reconnecter sur chaque site (Facebook, Di.FM, YouTube, etc.). Dans l’espace Helix, c’était bien mon numéro de téléphone courant; le transfert avait réussi. Et pourtant.

    J’ai essayé de redémarrer l’appareil plusieurs fois, en vain. Par chance, il était facile de basculer entre la SIM de Fido et celle de Vidéotron puisque toutes deux se trouvaient dans mon appareil. Avoir eu deux cartes SIM physiques, il m’aurait fallu jongler entre les deux, avec à chaque fois le risque accru, par le stress, de l’échapper au moment de l’échange.

    J’ai fini par rappeler Vidéotron et là, la personne a eu du mal à valider mon identité. Apparemment, au lieu du jeune fille de ma mère, j’aurais entré dans le système un autre mot de passe. Je ne me souviens pas avoir fait ça, ce qui augmenta encore ma confusion et mon désarroi. Une deuxième fois, la personne vérifia des trucs, attesta que mon numéro était transféré, raccrocha en disant me rappeler et plus rien. Si je mettais la carte SIM de Vidéotron active et désactivais mon eSIM de Fido, je ne recevais pas les appels vers mon numéro de téléphone habituel.

    J’ai failli perdre ma soirée de mercredi soir, la passant à m’acharner jusqu’à une solution. J’avais ce soir-là une rencontre d’étude spirituelle avec des amis que j’aurais par la suite regretté avoir manqué pour taper sur ce problème, surtout que la solution ne serait venue que le lendemain, dans tous les cas.

    Avant de partir pour ma réunion, j’ai encore vérifié, cette fois avec mon téléphone, sur l’application Fido: compte actif, pas d’option pour déverrouiller le transfert de numéro. L’application Vidéotron, que j’ai réinstallée, ne fonctionna jamais. Si je me branchais sur mon compte Helix avec ça, j’avais seulement des messages d’erreur avec recommendation de réessayer plus tard. Bon sang! Ça va donc bien mal!

    Je ne pouvais pas juste annuler le nouveau forfait avec Vidéotron, parce que si le transfert du numéro était partiellement commencé, ça pouvait arriver qu’il se complète, que mon compte Fido se désactive et que non seulement je n’aie plus de forfait cellulaire du tout mais que mon numéro actuel soit perdu! J’aurais alors été obligé de faire table rase, repartir avec un nouveau forfait, un nouveau numéro et passer la fin de semaine qui aurait suivi à changer mon numéro sur plein de sites différents. Grrr!

    Jeudi matin, j’ai rappelé Vidéotron après avoir confirmé que chez Fido, mon compte était encore ouvert, avec mon numéro actuel. Apparemment, tout était beau du côté de Vidéotron, mais Fido n’avait pas fait son travail. Il allait me falloir les contacter, ce que je fis, avec peine. Pas moyen de trouver un numéro pour les rejoindre, seulement un bouton « Appelez-nous » qui déclenchait l’exécution d’une application xdg-open et rien ne se passait. Probablement qu’il aurait encore fallu redémarrer sous Windows et essayer de là. Au lieu de faire ainsi, j’ai demandé à Perplexity et pu trouver un numéro pour les rejoindre.

    Je me sentais de plus en plus dans l’impasse. Peut-être, pensai-je maintes fois, le mieux à faire sera de me rendre à la Cabine T, puisqu’ils font affaire avec plusieurs fournisseurs différents et ont sûrement rencontré ce genre de pépins dans le passé. Je pouvais espérer qu’ils savent quoi faire pour ça. Mais pas certain que la boutique existe toujours. La dernière fois que j’y suis allé, c’était avant la pandémie.

    Eh bien, je me suis fait coincer dans un labyrinthe d’options, un système automatisé qui ne comprenait pas ce que je disais. J’ai essayé et me suis heurté à un mur. Le système ne pouvait que traiter le problème commun du transfert de numéro d’un autre fournisseur vers Fido, pas le problème inverse que j’avais à savoir transférer de Fido vers Vidéotron! Alors pas le choix, faut rejoindre un spécialiste. Mais fallait prendre rendez-vous. Alors je mis ça sur la glace, jusqu’au jour même 14h.

    Eh bien durant l’avant-midi, mon téléphone s’est mis à bipper, affichant que la carte SIM 2 n’était pas configurée. Je ne suis pas venu à bout de vérifier que c’était bien la carte eSIM de Fido. J’ai fini par la désactiver et la carte SIM physique de Vidéotron fonctionnait encore, mais avec le damné numéro temporaire.

    Avant de paniquer et rappeler Vidéotron, j’ai tenté de m’appeler, avec mon téléphone fixe (ligne encore active pour mon système d’alarme) vers mon numéro habituel de cellulaire. Un instant, j’ai bien cru que ça allait sonner dans le vide et commençai à envisager avec furie la nécessité de procéder au changement de mon numéro de téléphone. Plus jamais, me suis-je répété mentalement, plus jamais je ne dois accepter d’offre téléphonique, ça me cause de la misère sans fin à chaque fois! Eh bien au moment où j’étais pour abandonner, cela sonna. Le routage vers mon numéro habituel fonctionnait.

    Une visite sur le site de Fido me confirma que mon compte était désormais fermé. Il y avait là un rappel de mon rendez-vous téléphonique le jour même. Je voulus l’annuler et n’y parvins pas. L’option pour modifier/annuler le rendez-vous affichait une fenêtre ne permettant de sélectionner que le type du rendez-vous. J’ai cherché, essayé plusieurs fois, cherché encore, en vain. Avant de chercher frénétiquement avec l’intelligence artificielle et risquer de me faire envoyer sur de fausses pistes, j’ai essayé avec le lien envoyé par texto dans le rappel du rendez-vous. J’ai alors pu annuler de là, en utilisant mon téléphone plutôt que mon ordinateur.

    Plus tard, peut-être le lendemain, mon numéro habituel était relié à ma carte SIM de Vidéotron et le numéro temporaire n’était plus. C’est ainsi que tout fut bien qui finit bien.

  • L’autobus qui parfois ne passe pas

    Chaque jam chez mon frère peut se transformer en pèlerinage ou en parcours du combattant. Il y a toujours moyen que pendant le trajet, il se passe quelque chose rendant les choses compliquées: métro en panne, autobus qui ne passe pas, etc. Au début, c’était un irritant nécessaire. Avec le temps, ça s’est transformé en une lutte symbolique contre l’hégémonie de la voiture. Puis plus tard, c’est devenu un élément intégral du rituel du jam.

    Je pars de chez moi suffisamment tôt pour espérer être rendu à Longueuil pour l’autobus 16 vers chez mon frère et si je manque mon coup, il reste la 71 à 19h30 et la 16 à 19h40. C’est le moment de décanter, laisser derrière les soucis du travail, faire quelques exercices de cou pour ne pas devoir retourner consulter en physio surtout durant la grève de la STM. Parfois, quand il me reste assez de patience pour ne pas pogner les nerfs tout de suite aux premiers mots tapés, je peux demander des images inusitées à Copilot ou écrire un message sur Facebook.

    Rendu là-bas, je peux passer du bon temps avec mon frère, me détendre, créer des fresques musicales intéressantes et planantes accompagnées d’improvisation à la basse ou au drum de mon frère, et c’est sans compter le fascinant monde des objets percussifs captés par des micros en tous genres et passés dans un pipeline d’effets. Je voudrais bien que la seule limite soit mon imagination, mais je suis bridé par l’inefficacité de l’ordinateur. Il y a trop de clics nécessaires pour bâtir un pipeline d’effets à partir de rien, c’est trop difficile avec juste l’écran de laptop. Il faut penser à ce genre de choses d’avance et préparer le projet Live chez moi, avant le jour du jam.

    Le retour est un moment de détente et parfois de transe méditative. Je repense au jam, je fabule, je pense à de nouvelles idées pour un prochain jam ou une improvisation musicale chez moi, à un nouveau récit à écrire, etc. J’écris parfois de petits messages sur Facebook, mais c’est agaçant avec le clavier virtuel, donc à petite dose. Cela devient presque comme un jeu. Ça commence avec le trajet en autobus, se poursuit dans le métro et puis se termine par la marche finale vers chez moi. Parfois, je rencontre des gens qui font une partie du trajet avec moi, souvent pas.

    Mais des fois, lors de ces parcours, il se produit un événement imprévu, il se spawn un gros boss, un monstre qu’il va falloir éviter ou péter d’une façon ou d’une autre. Parfois, les imprévus sont évitables, si on fait assez attention, comme me casser les lunettes en fonçant dans un arbre, me péter la canne en la coinçant quelque part ou en fessant sur un poteau par colère, me faire une entorse dans un trou d’arbre, tomber dans une flaque d’eau, me tremper à grandeur et avoir super froid, ou me casser une jambe je ne sais pas trop comment. Mais des fois, par exemple une interruption de service du métro, je ne peux rien faire pour réduire le risque ou éviter que ça arrive. Si ça arrive, il faut dealer avec, au mieux, idéalement avec patience et persévérance, ce que je ne réussis pas toujours. Il y a toujours la possibilité de finir ça en taxi pour sauter la suite du « jeu » si ça devient trop intense ou il n’y a plus d’autre solution.

    Ce vendredi, 7 novembre 2025, me rendre chez mon frère ne se passa pas très bien. En raison de la grève de la STM, mon plan habituel ne fonctionnait pas. Pour passer par le métro Longueuil, il m’aurait fallu partir pas plus tard que 17h45 et espérer atteindre le quai de la ligne jaune, à Berri-UQÀM, pour 18h15, heure du dernier train en service essentiel. De cette façon, j’arriverais à Longueuil vers 18h20, un peu trop tôt pour me rendre chez mon frère. Dans le pire cas, faudra trouver un endroit pour attendre. Il vaut mieux, en plus, partir plus tôt, parce que si je reste coincé à Berri-UQÀM, arrivé trop tard pour la ligne jaune, il ne restera que le taxi, et depuis le centre-ville, ce sera plus long, plus de trafic.

    Je pensais avoir trouvé un meilleur plan: la 170 qui part de la station Papineau. Le dernier départ est à 18h30 et l’autobus est dans le réseau RTL, pas affecté par la grève. Il faut atteindre la station Joliette gros max 18h02, alors départ gros max 17h45, arrivée à la station Papineau entre 18h et 18h30, attente de la 170 à 18h30 et hop. En cas de pépin, un chauffeur de taxi aura moins de mal à atteindre le pont que depuis le centre-ville alors rester coincé à la station Papineau est moins pire qu’à Berri-UQÀM.

    Ce plan a fonctionné une fois vendredi, le 3 octobre 2025, mais j’ai dû attendre 20 minutes pour qu’enfin la 170 passe. J’ai bien cru qu’elle ne passerait pas. J’aurais dû faire plus de calculs; j’aurais constaté que mes deux plans étaient grosso modo équivalents: soit j’attends une demi-heure à la station Papineau, soit je la poireaute au métro Longueuil! Je pensais que le dernier départ de Berri était à 17h45, ce qui me faisait arriver avant 18h au métro Longueuil et idéalement y attendre une heure avant de partir vers chez mon frère. Mais non, 18h15 le dernier départ de Berri!

    Ce vendredi, 7 novembre 2025, ça ne se passa pas bien. D’abord, je craignais manquer le dernier métro et j’ai marché vite, m’accrochant à répétition dans des vélos accrochés à des barrières, mon manteau a frotté tellement sur un vélo que j’ai cru qu’il avait déchiré, mais je n’ai pas trouvé de trou, et devant régulièrement contourner du monde à sens inverse. Je suis arrivé à temps, atteint la station Papineau sans problème, mais rendu là, je ne parvenais pas à retrouver l’arrêt pour la 170. J’ai cherché, des gens m’ont offert de m’aider, mais il ne savaient pas plus que moi où était l’arrêt. Il y avait l’arrêt pour la 45, pour l’autobus qui va vers La Ronde, mais pas de 170. Ce devait être sur une autre rue, selon le gars, mais je n’ai rien trouvé sur l’autre rue! J’avais du mal à m’y retrouver parce qu’il faisait noir et il pleuvait, et je commençais à craindre que la 170 ait été enlevée!

    Finalement, j’ai pu trouver l’arrêt en retournant vers le métro, j’ai marché vers Sainte-Catherine, puis tourné sur Cartier. Proche de Maisonneuve, il y avait l’arrêt que je cherchais et une personne qui attendait. Un autre s’est joint à nous pour attendre l’autobus de 18h30.

    Sauf que 18h30 passa et pas d’autobus. Nous avons attendu là près de 20 minutes en vain. La femme qui était avec nous a fini par téléphoner au RTL et a appris qu’il y avait eu un accident sur le pont et le départ pour la 170 avait été annulé! Oui oui! Il paraît en plus que ça arrive souvent, l’autobus est en retard, et parfois, oui parfois, ne passe pas! Quelle galère!

    Ma compagne d’infortune a regardé si elle ne pourrait pas trouver une voiture Communauto à proximité. J’ai regardé ce que ça impliquerait de faire la grande traversée du pingouin fou: partir, atteindre le pont, le traverser et puis soit atteindre le terminus pour l’autobus ou juste continuer à pied vers chez mon frère. Le trajet complet, à pied, aurait pris au moins 1h10 selon Google Maps et m’aurait laissé à bout, fou furieux, super fatigué. Ça n’en valait pas la peine. Il faudrait au moins le faire de jour, la première fois. Rebrousser chemin m’aurait forcé à marcher, dans le noir, à la pluie, vers chez moi, avec rien que j’aurais rapporté de ma soirée. Si ça avait été l’été ou au moins s’il n’avait pas mouillé, j’aurais peut-être essayé, le pont, mais là, ouin.

    En fin de compte, nous avons partagé un taxi, mes compagnons et moi. On a réussi à convenir d’un endroit où le chauffeur allait nous déposer, nous trois. Au début, ils penchaient vers le terminus Longueuil, ce qui m’aurait obligé à y attendre un autobus qui, pourquoi pas, aurait pu ne pas passer celui-là aussi. Je suis parvenu à les convaincre de descendre à un point plus proche de ma destination, là où la 170 passait en fait. Ils se sont rendus compte que c’était près d’où ils allaient.

    Le jam a été bien plaisant et nous a temporairement soulagés, mon frère et moi, de la déprime de la semaine. Nous avons improvisé, déliré, fabulé, nous sommes amusés.

    Le retour s’est au moins passé sans accroc. Je suis parti de chez mon frère proche de 23h alors le métro rouvrait jusqu’à la fermeture. Si jamais le métro avait été fermé après cette heure, outre le taxi, j’aurais pu coucher chez mon frère, mais le lendemain venu, encore à cause de la grève, j’aurais été obligé de repartir relativement tôt, pour passer avant le dernier départ du matin à 9h45. Je pourrais calculer l’heure maximum d’un tel départ pour réussir à passer, mais ça vaut plus ou moins la peine, j’aime mieux rentrer chez moi de toute façon.

    Vu l’historique de non fiabilité de la 170, que j’ai appris ce soir-là, pour les prochaines escapades du type, je serais tenté de partir gros max à 17h45 de chez moi, idéalement 17h40, pour atteindre Berri-UQÀM pour 18h10 et avoir le temps de me rendre à la ligne jaune, pour le dernier train avant la fermeture. S’il faut finir le trajet en taxi, tant qu’à ça je serais aussi bien prendre n taxi de chez moi et sauter par-dessus tout ce foutoir de boui-boui de tous les diables!

  • Une offre qui crée du stress

    Cette histoire a débuté samedi après-midi, aux environs de 15h. Mon quart de surveillance de Copilot Studio s’était terminé avec un seul appel le matin, mais il restait encore trois jours pendant lesquels je pourrais recevoir des alertes de dégradation de performance, de débordement de mémoire ou d’explosion d’erreurs en tous genres qu’il allait me falloir évaluer comme je peux pour déterminer l’impact et la nécessité (ou pas) d’appliquer un correctif.

    L’appel venait de Rogers. Ils offraient des forfaits avantageux pour essayer de récupérer et fidéliser leurs anciens clients. J’ai hésité, me suis dit que j’étais satisfait avec mon forfait actuel chez Vidéotron, mais là, 25Go pour 30$/mois. Au lieu de dire non et juste raccrocher, ce qui aurait peut-être été mieux vu que j’étais sur appel cette fin de semaine et risquer de perturber la réception de SMS pouvait être pas mal problématique, j’ai demandé ce qu’il fallait faire pour effectuer la migration.

    Le représentant m’a dit qu’il allait suffire de créer/réactiver mon compte et j’allais recevoir un email avec des instructions. Il allait falloir remplacer la carte SIM de mon téléphone. Oui c’est vrai. Mais avec Postes Canada en grève, ça va prendre l’éternité des temps recevoir la nouvelle carte. Il existe peut-être une solution: une carte eSIM. On a vérifié et mon Pixel 8 de Google supportait ce genre de choses.

    Durant l’appel, j’ai commencé à ressentir de l’inquiétude quant à la possibilité de me faire frauder. Le représentant connaissait mes informations personnelles qu’il a confirmées, en particulier mon nom, mon adresse postale et mon courrier électronique. Comme j’ai été client de Rogers dans le passé, ça se pouvait qu’ils disposent de cette information, alors je poursuivis le processus. C’était important de réfléchir à ça avant d’aller de l’avant et surtout, avant de fournir des informations additionnelles! Si un autre fournisseur, par exemple Bell, avec qui je n’ai jamais fait affaire, m’avait appelé avec toutes ces informations, là ça aurait été très suspect.

    Alors on y est allé avec ça. Pour vérifier mon identité, il m’a transféré sur un système sécurisé où je devais entrer mon numéro de carte de crédit, puis il m’a demandé mon numéro de permis de conduire. Comme je n’en ai pas, il m’a demandé mon numéro d’assurance-maladie. Il m’a aussi demandé ma date de naissance. Si ça avait été une personne malveillante, il disposait de pas mal tout ce qu’il fallait pour entamer un vol d’identité, ce qui est épeurant. La procédure effectuée, j’ai eu le email avec les instructions.

    Une activation qui se passe bien

    En gros, le email indiquait d’installer l’application Fido Mon Compte avec laquelle j’allais devoir activer la carte eSIM. Fido? Ben, on m’a parlé de Rogers durant l’appel. Fido et Rogers sont en quelque sorte associés, et j’ai déjà été client de Fido, alors ça tenait la route.

    Pour éviter toute confusion, avant d’entamer l’activation, j’ai éteint mon téléphone et retiré ma carte SIM de Vidéotron. La chose faite, j’ai redémarré l’appareil et tâché de trouver et démarrer l’application Fido. Quand j’ai cliqué pour me connecter en tant qu’invité, c’était pour m’envoyer un code de confirmation via SMS. Ah non, va falloir remettre la carte SIM? Ben oui!

    Avant de faire cela, je suis retourné en arrière et j’ai trouvé l’option pour me connecter avec un compte Fido. J’avais au préalable configuré mon mot de passe, en utilisant mon ordinateur. J’ai utilisé un mot de passe unique, stocké sous Keepass, alors si jamais le nouveau mot de passe tombait entre de mauvaises mains, seul l’accès à mon compte Fido aurait été compromis, pas mon compte Google, Facebook ou pire, mon compte professionnel chez Microsoft! Ouf, si j’avais autorisé un accès permettant à un attaquant de s’introduire dans le réseau de Microsoft, le stress que ça aurait engendré pour moi aurait bien pu m’achever, combiné au stress de la semaine sur appel en cours!

    La connexion établie à l’application, j’ai dû fouiller un peu et puis trouvé comment activer une carte eSIM. Il y avait un bouton sur lequel cliquer et puis tout se figea pendant quelques secondes, pour ensuite m’annoncer que l’activation avait réussi. Mon téléphone se reconnecta alors, au réseau de Fido plutôt que celui de Vidéotron. Yeah!

    J’ai ensuite démarré l’application de Téléphone, appuyé et maintenu enfoncé le bouton 1 et configuré la messagerie vocale. Tout se passa très bien. J’ai aussi reçu un message de bienvenue chez Fido, attestant que les SMS passaient.

    Une très mauvaise surprise

    Tout resta ainsi le temps que j’aille marcher un peu et prenne une bière avec un ami, puis je soupai. Ensuite de cela, je suis retourné vérifier mes courriers électroniques dans le but de retrouver et lire plus en profondeur un message envoyé par mon frère. J’ai alors vu le message de Fido, l’ai ouvert et constaté que le numéro de téléphone n’était pas le bon. Au lieu de transférer mon ancien numéro de Vidéotron vers Fido, on m’a simplement et bêtement attribué un nouveau numéro. Pourtant, le représentant, durant l’appel, m’avait bien demandé si je voulais réutiliser mon ancien numéro et j’avais souligné l’importance capitale de faire ainsi. Sur le coup, j’ai pensé à la nécessité de changer mon numéro de téléphone à plein d’endroits, mais un changement de numéro de téléphone durant une semaine sur appel, c’est une recette pour un désastre.

    Pas tout à fait, fort heureusement! En cas d’incident, je recevrai d’abord une notification de l’application IcM Mobile spécifique à Microsoft. Cette notification ne nécessite qu’un accès à Internet, via wi-fi ou cellulaire, peu importe. Ensuite, si je n’accuse pas réception de l’incident via l’application, ce qui arrive 95% du temps parce que l’interface ne répond pas ou est trop lente, là je reçois le SMS, puis une minute après un appel. Pendant ma période de blackout où mon numéro d’origine était inaccessible, j’aurais reçu les notifications de IcM Mobile mais pas les SMS et les appels. J’aurais donc su qu’il y avait des incidents. Cette histoire montre l’importance de la redondance dans le cas de systèmes critiques.

    Mais peut-être le numéro indiqué dans le message est bidon? J’ai essayé de vérifier sur mon téléphone, non toujours pas le bon numéro. Bon, arrêtons de s’arracher les cheveux avec ça et testons, me dis-je. J’ai alors utilisé mon téléphone fixe, encore actif, pour mon système d’alarme, pour m’appeler sur mon numéro de cellulaire. Boîte vocale immédiatement. Je n’étais plus joignable sur mon numéro de cellulaire.

    Super inquiet, il me vint l’idée que peut-être mon numéro de téléphone avait été volé! Le processus est relativement simple. On me convainc de passer à un forfait alternatif avantageux, on m’attribue un nouveau numéro et on entame le transfert de mon ancien numéro, de ma carte SIM vers une autre carte SIM, pas à moi, ailleurs. On se dit que la victime va penser que c’est normal. Bah, ça va me coûter moins cher par mois, pas mal moins cher, changer mon numéro est un moindre mal. Mais NON! L’attaquant, en possession d’une carte SIM à lui lié à mon ancien numéro, peut alors recevoir les SMS qui me sont destinés et se servir de cette porte dérobée pour provoquer la réinitialisation de mes comptes, allant du simple Google aux comptes bancaires!

    En raison de la faible authentification multi-facteurs mise en place par bon nombre de sites, un vol de numéro de téléphone est une catastrophe majeure. Même les systèmes utilisant une application d’authentification sont vulnérables, car ils offrent la récupération par SMS!

    Je me suis demandé si mon attaquant ne pourrait pas gagner accès à mon compte professionnel Microsoft et je crois que non, car la réinitialisation des informations de connexion à partir de rien nécessite une intervention manuelle du soutien technique qui va vérifier mon identité avant de procéder. Fiou! Sur mon laptop de travail, il y a une clé d’accès protégée qui permet de se brancher aux systèmes de Microsoft, sans devoir à chaque fois m’authentifier avec un mot de passe et Authenticator, alors fort possible que je pourrais utiliser ça pour reconfigurer Authenticator sans passer par le soutien technique. Mais si j’égarais et mon téléphone, et mon laptop, là il faudrait intervention humaine.

    Alors au pire, en cas de vol de numéro de téléphone, il aurait fallu me brancher sur mon laptop de travail, accéder à l’application IcM et modifier mon numéro dans mon profil, le pointant vers un numéro jugé stable et fonctionnel, tests à l’appui. Ensuite, j’aurais été obligé de passer la soirée et une partie de la journée du lendemain à changer mon numéro ailleurs, surtout sur Google parce que quelqu’un qui compromet mon compte Google pourrait réinitialiser des mots de passes sur mes autres comptes, en utilisant la récupération par email. AHHHH! Oui oui, c’est aussi simple et terrible que ça! Les comptes bancaires, il faut aussi veiller à mettre à jour le numéro de téléphone associé, au plus vite, pour colmater de possibles brèches là aussi.

    Alors super anxieux, craignant le pire, j’ai éteint à nouveau mon téléphone et réinséré la carte SIM de Vidéotron. J’ai eu plus de misère qu’en après-midi parce que j’étais nerveux, mais j’ai évité le pire, comme par exemple échapper la petite carte par terre; j’aurais eu du mal infini à la retrouver seul vu ma déficience visuelle. La carte, si elle tombe au sol, ne fera aucun son, trop petite, ce qui rendrait inefficace toute stratégie de réduction du champ de recherche basée sur le bruit de l’objet tombé au sol. Sur le coup, aurais-je pensé, dans un tel cas, tenter d’activer une carte eSIM depuis le site de Vidéotron? Pas sûr.

    La carte réinsérée, j’ai redémarré mon appareil, qui m’a alors demandé de choisir quelle carte SIM je voulais utiliser. Oui oui, le Pixel 8 peut accueillir une carte SIM physique et une ou plusieurs eSIM! Mon numéro d’origine toujours associé à la carte Vidéotron, j’ai choisi cette carte, pour les appels, les SMS et les données. Je retestai en m’appelant depuis mon téléphone fixe et ça sonna. Yeah!

    Sur mon mobile, en haut à gauche, c’était maintenant écrit Vidéotron – Fido. Mon appareil pouvait apparemment se connecter aux deux réseaux. Un SMS est apparu: le message avec le code de confirmation quand j’ai cliqué pour me connecter comme invité. Toujours inquiet, je me suis demandé si Vidéotron n’aurait pas pu détecter la tentative de transfert de carte SIM et m’avoir appelé pour me signaler la possible fraude. Alors j’ai vérifié mes messages vocaux, sur ma boîte fixe et mobile.

    Bon mais là, si j’appuie sur 1 sans lâcher, ça va où? Dans ma boîte mobile Vidéotron ou ma nouvelle boîte Fido? Ok, on va tester: je me rappelai encore, depuis mon téléphone fixe, et me laissai un message. La chose faite, j’ai démarré ma messagerie vocale et n’y ai trouvé que mon message. J’étais donc sur la messagerie mobile Vidéotron et aucun message d’un représentant client. Mon GMail ne révélait rien non plus. Bon ok, considérons l’incident comme mitigé pour l’instant, l’impact ayant été contrôlé, et on va réparer plus tard, pour compléter le transfert ou annuler ce forfait Fido pour garder Vidéotron.

    L’inquiétude grandit

    Le lendemain matin, dimanche le 28 septembre 2025, je me questionnais et me torturais toujours l’esprit à propos d’une possible tentative de vol de carte SIM. Peut-être l’attaquant va réessayer et ça va finir par réussir. Un moment donné, je découvrirai avec exaspération que mon téléphone n’accepte que les appels d’urgence et que ma carte SIM de Vidéotron est inopérante. Solution? Basculer sur la carte eSIM de Fido et vivre avec un nouveau numéro de téléphone.

    Avec l’aide de Perplexity, j’ai appris que mon hypothèse d’arnaque était plausible et qu’il valait mieux contacter Vidéotron ou Fido, voire les deux, pour clarifier tout ça. Mon nouveau compte Fido était au moins légitime, car la connexion se faisait depuis fido.ca, pas un site bizarre, et la carte eSIM qui m’a été attribué fonctionnait. Alors peut-être le plus simple à faire serait de les contacter pour compléter le transfert de numéro et en cas de transfert impossible, peu importe pourquoi, annuler tout ça. Grâce à Perplexity, j’ai pu facilement obtenir les heures d’ouverture du service à la clientèle de Vidéotron et Fido et les numéros de téléphone. Le service n’ouvrait qu’à 9h le dimanche.

    Rendu là, j’ai appelé pour me heurter à un système automatisé. J’ai tenté d’indiquer ce que je voulais, ok, on y va avec le transfert de numéro. Le système a pu vérifier que le numéro était éligible au transfert et puis me demandait le numéro de compte de Vidéotron. Quand j’ai dit ne pas l’avoir entre les mains, ça a voulu planifier un rendez-vous avec un représentant mais seulement mercredi! Ben là, non!

    Exaspéré et de plus en plus stressé, j’ai cherché encore un peu et découvert qu’on pouvait initier le transfert en ligne, depuis le site de Fido. J’ai cherché, cherché, pas moyen de trouver l’option. On pouvait changer de forfait, changer de téléphone ou configurer la méthode de paiement.

    Oh non, le paiement était manuel. Mon numéro de carte de crédit n’a pas été configuré dans le système. Mais pourquoi alors me l’a-t-on demandé la veille? Super inquiet, j’interrompis ma fouille sur le site de Fido et m’en allai fouiller sur le site de Desjardins, pour vérifier mes transactions de carte de crédit. Par chance, il n’y avait aucune transaction suspecte depuis la veille. Si je m’étais fait frauder ma carte de crédit, j’aurais été obligé de contacter Desjardins pour la faire annuler.

    La vérification de ma carte de crédit faite, j’ai cherché encore sur le site de Fido. J’ai trouvé comment transférer le numéro dans les options d’utilisation de mon forfait. La procédure est assez simple en fait. On indique le numéro d’origine puis le numéro de compte du fournisseur d’origine. J’ai pu retrouver ce numéro en me branchant sur l’Espace Client de Vidéotron. La vérification faite, j’ai eu confirmation que le transfert allait être entamé.

    Sur mon téléphone, utilisant la carte SIM de Vidéotron, j’ai eu un SMS me disant qu’un transfert avait été tenté et je devais répondre OUI pour l’autoriser. Si cette demande était non sollicitée, on me recommandait de contacter Vidéotron. Alors comme c’est moi qui ai initié le transfert, j’ai répondu OUI. Ensuite, rien ne s’est passé.

    Sur le site de Fido, on indiquait qu’en cas de demande de transfert hors des heures d’ouverture, le transfert allait se faire le jour ouvrable suivant. Bon, ça va se passer le lendemain matin tandis que je serai occupé au travail. Yeah, bravo! Un peu agacé de ça, je ne pus rien faire d’autre qu’attendre.

    Mais quelques minutes plus tard, mon téléphone se mit à bipper à répétition, affichant une notification comme quoi la carte SIM n’était pas configurée. Ok. J’ai tenté de vérifier la configuration. Mon numéro n’était plus lié à la carte Vidéotron, mais ma carte Fido, virtuelle, avait encore le nouveau numéro. Et ça ne cessait de bipper, répétant de configurer la carte SIM.

    Avant de céder à la panique et me rendre en catastrophe dans une boutique, au pire la Cabine T au centre Eaton où ils m’ont aidé à configurer mes premiers téléphones, j’ai essayé de désactiver ma carte SIM Vidéotron dans les options. Avoir eu à partir en expédition pour faire arranger ça, j’aurais été mort de stress à l’idée qu’il y ait un appel de la job pendant mon périple! Au moins, me consolai-je, ce n’est pas arrivé pendant une journée de grève de la STM. La carte eSIM Fido a pris le relais la carte Vidéotron désactivée, et puis hop, le transfert de numéro s’est terminé!

    Tous les tests montrèrent ensuite que les SMS et les appels vers mon ancien numéro vont vers mon téléphone utilisant mon nouveau forfait Fido. Rendu là, c’était écrit Fido, plus Vidéotron – Fido.

    Pour bien faire les choses, je pourrais retirer ma carte SIM Vidéotron, plus nécessaire, mais ça ne presse pas de le faire.

    Conclusion

    Il n’y avait pas d’arnaque finalement, mais tout ça a été une belle leçon de cybersécurité. Il est toujours bon de réfléchir à comment nos informations personnels et nos données de connexion peuvent être compromises, les conséquences en cas d’attaque et ce qu’on peut faire pour contrôler l’impact. Il faut toujours y penser, toujours rester vigilant. On nous fait faire régulièrement des formations de cybersécurité au travail, mais rien ne bat une expérience pratique, sur le terrain! Je dois garder à l’esprit que ça aurait pu être pire, bien pire, mais je suis soulagé que la situation se soit résolue et qu’il n’y ait pas d’impact autre que ce stress.

  • Retour au parc Jarry

    Ma première visite du parc Jarry a eu lieu le 5 octobre 2023. Voir même lieu différentes expériences pour tous les détails.

    Vendredi, le 6 juin 2025, le comité social de Microsoft Montréal a organisé un pique-nique au parc Jarry. Il y aurait là de la pizza, des collègues à rencontrer, des jeux qui ne m’intéressaient guerre comme volleyball, pickleball, etc., et des activités pour enfants qui me laissaient indifférent. Je me suis dit que ce serait une bonne idée d’y aller, pour profiter du beau temps et discuter avec des gens. Malheureusement, ça n’a pas été super du tout.

    D’abord, même si des gens que je connaissais y allaient, ça ne changerait pas grand-chose, car ils partiraient soit du bureau, soit de chez eux. Il y avait peu de chances qu’on pusise se rejoindre à un métro et marcher de là. Aller au bureau, ça ne me tente plus du tout, car à chaque fois, il y a un nouveau problème pendant la marche du métro Beaubien à l’édifice sur Marconni. Soit je manque un point de repère et continue trop loin, me donnant de la misère pour retrouver mon chemin, soit des travaux bloquent le passage. Il faudrait quasiment que quelqu’un vienne me chercher au métro à chaque fois, ce qui ne ne convient pas à personne. En plus de ça, ce vendredi, je prévoyais faire un jam chez mon frère. Si j’étais allé au bureau, il m’aurait fallu amener deux laptops (celui de la job, le mien pour exécuter Ableton Live), mon Seaboard, des câbles, un lunch, etc. Souvent, mon sac à lunch n’entre pas dans mon sac à dos et je suis pogné à traîner ça dans une main, la canne dans l’autre. C’est moins pire que l’hiver avec les souliers à amener dans un autre sac, mais c’est moche pareil, surtout sachant que plein de monde ne se cassent pas la peine, prennent leur voiture et ça va mieux comme ça.

    Me rendre au parc Jarry a été la partie facile. Il m’a suffi d’atteindre la station Jarry, sur la ligne orange, sortir et marcher sur Jarry. Pour trouver la bonne direction, j’ai regardé sur Google Maps pour trouver des commerces devant lesquels je passerais. La Banque Nationale, une restaurant, une brasserie, la rue Berri, la rue Saint-Denis. Rendu sur place, j’ai eu de la misère un peu, mais avec Lazarillo, j’ai pu avoir en temps réel des indications tout en regardant où j’allais, plutôt que switcher constamment de mon téléphone à l’environnement. La direction établie, j’ai éteint Lazarillo pour avoir moins de distraction et sauver de la pile, et puis avancé en ligne droite.

    La stratégie de la ligne droite porta fruit. À ma gauche le paysage changea, les bâtiments laissant place à de la verdure. Une validation sur Google Maps plus tard, je savais que je venais de passer l’intersection Saint-Laurent/Jarry si bien qu’il était temps de retourner visiter cet endroit qui m’a fait marcher sans fin pour rien en 2003.

    Ils ont parlé de vollleyball alors ma première idée était d’atteindre le terrain de volleyball de plage. Ils ont vers la fin de la semaine posté un plan sur une page interne avec indiqué le lieu de rendez-vous, et c’était proche du volleyball. Alors je suis allé là, mais rien. J’ai cherché un peu aux alentours, en vain, alors j’ai allumé mon téléphone et tâché d’aller rechercher le plan. Il était sur une page Loop si bien que ça a fini que j’ai dû installer l’application Loop, dans mon profil de travail sur mon téléphone. J’ai fini par l’avoir, mais dès que j’approchais pour lire de quoi, ça changeait de position ou ça s’efaçait. Je pouvais zoomer en écartant deux doigts, mais je ne parvenais pas à déplacer le point de vue sur l’image agrandie. Une analyse laborieuse de l’image me donna trois points de repère formant un triangle. Le lieu de rencontre était proche d’un stationnement, de l’atelier Culture Vélo et du stade IGA. Je vins à bout de trouver le stationnement mais pas les deux autres lieux.

    Plus je me promenais pour essayer de chercher, plus je me faisais déranger par des gens qui m’offraient de m’aider. Si j’indiquais ce que je cherchais, par exemple l’atelier Culture Vélo, la personne ne comprenait pas et me faisait répéter, deux, trois, quatre fois, sans fin. Je finissais par remercier la personne et m’éloigner pour ne plus me faire boguer, puis plus tard d’autres s’essayaient. Ça a fini que je répondais non merci tout de suite, sachant déjà ce qui s’en venait.

    Plus ça allait, plus j’étais en maudit. J’essayais de me rendre à l’atelier Culture Vélo, peut-être proche du lieu de rendez-vous, mais l’accès était bloqué par des clôtures. Il y avait tout un périmètre du parc clôturé, interdit d’accès pour cause de travaux de réaménagement. J’ai dû contourner toute la zone, traverser un petit boisé qui me permit de me faire rager un peu plus en me coinçant dans des branches, j’ai fini par atteindre l’atelier, personne proche.

    De retour, après avoir erré, sur la rue Jarry, j’ai songé juste partir tout droit, retourner au métro et partir pour Longueuil. Mais il était encore tôt, genre 17h. J’allais aboutir au métro trop tôt et devoir attendre et broyer du noir jusqu’à 19h10, où je prendrais l’autobus en route vers chez mon frère. J’aurais pu essayer de me rendre là-bas plus tôt, mais ils seraient occupés dans le souper et avec les enfants, pas stratégique mais mieux peut-être qu’attendre bêtement au terminus.

    Ah, c’était le moment d’entreprendre le pèlerinage exploratoire du pénitent! Au lieu de me rendre au métro Longueuil, j’aurais pu atteindre la station Papineau et de la, prendre le temps de chercher comment accéder au pont, marcher sur le pont jusqu’à Longueuil et puis prendre le temps d’examiner ça comme il faut pour avoir un trajet bidirectionnel entre l’accès au pont et le terminus, et l’accès au pont et chez mon frère! Wow! Je me dis au moment d’écrire ces lignes, peut-être plus tard cela changera, qu’un tel modèle mental me serait utile en cas de grèe illimitée de la STM. Ça me donnerait un plan de dernier recours en cas d’arrêt total des transports en commun, vraiment le pire des pires scénarios. Si je suis prêt à ça, me dis-je, je serai prêt à moins pire, non? L’accès au pont permet aussi, avec encore un peu d’effort, peut-être beaucoup d’effort, d’établir une jonction vers le Piknic Électronique. Si je peux atteindre le pont, au lieu de marcher jusqu’à Longueuil, je pourrais m’arrêter à Jean-Drapeau et marcher jusqu’au terminus, puis au lieu du Piknic. Comme ça, une potentielle grève illimitée de la STM avec aucun service la fin de semaine ne m’empêcherait pas, si je fais preuve de patience et de persévérance, à rentabiliser ma passe de saison 2025! Yeah! Mais bon, si j’ai la chance de trouver des amis qui y vont avec moi, pas besoin de tout ça! Ben non! Au lieu de penser à ces choses-là, qui me seraient bien utiles à long terme, j’ai stresé et frustré, sans fin, assez qu’un moment donné je me suis demandé si un policier, appelé par des gens inquiets, n’allait pas m’intercepter! Oui, c’était rendu à ce point-là, du moins j’en eus l’impression.

    Je me suis arrêté, posant ma canne et mon sac dans le gazon, pour faire le point, tenter d’élaborer une nouvelle stratégie. Je vais supposer que le rendez-vous s’est fait proche du stationnement pour accommoder ceux qui décideraient de venir en voiture. Plus pratique pour ceux qui voudraient emmener chaises, couvertures, enfants avec leurs jouets, etc. Je suis tombé sur un groupe de personnes, dans un endroit semblable à une ilôt de verdure autour de chemins en gravelle ou en asphalte. ¨Ça pouvait être ça, mais je trouvais qu’il y avait trop de gens qui parlaient une langue étrangère, peut-être espagnol. Quelqu’un m’a offert si je voulais manger. J’ai appris qu’ils célébraient une fête du mouton si j’ai bien compris. Il me prit brièvement l’envie un instant de dire fuck off la gang de Microsoft, mais j’avais l’impression de profiter de ces gens en mangeant à une fête qui n’avait pas de sens pour moi. Je me sentais presque comme un itinérant si j’avais accepté la nourriture de ces gens. Avoir eu de la nourriture à partager avec eux, là ça aurait établi la balance de la justice et fait de quoi de bien! Mais je n’avais rien sur moi, comptant sur la pizza au pique-nique de Microsoft. Quand je pars comme ça avec un sac à dos, moins il y a de trucs dans le sac, plus c’est léger à transporter et plus, aussi mais peut-être même surtout, les trucs dans le sac sont plus faciles d’accès. Si on jamme pack tout ça, il faut parfois quasiment vider le sac pour aller chercher de quoi, surtout si on fait ça vite pas stratégique. Chaque fois qu’on vide le sac, on risque de laisser derrière de quoi. À noter que des systèmes d’organisation existent, comme remplacer ce sac a dos fourre-tout par une mallette compartimentée, mais le conteneur sera alors plus volumineux, plus encombrant à transporter, et des fois même plus lourd. On ne s’en sort pas, tout est question d’équilibre et de compromis.

    Alors j’ai poursuivi ma route, et peu après un collègue de Microsoft m’a reconnu et est venu à ma rencontre. Il cherchait lui aussi l’endroit. Nous avons marché un peu et il a trouvé une affiche indiquant « équipe Microsoft ». Nous y sommes allés, j’avais enfin réussi. 17h50, plus d’une heure d’errance pour aboutir!

    Je fus récompensé par de la pizza, un beigne et quelques discussions qui restèrent plutôt en surface. Personne de mon équipe, personne que je connais, peu de gens travaillant sur Copilot Studio avec qui partager des expériences, plusieurs parents avec leurs enfants. Il y avait du potentiel pour mieux, pour plus. Mais ça pouvait tout aussi bien ne pas aller plus loin que ça si bien que je ne pus me résoudre à sacrifier le jam pour cette recherche de la perfection.

    Je suis parti à 18h45 tandis que mon plan initial prescrivait un départ au gros max 18h30 sinon plus tôt. Je me suis retrouvé sur Saint-Laurent au lieu de Jarry. Quand je suis sorti par le stationnement, je croyais être sur Jarry, mais non, il y a apparemment plus d’un stationnements. Celui sur Saint-Laurent était presque vide comparativement à celui sur Jarry en après-midi. Heureusement, une couple de validations avec Google Maps et j’étais en direction coin Saint-Laurent/Jarry, et tourner à droite sur Jarry me permit de continuer tout droit vers la prochaine étape de mon parcours: la station de métro Jarry. Cela se fit bien, sans ralentissement majeur et surtout sans colère.

    Je n’ai pas perdu trop de temps dans le métro à chercher les escaliers, les tourniquets, la direction à suivre pour m’en aller vers Côtes-Vertu, je ne me suis pas trompé de direction, il n’y a pas eu d’attente démesurée entre les stations. Malheureusement, j’ai manqué le départ à Berri pour la ligne jaune, ce qui me valut de manquer l’autobus de 19h30. Heureusement, il y avait celui à 19h40 alors la jam chez mon frère fut sauvé, à peine retardé. J’étais bien content. Avoir manqué celui de 19h40, ça pouvait arriver que j’aie à attendre 20h10, ce qui aurait chipé encore un peu plus de temps sur notre jam.

    La prochaine fois qu’un tel événement se produira, il faudra me demander ceci: si personne ne peut me prendre à un métro, si je ne veux pas me taper le trajet vers le bureau pour qu’on se rejoigne là-bas, quelqu’un pourrait-il simplement, rendu à l’événement, partager sa position sur Google Maps avec moi? Comme ça, j’essaierais de le rejoindre et je pense que ça fonctionnerait. Sur la table, proche du haut-parleur Bluetooth qu’ils ont mis pour faire jouer de la musique, n’y aurait-il pas eu place pour un Air Tag émettant un signal GPS? Il me faudra creuser ces idées-là si je ne veux pas que ce scénario se produise encore et encore, jusqu’à ce que tanné, je cesse d’aller à ces activités.

  • Dilatation temporelle

    Cette aventure particulière a eu lieu le vendredi, 10 janvier 2025. Ce spectacle sous le dôme à la SAT, avec Paurro aux commandes, a été génial. Ça m’a tenté de rester là plus longtemps, mais je voulais sauver ma journée du samedi, alors je suis parti vers 1h50. Selon l’application Transit, l’autobus 355 que je visais passait dans 25 minutes. Je craignais devoir attendre sans fin pour récupérer mon manteau au vestiaire et il y avait possibilité que je me mélange et ne parvienne pas aussi facilement que prévu à l’arrêt de bus, et le manquer pouvait me couter une heure d’attente.

    En fin de compte, récupérer mon manteau se fit plus vite que prévu, car quelqu’un du staff m’a remarqué et m’a fait contourner la file. Je n’aime pas beaucoup faire cela, mais bon, tant pis. En plus de ça, je n’eus pas à chercher longtemps pour l’arrêt. Sorti de la SAT, j’ai comme planifié tourné à gauche, puis marché sur Saint-Laurent, jusqu’à atteindre René-Lévesques. Le boulevard est facilement identifiable: plus large que les autres rues, feux de circulation. Rendu là, il suffit de traverser Saint-Laurent et René-Lévesques pour atteindre l’arrêt pour la 355 nord.

    Rendu là, selon Transit, il restait 15 minutes pour que l’autobus passe. J’ai passé une partie de ce temps d’attente dans l’abri-bus, pas chauffé, mais il n’y avait pas de vent là-dedans. J’avais l’impression que plus de dix minutes s’étaient écoulées, mais selon Transit, il restait encore 11 minutes. Ah que c’est long. Puis après ce qui me sembla dix autres minutes, il restait 8 minutes. Puis dix autres minutes plus tard, il me fallait attendre un autre 5 minutes. Suis-je en train de devenir fou ou quelque chose cloche? Je commençais à trouver qu’il faisait froid un peu aussi.

    Plutôt que vérifier l’heure de l’autobus, je continuai à regarder Transit, prêt à sortir de l’abri-bus quand il resterait une minute environ. Un autobus passa, je sortis vérifier: 747, ah non ça faut pas monter là-dedans, ça va à l’aéroport. Puis vint le moment où il ne restait qu’une minute. J’attendis là, debout, sur le trottoir, ce qui me sembla une minute, regardai encore, et Transit m’indiquait encore une minute. Ce manège se répéta au moins trois fois. Soit mon esprit percevait l’écoulement du temps différemment de l’habitude, soit quelque chose clochait avec l’autobus ou l’application.

    Ok, il y a quelque chose qui cloche là, ce n’est pas normal que ce soit aussi long, et maudit qu’il fait froid! Transit affiche le temps d’attente avant les prochains départs, mais si on clique pour obtenir plus d’heures de départ, là il nous donne les heures absolues. Plutôt que dans une minute, je sus que la 355 arriverait à 2h33. Déjà, c’était plutôt étrange. Si, à 1h50, quand je me suis apprêté à sortir de la SAT, il restait bel et bien 25 minutes avant le prochain passage, l’autobus aurait dû passer à 2h15, non? On parle ici d’un retard de presque vingt minutes, agaçant un peu mais fort possible. Il se pouvait aussi que l’application soit boguée, incapable d’évaluer les durées correctement. Et maudit qu’il faisait froid! Pourtant, il n’y avait pas de chaussée glissante, brouillard, neige, etc. Il faisait juste froid, ce qui au pire empêche certains véhicules de démarrer, mais un coup en marche ils roulent non?

    2h33 et toujours pas de 355, et le froid, ça ne lâchait pas! Là je commençai à m’énerver un peu et vérifiai avec Google Maps, peut-être Transit est boguée à présent et ne retourne plus les bons horaires? Mais je fais quoi alors? Google Maps m’indiquait que la prochaine 355 était à 3h02. Si je voulais éviter cette attente de vingt minutes, je pouvais toujours m’essayer avec la 358, mais il allait falloir descendre pour attraper un autre autobus plus loin que je risquais de manquer, surtout si la 358 a du retard ou faut traverser la rue pour me rendre à l’arrêt de l’autre autobus. J’étais choqué et un peu découragé, car il ne me semblait pas voir le bout de tout ça. Peut-être une chose que j’aurais pu faire, c’est un coup sorti, constatant qu’il restait 15 minutes d’attente pour l’autobus, retourner à l’intérieur un 5-10 minutes, gardant mon manteau avec moi, dans le dôme. Je pense bien qu’on peut retourner à l’intérieur; certains sortent pour fumer.

    Selon Transit, la 355 qui était à 2h33 était maintenant à 2h35. Chaque minute qui passait, l’heure du départ changeait, à rendre fou dingue barge! Va-t-il falloir marcher jusqu’à chez moi ou attendre 5h que le métro rouvre? Un moment donné durant cette attente, est passée la 358 qui couvre une partie de la rue Sainte-Catherine. Je me suis demandé si je ne pourrais pas approcher de chez moi avec ça, mais pas selon Google Maps, va falloir descendre plus loin et prendre un autre autobus, grrr. Des gens arrivèrent à l’arrêt pour y attendre la 358. Eux aussi venaient de la SAT et avaient trouvé le spectacle malade! Oui, ça a été une belle soirée. La 358 passa mais pas la 355, me laissant là de plus en plus exaspéré, incommodé par le froid mais heureusement pas frigorifié. Le show à la SAT se terminant à 4h, j’aurais pu essayer de retourner à l’intérieur, en profiter jusqu’au bout puis après il n’aurait resté qu’une heure à attendre pour que le métro rouvre, mais c’était loin d’être idéal. Cette heure, j’aurais pu à la place la passer à marcher vers Ontario, puis sur Ontario vers chez moi. C’est tellement n’importe quoi!

    C’est seulement à 2h45 environ que la 355 passa enfin! J’anticipais avoir à vérifier, sur Google Maps, pour ne pas manquer l’arrêt et me retrouver loin de chez moi. Par chance, ce fut mieux que ça: le système qui dit les arrêts fonctionnait dans ce bus-là, alors je n’eus aucun mal à descendre au bon arrêt, à un coin de rue de chez moi. C’est ainsi que cette aventure se termina, super bien.

  • Périple tortueux

    Ce jam chez mon frère, vendredi 8 novembre 2024, avait été pas mal cool. Mon nouveau Seaboard BLOCK M de ROLI, que j’avais eu durant la semaine, a super bien fonctionné. Mon ancien BLOCK fonctionnait toujours, mais la surface était décollée en plusieurs endroits et on aurait dit que des touches fonctionnaient moins bien qu’avant. Le BLOCK M comporte un port USB C comme le BLOCK, et il y a aussi un mini port MIDI (avec adaptateur vers vrai port MIDI inclus). En avril 2025, en théorie, cet appareil sera complémenté par le nouveau Airwave de ROLI qui ajoutera les dimensions spatiales en plus de celles du toucher, pour encore plus de degrés de liberté. Le Airwave peut interagir avec n’importe quel clavier MIDI, donc va fonctionner avec mon BLOCK M mais aussi mon Rise 2! Cela promet d’être épique.

    Je me suis aussi beaucoup amusé avec mon Ultranova de Novation, laissé là-bas puisqu’il ne servait plus chez moi, remplacé par le Peak du même fabricant. Le câble USB que j’ai amené m’a permis de le raccorder à mon laptop, mais c’est avec déception que j’ai constaté l’absence de périphériques MIDI d’entrée et de sortie dans Ableton Live. Je me suis demandé s’il ne faudrait pas installer un pilote, mais je ne voulais pas essayer de faire ça le soir même, préférant m’amuser à la place. Mais dimanche, 10 novembre 2024, j’ai vérifié et il y avait bien un pilote à télécharger. Je l’ai installé, et puis regretté que mon Ultranova soit chez mon frère et non chez moi; j’aurais bien aimé tester si le pilote fait une différence, mais tant pis, ça devra attendre. « Tu dois apprendre la patience », a dit Yoda à Luke, ou bien quelque chose de semblable; ça s’applique à moi aussi.

    Plusieurs se demanderont rendu là: « Mais pourquoi n’apportes-tu pas ton Rise 2 au lieu de t’entêter avec des appareils plus limités? » C’est que le transport du Rise 2 sera un rituel de tous les diables. Il n’entre pas dans mon sac à dos si bien que je devrai le porter dans un étui en bandoulière. Pour traverser les tourniquets dans le métro, cela ne passe pas à moins de soulever l’étui pour le faire passer par-dessus, et des fois il faut même le retirer de mon épaule, le tenir par la poignée puis, tourniquet passé, le remettre sur mon épaule. Pour m’asseoir dans le métro, l’autobus ou en attendant l’autobus, il faut enlever mon sac à dos et mon étui de Rise 2 dans le bon ordre sinon ça s’emmêle et c’est le foutoir. Il ne faut pas attendre à la dernière minute: au moment de descendre de l’autobus ou du métro, faut quasiment que je sois prêt avec mon sac à dos dans le dos et mon Rise 2 en bandoulière. Puis après le jam, il faut répéter tout ça dans l’autre sens. Je n’ai jamais tenté l’expérience avec mon Rise 2, mais je l’ai déjà fait avec mon Ultranova, et j’estime que ce sera semblable. Fort de tout cela, on se demande: est-ce que ça vaut vraiment la peine?

    En tout cas, ce 8 novembre qui est devenu le 9 novembre pendant mon retour, j’étais bien content de ne pas avoir mon Rise 2 à trimballer! Me rendre au métro Longueuil en autobus s’est bien passé. Je suis arrivé à temps pour la 16 et ne me suis pas endormi pendant le trajet (possible en théorie, jamais arrivé pour moi). Et rendu au terminus, je n’ai pas eu de mal à déterminer où j’étais et la direction à prendre pour aller vers le métro. J’ai une nouvelle fois évité le piège des escaliers (il y aurait moyen en théorie de manquer une marche et me casser le nez, mais jamais pareil drame ne m’est arrivé).

    Ensuite, il y a eu un petit bout facile et relaxe: métro vers Berri-UQÀM. Rendu à Berri, me rendre au quai de la ligne verte était un simple travail mécanique de robot. J’avais fait ça d’innombrables fois, aussi bien de retour de chez mon frère que du Piknic Électronique au Parc Jean-Drapeau. Sauf que là, le robot, il ne pourrait pas effectuer la suite.

    J’étais sur le quai, de l’autre côté il y avait le train en direction Angrignon. En théorie, dans un moment de distraction monstre, j’aurais pu foncer comme un bolide, pensant que le train était de mon bord, puis prendre la plonge de tous les diables, tombant sur les rails. Comme c’est possible en théorie, il faut juste être plus vigilant à cet endroit pour que jamais pareil drame ne survienne, et même là, ça se pourrait bien que des gens me voient aller et m’empêchent de faire le saut de l’ange involontaire. La sécurité, ce n’est jamais absolu, mais plus il y a de mécanismes de défense, mieux c’est. On appelle cela la défense en profondeur.

    Après quelques minutes d’attente, il y eut un signal sonore puis une annonce. Le service était interrompu sur la ligne verte pour une durée indéterminée en raison d’une intervention des ambulanciers. Ah non, fuck! J’avais deux choix: attendre et espérer que ça reparte ou bien essayer d’attraper la 125 sur Ontario qui passait dans une dizaine de minutes. Craignant attendre sans fin, j’ai pris pour la 125.

    J’ai perdu de précieuses secondes, voire plus d’une minute, à trouver la sortie optimale. Je me suis rendu à l’aire centrale où il y a la rondelle. De là, on peut sortir vers Sainte-Catherine, Saint-Denis et deux autres endroits. Je me suis dit que si je m’en allais dans la direction opposée à Sainte-Catherine, je m’approcherais de mon but. Saint-Denis, c’était trop loin pour rien, fallait sortir sur Berri. Quelqu’un me demanda si je cherchais quelque chose, je lui dis que je cherchais la 125 sur Ontario, la personne ne savait pas c’était où, demanda à un autre qui ne savait pas, puis au lieu d’attendre sans fin j’ai poursuivi vers où je pensais. Cela aboutissait à un mur. Ça ne permettait pas de sortir dehors.

    J’ai fini par trouver une sortie menant vers la rue Berri. Mais je ne pouvais pas savoir dans quelle direction aller pour aboutir à Ontario. J’ai marché un peu, vérifié sur Google Maps, m’en allais vers Sainte-Catherine, changé de direction, tenté d’avancer, le trottoir était trop étroit, bloqué par des travaux, ce qui limitait ma vitesse. Ne pouvant faire mieux, je me suis dirigé vers la piste cyclable sur laquelle j’ai couru.

    Chaque tentative de course est un risque, surtout quand il fait noir en plus. Je peux percuter de plein fouet un poteau, un arbre, foncer dans quelqu’un et le faire tomber au sol et tomber avec, m’enfarger dans une poussette et faire valser la poussette et le bébé qu’il y a dedans. Et que dire d’un violent face à face avec un cycliste roulant à pleine vitesse en sens inverse? BANG! Direct à l’hôpital pour un bon bout! Depuis la pandémie, je me suis rendu compte que la meilleure façon que je peux aider le système de santé, c’est de réussir à ne pas me blesser! C’est mieux pour moi aussi! Mais là, tard le soir, en novembre, j’avais des chances d’éviter bon nombre de pareilles collisions. J’ai pu courir un petit bout sans être inquiété, jusqu’à ce que quelqu’un me dise que j’étais sur la piste cyclable et le trottoir était à ma gauche. C’était plus dégagé rendu là.

    J’ai marché vite, couru mais pas trop, craignant une collision, ou juste une irrégularité dans le trottoir qui, en courant, pouvait me valoir une horrible entorse qui me pourrirait la vie les semaines qui suivraient et me forcerait même à retourner vivre chez mes parents. Une entorse quand on vit au troisième étage d’un building pas d’ascenseur, c’est pas mal deal breaker pour rester chez soi.

    Le pire, c’est que tous ces efforts furent vains! Oui oui! Quand je suis finalement arrivé à Ontario/Berri, il était trop tard pour la 125. Prochain passage? 5h30! J’allais devoir y passer la nuit! Ben non, voyons, au pire je vais marcher sur Ontario, ça va être long longtemps (C’est long, c’est l’Ontario, comme dans la chanson de Mononcl’ Serge), je vais avoir la langue à terre, mais je vais finir par aboutir chez moi!

    Avant de me résoudre à faire ainsi, trouvant qu’il faisait froid un peu, j’ai cherché sur Google Maps et chaque recherche m’a juste mêlé et fait frustrer encore plus. Ok va falloir complètement changer d’endroit pour aller chercher la 355 et le temps de trouver, elle sera passée. Selon Google Maps, je pouvais me rendre à l’arrêt de la 355 en prenant la 361 sud. J’ai donc attendu la 361, qui n’est jamais passée. Selon l’application Transit, la 361 arrivait dans 0 minute, et rien.

    J’ai songé rebrousser chemin, retournant à Berri. J’ai même vérifié sur STM.INFO si le service était rétabli sur la ligne verte: pas de chance. J’ai envisagé la possibilité de repartir vers Longueuil, mais il n’y avait aucune garantie que de là, je puisse reprendre la 16 ou la 71 pour retourner chez mon frère et y dormir. J’allais devoir marcher, une bonne demi-heure. Ça me semblait presque aussi long et emmerdant de retourner comme ça chez mon frère qu’entreprendre l’interminable marche sur Ontario vers chez moi! Hors de question d’appeler qui que ce soit en pleine nuit pour qu,on vienne me chercher, ai-je pensé.

    Quelqu’un a essayé de m’aider, et ne pouvait lui non plus pas trouver d’indication sur quel autobus passait où j’étais. Il regarda sur son téléphone, et à présent il fallait prendre la 361 nord pour aboutir sur Saint-Denis/Rachel et puis là prendre la 29. Ah là là! Ça ne va donc jamais finir! En plus, la rue Ontario semblait bloquée à la hauteur de Berri si bien que la 125 ne serait peut-être jamais passée. Pourtant, sur Transit et Google Maps, la 125 passait là!

    La personne qui m’a aidé m’a amené à l’arrêt: il a fallu traverser Berri pour atteindre l’arrêt. Cela prit un bon bout de temps, mais enfin, l’autobus passa! Fiou!

    Le trajet jusqu’à Saint-Denis/Rachel me sembla interminable. À plusieurs reprises, l’autobus fut ralenti par des feux de circulation. Je commençais à stresser parce que si jamais je manquais la 29, je m’étais éloigné de mon but et ça pouvait prendre une heure avant le prochain passage, voire le lendemain matin ça aussi!

    Rendu sur Saint-Denis/Rachel, il m’a fallu traverser Saint-Denis, puis ensuite la lumière pour Rachel était rouge, mais l’autobus était là. Au moment où je me suis décidé de foncer, il n’y avait pas de voiture, quelqu’un m’a dit que je pouvais y aller. C’était ma dernière chance si je ne voulais pas manquer l’autobus. C’est avec grand soulagement que j’ai pu m’asseoir après que ma carte OPUS ait passé. Fiou! Après, fallait juste être attentif de descendre à l’arrêt Ontario/de Chambly, sinon je me serais imposé un frustrant et inutile détour supplémentaire!

    Il était rendu 1h30 quand je suis enfin arrivé chez moi, soulagé.

    Comment faire mieux? La solution du gazou!

    Au lieu de me taper tout cela, ai-je pensé après coup, j’aurais pu rester dans la station Berri, sur le quai de la ligne verte, me mettre en zazen et là, sortir mon gazou. Après quelques temps, des gens m’auraient dit d’arrêter, puis éventuellement quelqu’un de la STM serait venu, me demandant lui aussi d’arrêter. « Le métro marche pus, aurais-je pu dire, d’une voix machinale. J’ai pas d’autre plan, pis pas l’énergie pour en établir un. Si t’as une idée, shoote, sinon j’vais continuer à faire du gazou. » Hé là là!

    Un moment donné, j’aurais été obligé de sortir de la station, à la fermeture du métro. Pas de problème: j’aurais pu m’installer sur le trottoir et continuer à faire du gazou. Un moment donné, la police serait venue et j’aurais pu refaire la même chose. On aurait fini par me croire atteint de maladie mentale, et m’envoyer à l’hôpital. On aurait aussi pu me donner un constat d’infraction pour tapage nocturne et me faire payer une contravention pour rien.

    Dans la salle d’attente, au chaud, j’aurais pu ressortir mon gazou, embêtant tout le monde jusqu’à ce qu’il se passe de quoi. Un moment donné, on aurait fini par me mettre en isolement dans une chambre où j’aurais passé la nuit… et tout le reste de la fin de semaine! Des fois, ils gardent les gens là 24 à 48 heures. Ok, non, pas cool.

    Cette idée, bien que drôle, n’était pas très bonne. Ça aurait embêté plein de gens qui n’avaient rien à voir avec mon souci.

  • Les tourments de l’Alma Mater 2.0

    En octobre 2016, j’étais allé à une conférence annuelle à l’Université de Montréal qui m’avait occasionné pas mal de difficultés. Voilà que le 25 octobre 2023, ce même scénario a bien failli se répéter. La conférence portait cette année sur l’optimisation de systèmes de la vie réelle. Elle était comme à l’habitude précédée d’un buffet retrouvailles. Le tout se passait au pavillon Jean-Coutu, comme depuis plusieurs années. Ce pavillon est connecté par un tunnel au pavillon André-Aisenstadt où j’ai passé la majeure partie de mes études universitaires. Ce pavillon est lui-même connecté au pavillon principal, qui a été séparé en deux voilà plusieurs années: Roger Gaudry et Claire McNicol.

    La façon la plus simple d’atteindre ce réseau de pavillons interconnectés est sans aucun doute par la station Université de Montréal, tant que l’escalier mobile n’est pas fermé. Alors ce mercredi, 25 octobre 2023, je suis arrivé à la station de métro et de là, je pensais pouvoir retrouver l’escalier menant à la sortie juste à côté de la porte d’entrée du bâtiment avec l’escalier mobile. Avant c’était une rampe, mais ça a été remplacé par des escaliers. Eh bien je cherchai en vain, ne parvenant pas à retrouver l’accès à la grande tour. Il y avait là plusieurs nouveaux couloirs avec des indications: Louis Collin, rue Édouard Montpetit, Faculté de l’Aménagement, Pavillon Jean-Brillant, mais rien par rapport à la grande tour. J’ai tenté de sortir par Édouard-Montpetit et chercher, mais non, il n’y avait que l’accès à la rue du même nom, pas de porte pour entrer dans un autre bâtiment.

    Quelqu’un m’a offert de m’aider, mais il ne savait pas où c’était. Alors il est allé demander à un employé de la STM, qui ne savait pas lui non plus. Ils ont tenté de me demander quel pavillon était proche du Jean-Coutu que je cherchais, et ce n’est pas impossible qu’ils pensaient que je cherchais une pharmacie! Je n’ai pensé qu’à André-Aisenstadt sur le coup, mais avoir mentionné le pavillon principal ou la grande tour, peut-être j’aurais eu plus de chance. Là, tout ce qu’on put faire, c’est me faire répéter. Alors ne pouvant en obtenir plus, j’ai tenté de partir par le couloir menant au pavillon Jean-Brillant, relativement proche de mon but. Si jamais j’entrais dans le pavillon Jean-Brillant, je pouvais monter au deuxième étage, emprunter la passerelle et me retrouver dans le pavillon Lionel-Groulx. Puis de là, retour au premier étage et marche dans le tunnel jusqu’au pavillon Roger Gaudry. Un peu tortueux, mais faisable. Ça fait presque scénario de film tellement c’est tortueux, manquerait plus que des monstres ou des zombis dans les tunnels pour que ce soit plus proche du cinéma.

    Eh bien non. Le couloir passait au-dessus de la voie de métro pour ressortir plus loin, sur la rue Lacombe. De là, j’ai tenté de chercher pour un indice, en vain. Tout portait à croire que le bâtiment permettant de facilement passer à pied du métro à l’Université de Montréal était encore fermé. Il fallait soit encore prendre l’auto, grrrr, ou bien le savoir d’avance où attendre la navette, tandis qu’aucune indication n’est donnée nulle part! Choqué d’encore m’être fait avoir, j’ai songé rebrousser chemin, pas envie de chercher sans fin, mais je n’ai pas pu me faire à cette idée et j’ai voulu essayer de me rendre.

    Cette fois, au lieu de retourner dans le métro, ressortir à Côte des Neiges, chercher de là le pavillon Jean-Brillant puis repasser dans le tunnel, j’ai tenté avec Google Maps de trouver comment je pourrais atteindre mon but depuis la station Université de Montréal. Cela m’a fait tourner en rond sans fin. Je prenais une direction, vérifiais la carte et ça semblait nécessaire d’aller dans le sens inverse. Je corrigeais ma trajectoire, vérifiais encore la carte et fallait que je revienne sur mes pas, traverse une rue pas de feux de circulation, fasse un bout sur une rue pas de trottoir, etc. Il passait voiture après voiture. Un moment donné, quelqu’un va remarquer que j’ai de la misère noire, s’arrêter, m’offrir de monter et c’est comme ça que je pourrai atteindre mon objectif, je détestais cette idée!

    À force de chercher, j’ai fini par trouver un chemin montant vers la tour. Il ne semblait pas y avoir de trottoir, mais il y avait une piste cyclable. J’ai fini par remarquer un dessin de bonhomme par terre, sur ce qui me semblait la piste cyclable; on pouvait circuler là à pied aussi. Alors c’est cela que j’ai fait.

    Puis rendu en haut de la pente, ça m’a pris quelques essais pour trouver la bonne direction pour m’approcher de mon but. J’ai eu de la misère parce qu’il faisait noir, il y avait des trous d’eau partout ainsi que des poteaux dans le chemin. Il n’aurait manqué que la pluie pour me faire pogner les nerfs encore plus! J’ai fini de peine et de misère, de plus en plus stressé et furieux, par arriver en face du pavillon André-Aisenstadt, mais la porte était obstruée, encore des travaux. Mais vers la gauche, il y avait une porte encore dégagée, alors j’ai pu entrer, et là enfin me rendre au pavillon Jean-Coutu.

    Cette fois, je suis arrivé à temps pour le repas. J’ai pu me faire une belle assiette et prendre une bière avec ça. La conférence, ça a été intéressant, mais j’ai été plusieurs fois distrait en raison de l’appréhension causée par le retour. Vais-je devoir me retaper tout ce périple à l’envers? J’ai songé repartir par le pavillon Jean-Brillant à la place.

    Par chance, peu avant la présentation, un diplômé avec qui j’ai fait mon bac m’a trouvé, on a parlé un peu et puis après on est reparti ensemble pour le métro. Il s’en allait à Longueuil alors on a fait une partie du chemin ensemble.

    L’accès intérieur connectant le métro à l’Université était encore ouvert. C’est juste que je n’ai pas réussi, depuis la station Université de Montréal, à trouver la bonne sortie. Sinon, ça aurait été simple à résoudre cette affaire-là.

  • Même lieu, différentes expériences

    Parfois, on peut se trouver physiquement au même endroit et vivre une expérience totalement différente. C’est cela qui m’est arrivé jeudi passé, 5 octobre 2023. Quelques collègues de travail organisaient une petite soirée et je me suis dit que ce serait plaisant m’y joindre. Nous devions nous rencontrer au parc Jarry pour profiter du beau temps, grignoter un peu et boire de la bière, puis on se dirigerait vers un restaurant indien. Eh bien, ça ne s’est pas passé comme ça du tout pour moi.

    D’abord, mon plan A est tombé à l’eau parce qu’en raison de difficultés avec le transport en commun, je n’ai pas pu me rendre au bureau pour le meeting de 9h que j’avais. Ce meeting me semblait important pour faire progresser ce sur quoi je travaillais et bloquais depuis plusieurs semaines. Pour enfin débloquer, il faudrait améliorer beaucoup ma compréhension d’Azure ou le concours de plusieurs autres personnes travaillant dans différentes équipes. Après le meeting, je préférais me concentrer sur mes expérimentations pour confirmer mes hypothèses sur le fonctionnement des réseaux virtuels et DNS que couper ma journée en deux avec un déplacement en métro ou autobus pour me rendre au bureau. Depuis que le bureau a été déplacé du centre-ville vers le Mile Ex, me rendre là-bas est pour le moment une question de chance avec beaucoup d’essai et erreur. Je croyais au moment d’écrire ce récit connaître un trajet fiable, mais il me fallait encore l’expérimenter.

    Alors plutôt que me rendre au bureau et continuer à travailler de là, j’ai travaillé de chez moi jusqu’à vers 16h30. Au moins, j’ai effectué de fructueuses expérimentations qui ont confirmé mes hypothèses. Si mon modèle théorique était bon, je disposais d’une solution à notre problème impliquant une seule personne dans une autre équipe pour approuver des requêtes. Le modèle théorique pourrait aussi servir à développer d’autres applications Azure mieux sécurisées, isolant les services internes, ne laissant que l’API publique atteignable depuis Internet.

    Un collègue m’avait dit que le parc Jarry était à côté de la station Parc. Je trouvais ça un peu long me taper la ligne verte, orange, puis bleue, puis réalisé ah mais attends si je vais vers Jarry je vais passer par Jean-Talon d’où je pourrais transférer sur la ligne bleue et atteindre Parc. J’étais déçu de ne pas avoir la chance d’expérimenter depuis la station Beaubien, plus proche du bureau, mais bon, j’aurai la chance d’essayer plus tard me suis-je dit.

    Et là je me suis dit peut-être ce serait plus avantageux la 67, qui passait dans pas long, me rendant à la station Saint-Michel, direct sur la ligne bleue. Mais la 67, ça a été long, long, long, long, long, quasiment aussi pire que la 80 que j’avais essayé de prendre la dernière fois pour aller au bureau. À chaque arrêt, l’autobus demeurait arrêté au moins 30 secondes sinon plus, ou bien il y avait un feu de circulation qui était super long. J’en vins à la croissante impression qu’on est dans un cercle vicieux. Le transport en commun est trop inefficace si bien que des gens finissent par adopter la voiture, il y a de plus en plus de voitures sur les routes, ce qui contribue à encore diminuer l’efficacité du transport en commun poussant encore plus de gens à adopter la voiture, et ça continue sans fin. Je ne peux conduire en raison de ma déficience visuelle alors même si je voulais, je ne pourrais pas passer du côté obscur moi aussi. Même la solution de rechange du vélo, qui permettrait de s’affranchir partiellement des limitations du transport en commun sans acheter de voiture, m’est inaccessible.

    Rendu à la station Parc, je suis descendu et je pensais que le parc Jarry était juste à côté. Le groupe, qui échangeait sur Whatsapp, était rassemblé proche d’une fontaine, mais il n’y avait pas de fontaine là où je me trouvais. J’ai cherché partout, en vain. Il y avait de petites marches n’importe quand et j’ai fini par me faire foncer dedans. Tanné, j’ai regardé sur Google Maps voir si j’étais bien au parc Jarry, pas d’indication précise. Mais si je demandais à me rendre au parc Jarry, on me conseillait d’encore prendre un autobus ou marcher 20 minutes! MAIS VOYONS! Ce n’est pas à côté pantoute!!! J’étais vraiment découragé. IL était proche 18h et plus le temps filait, plus il y avait la possibilité que je rate la cible. Rendu au parc, je me ferais écrire sur le fil Whatsapp du groupe qu’ils avaient quitté pour le restaurant indien et faudrait reprendre les recherches, espérer trouver le restaurant avant qu’ils aient commencé à manger, au moins avant qu’ils aient fini. Il aurait été temps, à ce moment-là, de revenir à ma première idée, qui était de dire fuck off le pique-nique, rester dans mon quartier et profiter de la terrasse de l’Espace Public une dernière fois avant que ça ferme pour l’hiver. Mais non, je me suis entêté.

    J’ai failli abandonner, mais je ne voulais pas me retaper tout ce voyage pour juste rien, alors j’ai fini par tenter d’atteindre le parc. La marche n’a pas été le fun du tout. À tout moment, il y avait des entrées de cour d’où sortaient une voiture ou une moto. Si je me rappelle bien, il y a eu encore du monde sur le trottoir ne bougeant pas et j’ai eu du mal à les contourner. Le trajet pour me rendre là semblait sans fin. C’est en utilisant Google Maps que je suis parvenu à me diriger. J’ai essentiellement marché sur la rue Jean-Talon et emprunté une rue perpendiculaire dès que j’ai pu pour me rapprocher du parc, vérifiant régulièrement sur la carte si je m’approchais du but plutôt que m’en éloigner.

    J’ai fini par atteindre le parc et même trouvé la fontaine, au centre d’un large bassin d’eau non clôturé dans lequel j’ai failli me retrouver les pieds. J’ai tenté de tourner autour du bassin, espérant que mes compagnons me verraient, en vain. J’ai fini par trouver un passage derrière le bassin menant plus loin, mais il fallait marcher sur des roches au risque de tomber dans l’eau si je glissais. J’ai pris mon temps, utilisant ma canne pour évaluer la distance entre les roches, avant de poser mon pied dessus. Je devais m’assurer que mon pied était fermement sur la nouvelle roche avant de transférer mon poids du pied sur l’ancienne roche vers la nouvelle. Je l’ai fait, espérant que j’allais trouver un autre chemin pour aller plus loin, mais j’étais coincé dans un cul-de-sac, une espèce de petite île, et je n’arrêtais pas de m’enfarger dans des roches. Quelqu’un m’a offert de m’aider, mais tout ce qu’il a pu faire, c’est me confirmer que j’étais bien dans un cul-de-sac et fallait repasser par les roches pour ressortir.

    Les gens du groupe sur Whatsapp ne me répondaient pas. J’étais à bout, exaspéré. Un moment donné, on m’a envoyé une photo, capture d’écran de Google Maps, avec deux points dessus. Je n’arrivais pas à figurer où ils étaient avec ça. J’ai essayé de marcher près de la fontaine, formant des cercles de plus en plus grands, en vain. Il a fini par faire noir et ils ont au moins écrit qu’ils étaient pour partir bientôt. Le pire que je pensais était arrivé: fallait reprendre la route et tenter d’atteindre le restaurant indien. J’aurais été aussi bien viser le restaurant dès le début et attendre proche ou marcher aux alentours. Mais pire encore a été que personne, personne, personne ne m’envoyait l’adresse du foutu restaurant! Je l’ai demandée, jamais de réponse.

    J’étais exaspéré, j’avais faim, j’avais envie de pipi, je n’étais même pas certain de comment j’allais réussir à me rendre soit au restaurant, soit au métro Jarry ou Parc pour revenir chez moi. À force de marcher, j’ai aperçu une cabine de forme familière: une toilette chimique. J’ai pu me soulager la vessie là-dedans, au moins. Contrairement à un ami plutôt excentrique dont je me suis éloigné pour mon propre bien, je n’ose pas pisser dans le gazon ou proche d’un arbre, ne pouvant m’assurer que je ne serai pas vu. « Chanceux » comme je suis, je ne serais pas surpris d’être pris en flagrant délit à la première tentative et de me faire coller une contravention tandis que lui l’a fait d’innombrables fois sans être inquiété! Tu parles d’une justice!

    J’ai fini par ENFIN avoir l’adresse du restaurant. C’était le Appayon, sur la rue Ogilvy. Un autre gars du groupe a essayé de m’envoyer ailleurs, dans un bar sur Jean-Talon où il y avait une autre gang de collègues, mais quand j’ai commencé à regarder pour me rendre, j’ai appris qu’ils allaient bientôt payer et partir. J’étais en route pour le métro Jarry quand j’ai eu la position du restaurant indien. J’ai essayé de me rendre, mais c’était encore à plus de 20 minutes de marche. Après quelques essais et erreurs, j’ai perdu espoir et abandonné. Parti comme c’était là, j’arriverais et ils auraient fini de manger, voire le restaurant serait fermé!

    Mais juste revenir au métro Jarry a été un cauchemar. J’ai fini par découvrir que j’étais proche de Saint-Laurent/Jarry où il y avait un arrêt pour la 55, qui m’aurait ramené à la station Saint-Laurent, directement sur la ligne verte, sans avoir à passer par la ligne orange et faire un transfert à Berri-UQÀM. Mais la 55, je l’avais dans la face et il fallait traverser Jarry pour l’atteindre. La lumière était rouge et elle resta rouge jusqu’à ce qu’il soit trop tard. Non pas tout à fait en fait, l’autobus n’était pas parti alors j’ai couru pour rien. Quand je suis arrivé de l’autre bord, l’autobus partait. J’étais en furie!

    On aurait bel et bien dit que rien, absolument rien, n’allait fonctionner pour me tirer de ce mauvais pas, qu’il allait me falloir appeler quelqu’un pour qu’on vienne me chercher. Je me suis demandé si un de mes voisins pourrait venir me chercher en voiture, mais ça ne me plaisait pas du tout devoir lui imposer cette route-là et devoir l’attendre minimum vingt minutes, plus probablement 30, voire 45 minutes. Alors il m’a fallu tenter de marcher jusqu’au métro. Par chance, c’était en ligne droite sur Jarry. Après avoir déterminé la bonne direction, ça a pu se faire, et j’ai même pu trouver la porte sans chercher sans fin jusqu’à ce que quelqu’un m’aide.

    Rendu dans le métro, j’ai mangé quelques chips, prenant soin de refermer le sac neuf que j’avais amené pour le pique-nique, voulant éviter de me retrouver avec plein de miettes dans mon sac à dos. Je suis monté dans le métro soulagé. Bon, enfin fini tout ça? Oh non! Crémazy. Ouin ok. Sauvé. Ah non fuck, je pense que je m’en vais du mauvais bord. J’avais checké pourtant! Montmorency, ah non l’autre bord, mais apparemment deux escaliers menaient à Montmorency, fallait probablement franchir une passerelle entre les deux accès au quai pour atteindre deux autres escaliers, menant de l’autre côté. Alors j’ai dû descendre et marcher sur la passerelle. Après, j’ai enfin pu me rendre chez moi et souper.

    Il m’aurait fallu mieux vérifier qui participait à l’événement. Il y avait peu ou pas de gens que je connaissais qui venaient, en fin de compte. Le plus simple aurait été bien entendu de partir tous du bureau. Je ne pensais pas que le parc Jarry était grand à ce point-là. Il m’aurait fallu mieux vérifier l’information de mon collègue qui affirmait que le parc Jarry était à côté de la station Parc. Ça aurait été mieux de connaître l’adresse du restaurant avant de partir, comme ça après avoir erré sans fin dans le parc, j’aurais pu m’asseoir quelque part tranquille au pire, prendre une bière que j’avais amenée, puis me rendre au restaurant où mes compagnons m’auraient rejoint.

    Ainsi, il y aurait eu moyen que ça se passe mieux, mais ça aurait pu être bien pire. J’aurais pu finir les souliers trempés, après avoir marché dans l’eau du bassin où il y avait la fontaine ou glissé sur une roche. J’aurais pu me blesser en chemin ou me faire frapper par l’auto ou la moto qui sortaient d’un stationnement.

  • Fatigue et lassitude qui ne lâchent jamais

    Couché sur mon lit, dans mon ancienne chambre chez mes parents, je n’avais pas le cœur à faire quoi que ce soit. Mon nouveau laptop avait recommencé à mal fonctionner, tous les problèmes du passé avec Windows revenus en force comme des squelettes sortis d’un placard. Toute recherche sur Internet ne donnait aucun autre résultat que des questions sans réponse sur StackOverflow ou d’inutiles vidéos sur YouTube. C’est de plus en plus comme si les gens capables de nous aider avaient tous cessé d’utiliser leur ordinateur, peut-être depuis la pandémie. Si on continue dans cette voie, d’autres abandonneront et d’autres encore, jusqu’à ce que plus personne ne puisse répondre à quoi que ce soit. On se contentera de radoter « J’ai le même problème » et les administrateurs de forums archiveront les fils de discussion les uns après les autres, interdisant toute réponse future, sans aucune forme de progrès. J’avais eu quelques difficultés les premiers jours, avec mon nouveau laptop, ça s’était placé un peu, mais là ça recommençait, un peu comme un cancer qui récidive en force.

    Mais ce n’est pas seulement le laptop. Mon retour au travail, la semaine passée, ne s’est pas super bien passé. J’avais choisi de recommencer jeudi, de sorte que j’avais une dernière journée de vacances après celle pendant laquelle nous sommes revenus du chalet. J’espérais comme ça que ce serait moins déprimant recommencer le boulot, mais non, ce fut pire. Déjà jeudi matin, je me suis levé et je me sentais super super super fatigué, quasiment comme si je n’avais pas pris de vacances. J’essayais de lire mes courriels et les yeux me fermaient tout le temps.

    À mon retour de vacances, j’étais supposé débuter sur un nouveau projet appelé Mix Testing Tool. Cet outil permet d’exécuter des tests sur une application Mix représentant un assistant personnel capable d’interpréter certaines demandes des utilisateurs. J’avais travaillé là-dessus voilà un an ou deux, alors ceux en charge du projet jugèrent que j’étais la meilleure personne pour le pousser plus loin, jusqu’à le rendre disponible open source. Avant de travailler là-dessus, par contre, je devais revisiter le code, me rafraîchir la mémoire sur ce que l’outil fait et comment il le fait. Relire ce code me plongea dans une fatigue de tous les diables. En après-midi, je n’arrêtais pas de bailler et je n’arrivais presque plus à rien faire.

    Puis commencèrent les questions. Plusieurs personnes avaient de la difficulté avec des bouts du projet précédent sur quoi je travaillais avant mes vacances et pensaient que j’étais le mieux placé pour les aider. Mais plutôt que me poser des questions claires et précises, ils voulaient faire des meetings avec partage d’écran, tentant de m’expliquer de façon plus ou moins efficace ce qui clochait. Je n’avais tout simplement aucune idée de pourquoi ce système-là a fonctionné avant et là, subitement, tout était cassé et il était primordial pour la survie même du produit de tout arranger dans la semaine, voire la journée. Chaque fois que je proposais de quoi, soit ils l’avaient déjà essayé, soit ils ne comprenaient pas ce que je disais, possible que l’audio soit trop mauvais ou bien c’était le micro de mon laptop de travail qui faisait des siennes. Je pouvais répéter autant que je voulais, personne ne comprenait plus. Il fallait soit que j’écrive des indices dans le chat, soit qu’une autre personne sur l’appel répète à ma place. C’est déjà arrivé par le passé, mais là c’était pire que pire.

    Le stress créé par tout ça refit augmenter ma douleur dans tout mon pied droit qui cette fois irradia dans toute ma jambe. Cela était si agaçant que j’eus du mal à dormir de jeudi à vendredi.

    En plus de ça, j’ai vécu une grosse déception jeudi soir. Mon frère et sa femme m’avaient invité à souper chez eux et il y aurait peut-être un jam après le souper. Eh bien, il s’est mis à tellement mouiller en fin d’après-midi que mes parents avaient peur de sortir, même pour me conduire à l’arrêt d’autobus. Ça pouvait arriver que l’autobus ne passe même pas ou qu’on soit en panne à mi-chemin, l’eau inondant certaines routes. Avoir été à Montréal, j’aurais pu tenter mon coup, mais là, c’était trop risqué.

    Ainsi jeudi, je me pensais fatigué? Eh bien vendredi, je constatais n’avoir rien vu. Plusieurs fois en avant-midi, je dus faire une pause et m’étendre quelques minutes; je n’y arrivais juste plus.

    Vendredi après-midi, après un nouveau problème de connexion qui me fit piquer une colère de tous les diables, qui me mena à jeter mon clavier à bout de bras, je dus me rendre à l’évidence que trop c’était trop, je ne pouvais plus réussir à travailler. Je fis part de cette triste nouvelle à mon patron qui en fut bien désolé. Pour l’heure, je pris une journée de maladie, mais il allait falloir contacter mon médecin de famille pour la suite des choses.

    J’ai passé la fin de semaine essentiellement à me reposer. Je n’ai même pas allumé mon ordinateur, craignant que ça me fasse pogner les nerfs encore. Je suis resté couché, j’ai lu un peu, suis allé m’asseoir dehors, pris un thé dans la balançoire avec maman, joué un peu avec les enfants de ma sœur qui sont venus se faire garder samedi soir et puis enfin lundi est arrivé.

    Malgré mes tentatives passées, je n’ai pas pu trouver un autre médecin de famille que celui de mes parents, à Saint-Césaire. C’est donc là que nous sommes allés, mon père et moi, lundi matin. Mon médecin m’a questionné sur ce qui se passait, a évalué comme moi que malgré ma blessure je devrais pouvoir travailler, a commencé à soupçonner une dépression. Elle pouvait me prescrire de quoi pour soulager les symptômes, mais ça ne pourrait pas se faire avant que je commence à consulter un psychologue. Les médicaments, seuls, ne suffiront pas; il faut une psychothérapie. Elle pouvait m’en recommander un, mais ce serait sur la rive sud, avec temps d’attente de deux à trois mois. En attendant, je serais en arrêt de travail à ne rien faire? On dirait bien. Tout ce qu’elle put faire, c’est me mettre en contact avec un travailleur social qui allait évaluer ce qu’on pourrait faire à court terme. Ouin…

    Ce même jour, j’avais aussi un rendez-vous de physiothérapie pour mon pied. Ma thérapeute était encouragée, car j’avais réussi à conserver une partie de ma mobilité des jambes grâce aux exercices que je faisais chaque jour méticuleusement. Elle me fit réviser les exercices, me proposa des correctifs pour mettre moins de pression sur mon pied droit (cela pouvait expliquer les épisodes de douleur). Ensuite elle massa mon pied et me rappela que bientôt, on allait pouvoir enlever mon plâtre et commencer à traiter aux ultrasons et avec le courant électrique; ça allait faire du bien. En attendant, ça valait la peine de continuer à mettre du froid régulièrement.

    De retour chez moi, quand je suis entré dans ma chambre, je n’ai pu retenir un « Ah non!!!! » des plus exaspérés. « Qu’est-ce qui se passe encore? » me demanda maman depuis la cuisine, pensant que j’avais encore trouvé moyen de m’empêtrer avec un bogue d’ordinateur. « Le chat! » commençai-je. « J’ai oublié la fenêtre grande ouverte, ya tout cassé la moustiquaire. » Maman me demanda si l’animal était encore là, peut-être avait-il juste déchiré la moustiquaire, regardé un peu dehors et retourné se cacher comme il le fait toujours. Mais je ne le trouvai pas, ni sous le lit, ni derrière la commode, ni sous le meuble de l’ordinateur. Maman vint chercher elle aussi, on a passé près de cinq minutes à l’appeler en vain, eh non, parti pour de nouveaux horizons.

    « Mais pourquoi t’as ouvert ta fenêtre? » demanda maman, perplexe. C’était évident, à cause du chat, qu’il fallait la laisser fermée tout le temps ou au pire l’ouvrir juste au minimum. « Parce que j’avais super chaud, pis je savais que le matin, il dort et reste sous le lit, alors j’en ai profité pour ouvrir grand mais oublié de fermer avant de partir. » Je me trouvais si stupide que je faillis en pleurer, mais au moins je parviins à me contenir un peu. Tout ce qu’on pouvait faire, c’était espérer qu’il revienne un moment donné.

    En après-midi, j’ai tenté d’utiliser le service d’aide aux employés, à mon travail, pour obtenir une consultation avec un psychologue. Peut-être avec ça j’aurais de quoi de mieux qu’attendre deux mois. Je pus obtenir une consultation dans la semaine. En attendant, tout ce que je pouvais faire, c’était me reposer, méditer, boire du thé, écouter la télé et écrire un peu si et quand mon ordinateur me le permettait.

    J’en suis venu, en fin d’après-midi lundi, 17 juillet 2023, après une nouvelle colère de tous les diables, à complètement formater ce damné laptop et réinstaller Windows 11 à neuf, en utilisant un médium d’installation USB. Contrairement à ce que je craignais, Windows se réactiva correctement sans me demander un numéro de série que je n’avais pas, et le système semblait mieux fonctionner. Quelques problèmes mineurs étaient disparus, mais la machine continuait à me demander obstinément mon mot de passe au lieu de prendre en compte mon empreinte digitale ou mon visage.

    Ensuite fatigué, mal aux yeux et à la tête, n’ayant rien d’autre à faire, je suis sorti avec un jouet pour mon chat, me suis installé dans la balançoire et j’ai agité le jouet. C’était un bâton au bout duquel il y avait une balle attachée par une corde. C’est une de mes nièces qui a trouvé ça et c’est avec ce jouet que mon chat a vraiment interagi avec moi pour la première fois. Alors j’allai dehors avec ça, l’agitai et appelai mon chat, presque sans fin. Mes parents étaient certains que ça ne servirait à rien. Moi aussi en fait. Mais je n’avais pas l’énergie pour autre chose. Je fis cela jusqu’au souper et une partie de la soirée, puis descendis pour me laver et me coucher. En fait, je ne fis pas qu’agiter le jouet bêtement. Je tentai d’appeler mon chat, avec ma voix mais aussi avec mon esprit. Je mis tant de cœur à cette tâche que j’en oubliai tout le reste.

    Le lendemain matin, quand je suis monté pour déjeuner, j’ai trouvé un large trou dans la moustiquaire de la cuisine. Non loin du trou se trouvait un petit chat noir qui fit « Miou » comme pour m’agacer, puis il se mit à se frotter sur mes jambes en ronronnant. Mon chat était revenu! Il avait défoncé une autre moustiquaire pour entrer plutôt que passer par où il était sorti, mais bon, il était de retour, et apparemment sain et sauf, à part qu’il faisait le saut si on le flattait derrière les oreilles. Maman pense qu’il lui est arrivé quelques chose, peut-être il s’est battu, mais il n’y a pourtant pas de signe de blessure.

    Tous ces soucis posés par mon chat qui s’était sauvé, puis était revenu, m’ont quelque peu fait oublier mon retour cahoteux au travail et même ma blessure; la douleur était presque inexistante depuis que j’ai retrouvé mon chat. Je me demande si et comment je pourrais exploiter ça pour améliorer mon état, pouvoir recommencer à travailler sans cogner des clous à la moindre lecture de code ou de courriel.

    Existe-t-il un univers parallèle, proche ou loin du nôtre, où j’ai évité cette vilaine blessure au pied? Si seulement ce 15 juin je n’étais pas sorti pour cette commission à la pharmacie, je me serais sauvé beaucoup de tracas. Mais d’un côté, si mon quartier est devenu trop dangereux pour y marcher sans risquer de me faire faucher par une voiture ou même un vélo, que vais-je faire? Déménager? Ne sortir que pour des déplacements essentiels et me réinscrire dans un gym pour faire plus d’exercices, privé de la marche? Ou me trouver un compagnon de marche qui une semaine ne pourra pas, l’autre semaine pourra juste le soir où j’aurai autre chose de prévu? Pas génial. Est-ce qu’éviter cette blessure aurait pu suffire à m’épargner l’arrêt de travail? Une partie de moi répète que oui, tandis que ma logique clame que non. On ne saura jamais. À moins que….

  • Renoncer à toute attente, c’est la clé

    Découragé, je m’effondrai sur le divan, pack de gel sur le pied qui faisait mal plus que d’habitude depuis ce matin. Ce séjour familial dans un chalet, à Saint-Philémon dans la région de Chaudière Appalaches, allait être un peu ennuyeux vu ma blessure au pied droit, mais au moins, ce serait plus plaisant en famille que seul chez mes parents où j’étais en convalescence depuis trois semaines, ne pouvant plus monter et descendre les marches sans risquer d’aggraver ma blessure.

    Nous sommes arrivés au chalet dimanche 9 juillet, en fin d’après-midi. Ça a été un peu pénible monter les marches pour aller du sous-sol où on entrait vers l’étage principal, mais la chose faite, je pouvais rester sur l’étage où j’ai pris une chambre qu’il y avait là. Les jeunes enfants partageaient une chambre au sous-sol avec deux lits superposés, et les plus grands occupaient des chambres au troisième étage, où il y avait aussi un hamac. Je ne tentai jamais de gravir les marches menant là, car ce serait trop difficile pour rien. C’était bien triste, car j’aurais bien voulu essayer le hamac.

    Assis dans le salon ce lundi, je me suis demandé s’il existait un univers parallèle où je n’ai pas été blessé au pied et où j’ai pu me coucher dans le hamac au moins une fois. En ce moment précis, j’avais le choix entre penser à ça ou observer la douleur qui ne diminuait pas beaucoup. J’espère qu’il ne faudra pas retourner attendre à l’hôpital pour une autre radiographie, pensai-je, ou une autre prescription de morphine.

    Au moins, j’avais accès à la terrasse, où je pouvais m’asseoir et prendre l’air. Le spa, par contre, il fallait oublier à cause de mon plâtre. C’était triste à en pleurer de ne pas avoir pensé à ça, on aurait pu m’installer un plâtre amovible ou quelque chose qui peut aller dans l’eau, ça existe, ma nièce en a eu un, mais peut-être ma blessure ne le permettrait pas. Tout ce que je pus faire, c’est regarder les autres y aller et me demander si des doubles de moi, dans d’autres univers, pouvaient en profiter contrairement à moi.

    Ce lundi-là, c’était prévu que nous allions explorer le parc du massif. Évidemment, une randonnée dans les bois, même sur des sentiers plats, était hors de question pour moi dans mon état, alors je dus rester au chalet, avec mon frère et sa femme qui préféraient se reposer. Lorsque les autres furent partis, nous avons jasé, mon frère, ma belle-sœur et moi, puis ma belle-sœur fatiguée est retournée se coucher tandis que mon frère est allé dans le spa un peu puis monté lire dans le hamac.

    Ne sachant que faire, pas envie de me casser le cou à lire avec mon laptop pendant trois heures de temps, je suis allé dans ma chambre chercher mon Magic Drum, cet instrument formé à partir d’une bonbonne de propane et doté de sept touches accordées pour jouer des notes différentes. Avant de m’amuser un peu avec ça, je demandai à mon frère dans le hamac si ça le dérangeait, et il me dit que non. Alors les yeux fermés, je commençai à taper sur les touches avec une de mes deux mailloches. Je me rendis compte que si je frappais trop fort, le son était étouffé tandis que si je ne frappais pas assez fort, le son était trop faible. La force optimale pour obtenir une belle vibration est légèrement différente pour chaque touche. Trop occupé à lire, à écrire, à faire mes repas, aller marcher, travailler, etc., jamais je n’ai pris le temps de m’asseoir et juste explorer ça. Dans ma chambre chez mes parents, je n’osais pas m’amuser avec mon Magic Drum qui est resté un bon bout de temps chez moi en fait. On est allé le chercher avant de partir pour le chalet, parce que j’espérais que les enfants allaient jouer avec.

    Par moments, on aurait presque dit que l’énergie vibratoire entrait en phase avec mon corps, aidant à soulager ma douleur. Inspiré, je me mis à accompagner la vibration du mantra universel le plus simple qui soit: ommmm. Ooooommmmmmmmmm. J’y suis allé tellement intense avec ça que j’en ai oublié ma douleur un moment donné, mais c’est revenu en force dès que j’ai arrêté de chanter. « Faudrait que tu continues à faire Om, à l’infini, suggéra mon frère. » Ouin, pensai-je, pas sûr que les autres vont aimer… Se pouvait-il que si j’avais la patience de chanter des mantras et taper sur le Magic Drum pendant des heures, je pourrais guérir? Mon esprit logique a des doutes, l’enfant en moi rêve que peut-être ça pourrait arriver.

    Mon frère a commencé à aimer le son de mon instrument, est descendu et m’a demandé s’il pouvait essayer. Il s’est mis à jouer des beats là-dessus et c’est devenu pas mal intéressant. « Aye ce serait quasiment le fun qu’à soir, suggérai-je, tu joues du Magic Drum et chantes, comme hier. » Mon frère était hésitant, car il s’était fait une ampoule la veille. Il me dit qu’il allait y penser, mais que je ne devais pas me faire trop d’attentes.

    Peu après, les explorateurs furent de retour pour un diner bien mérité. Ils ont tous bien aimé leur expérience et sont revenus juste à temps, évitant le pire de la pluie qui s’abattit sur la région. On pensait trouver dans ce parc quelques sentiers et une rivière, mais il y avait là en fait des kilomètres de pistes pour la randonnée pédestre et le vélo, un parcours d’hébertisme, un petit château avec un labyrinthe pour accéder aux tours, des cavernes et un village médiéval. Ils n’ont pas pu visiter tout ça, tellement il y avait de stock. On pourrait y passer une semaine, juste dans le parc.

    Je ne pus me retenir de penser à comment les choses se seraient passées si je n’avais pas été blessé au pied ce jour-là. Je serais sans nul doute parti avec le reste de ma famille pour le parc du massif où j’aurais au moins pris un bon bain de nature. Ça fait toujours du bien. J’aurais marché dans les bois, enjambant comme je peux des racines, abaissant mon centre de gravité au besoin pour descendre des pentes sans me retrouver au sol. Est-ce que le parcours d’hébertisme était conçu pour les enfants seulement ou assez solide pour les adultes? Aurais-je osé réessayer, comme quand j’étais petit, de m’agripper à des cordes pour traverser un pont de bois qui branle ou escalader une paroi verticale comportant des prises pour les pieds? Aurais-je été capable de traverser le labyrinthe? Comme on m’a raconté, il fallait franchir une échelle pour monter au second niveau, redescendre, remonter et enfin avoir accès au troisième étage où il y avait les quatre tours. Il a fait chaud en plus pendant qu’ils étaient partis. J’aurais sans doute fini trempé de sueur, mais je ne peux cesser d’imaginer quel plaisir ça aurait été, mais aussi quelle frustration incroyable j’aurais ressentie si j’étais resté coincé dans le labyrinthe tandis que tous les autres avaient réussi à monter, ou si je n’avais pas pu traverser le pont de cordes que tous auraient négocié facilement.

    L’après-midi fut long un peu. Il pleuvait dehors si bien que nous sommes restés à l’intérieur. J’ai joué un peu de Magic Drum, mais les gens finirent par se lasser et me demander d’arrêter. Deux de mes nièces ont dessiné sur mon plâtre, remplaçant l’œuvre précédente par une image abstraite pleine de couleurs et de courbes. Les enfants ont joué ensemble et quelques personnes se sont amusées avec une console de jeux. Les dernières fois que j’ai tenté de jouer à Mario, je n’ai pu que me faire tuer dès le début et frustrer; je ne voulais pas imposer ça à ma famille.

    Après le souper, j’ai écouté un petit film avec les enfants. Puis la fatigue s’ajouta à la douleur de sorte que tout ce je pus faire, c’est aller me coucher. Les autres s’amusèrent à un jeu de société qui ne me plait pas beaucoup de toute façon. En temps normal, le bruit m’aurait empêché de dormir, mais cette fois-ci, je sombrai rapidement dans le sommeil. Je fus réveillé par un cri, je ne sais pas ce qui s’est passé exactement et j’étais trop fatigué pour essayer de le savoir. Je finis par retrouver le sommeil et lorsque je me réveillai à nouveau la bouche sèche, il était 4h du matin. Rendu là, je dormis par bouts, plus ou moins bien.

    Le lendemain matin, les adultes étaient peu bavards tandis que les enfants jouaient comme d’habitude. Il a dû se passer quelque chose la veille pendant que je dormais. Est-ce que le cri que j’ai entendu est lié à ça? Est-il même réel? Peut-être un jour j’apprendrai les tenants et aboutissants de tout ça, quand la poussière aura retombé. La douleur, au moins, avait diminué, et la fatigue aussi. Le retour fut long et ennuyant, mais bon, c’est la vie.

    C’est ainsi que malgré tout, je passai une belle fin de semaine. Peut-être le fait de n’avoir eu aucune attente a évité d’amères déceptions et m’a permis d’apprécier le moindre petit moment de joie. Les instants sans douleur ont été brefs mais remplis d’une grande richesse me donnant accès à une lucidité inégalée depuis des années.

    Ce mercredi après-midi, je suis allé dans la cour profiter du beau temps. J’ai essayé plusieurs fois la thérapie à base de Magic Drum et ça ne fonctionne plus. Ça a l’air que ça pouvait fonctionner une seule fois, il fallait en profiter, et ne pas m’attendre à revivre la même expérience.