- Seigneur, que veux-tu que je fasse? demandai-je, en toute honnêteté.
- Fils, me répondit-il hier soir, et si je te disais va, retrouve ton ami que tu as abandonné et offre-lui une nouvelle chance.
- Est-ce vraiment ça que je dois faire? demandai-je, un peu embêté.
- C’est toi qui l’as dit, répondit le Seigneur.
- Mais chaque fois, c’est la même histoire, argumentai-je. Il va être correct pendant quelques temps puis déraper à nouveau. Il me semble que ce serait judicieux de consacrer mon énergie à autre chose.
- Mais alors, répondit le Seigneur, pourquoi consacres-tu encore de l’énergie à y penser?
- Pour être prêt, si jamais il revient, répondis-je, un peu hésitant. On sait jamais ce qui pourrait le remettre sur mon chemin, ou si des semblables à lui se présentaient à moi. Je voudrais trouver des moyens de réagir, si jamais il refait ce qu’il a fait dans le passé, pour résoudre ça de façon propre, simple, et sans faire de mal.
- C’est un noble objectif, mais souhaites-tu vraiment être prêt à tout? demanda le Seigneur. Il y a une infinité de possibilités. Toute une vie ne suffirait pas à toutes les étudier.
- Ouin, fis-je, un peu perplexe.
- Alors que veux-tu vraiment?
- Je souhaite qu’il soit heureux, argumentai-je, qu’il réussisse dans le vie, et je pense toujours que rester loin de moi va l’aider à ça.
- En es-tu convaincu ou est-ce qu’en agissant ainsi, tu fais la volonté d’un autre que moi?
- Je dirais que oui. Revenir en arrière ne va que reproduire les patterns du passé, aucun progrès ne me sera possible si j’emprunte cette voie.
- Je sens le doute en toi. Tu n’es pas parfaitement convaincu de ce que tu dis. Mais sache qu’une chose peut t’aider: bénis-le.
- Je dois me rendre chez lui, le saluer et puis lui dire que je le bénis en ton nom?
- Si tu fais ainsi, probablement ton action n’aura que peu de sens, en tout cas pour lui. Bénir, à la base, c’est dire du bien. Cherche en lui du bien et si tu parles de lui, dis-en du bien. Cet être est fondamentalement bon. C’est le contexte, c’est l’environnement, qui peuvent le rendre chaotique limite mauvais. Et aussi, si tu veux t’éloigner encore davantage du côté obscur de cette personne, renonce aux plaisirs de la chair et début les entreprises de l’esprit. C’est là que se trouve le salut, pour toi et tous tes semblables.
- Je ferai ainsi, mon Seigneur, alors.
- Va, mon fils, et agis selon tes paroles, car ce sont les actes qui comptent beaucoup plus que les mots.
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Quand la volonté de Dieu est floue
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Le calvaire de Sylvain
J’ai dû promettre de cesser de crier pour obtenir ce calepin dans lequel je vais pouvoir écrire. J’ai intérêt à ne rien tenter avec le stylo, car ce ne sera pas long qu’on va me l’enlever. Aouch! Je ne pourrai même pas écrire longtemps de toute façon, juste ce paragraphe et ça me fait mal partout aux épaules, dans le cou et dans le dos. Des fois j’ai l’impression que je porte encore les maudites menottes qu’ils m’ont pourtant enlevées depuis deux jours.
C’est un peu mieux avec les anti-inflammatoires qu’ils m’ont prescrits et le repos. Ça fait quasiment une semaine que je suis enfermé ici, mais j’ai fini par réussir à me calmer. Mon psychiatre va probablement me mettre en arrêt de travail pour plusieurs autres semaines; ce sera mieux. C’était rendu très stressant et frustrant depuis la nouvelle réorganisation. Le nouveau patron ne cessait de nous convoquer en meetings sur Teams, plusieurs fois par jour, à l’improviste souvent, et il y a même une fois où mon téléphone a sonné à 20h30: meeting d’urgence parce qu’un nouveau client désirais une saveur de croustilles! Ils voulaient qu’au moins deux personnes se rendent au labo LÀ pour commencer à travailler dessus, j’étais exaspéré, mais deux collègues se sont portés volontaires avant moi. Ça n’a plus de sens travailler comme ça. On dirait que personne n’arrive à rien planifier et que le standard de facto c’est faire de plus en plus d’heures, soirs et fins de semaine, et le jour on fait des meetings et des meetings!
Ça a explosé un vendredi après-midi. N’en pouvant plus, j’en suis venu à crier sans fin. Je suis viré tellement fou furax que je suis sorti sur mon balcon avec un bâton et fessé, en criant au meurtre, sur le garde-fou. La vibration qui en a résulté a, selon les voisins, fait shaker tout le bâtiment, c’était horrible. Il y a eu plus de quinze personnes qui ont appelé la police, les unes après les autres.
Les policiers sont arrivés pas longtemps après, m’ont interpellé, j’ai crié, ils ont répété, j’ai essayé de me calmer, mais tout ce que j’ai pu faire, c’est vociférer « QUOI? » d’une voix tremblante et hystérique avant de lancer le bâton dans leur direction. J’ai tellement manqué mon coup avec ça qu’ils n’ont même pas pensé que je lançais vers eux et ce fut une chance, sinon j’aurais eu des accusations criminelles contre moi en plus de me faire emmener de force.
Les policiers m’ont demandé de me nommer. J’ai tenté de leur donner mon nom, espérant que ça allait aider. « J’suis Sylvain » ai-je réussi à dire, plus calmement, mais c’était comme si on avait mis un couvercle sur un presto sur le point de sauter à nouveau. Sentant la steam encore sous le couvercle, ils voulaient m’emmener. J’ai paniqué, refusé et au lieu de continuer à me raisonner, ils ont juste passé à la grosse artillerie et m’ont mis les menottes!
Depuis des mois, à cause du stress, j’ai souvent mal dans le dos, le cou, les épaules, tout, et là avec les menottes, OUILLE! Ça m’a fait crier de douleur et de rage. Les policiers ne savaient pas pour mes douleurs et pensaient que je lâchais encore des cris de fou alors ils m’ont crié de me la fermer et me calmer, m’ont tiré les bras derrière le dos et ça a fait super super mal!
Quand ils m’ont enlevé les menottes rendu à l’hôpital, je ne m’en suis même pas rendu compte tout de suite tellement ça faisait mal à m’en faire pleurer. « Enlevez-moi ça! » ne cessais-je plus de pleurer. « Pitié! » Mais ça faisait quinze minutes qu’on m’avait enlevé les maudites menottes! Parait qu’ils n’ont jamais vu ça.
Après ça, pensant eux aussi que je ne criais que de rage, pas à cause de la douleur, ils m’ont injecté du lorazépam et tout est devenu flou. Quand j’ai repris conscience, ça me faisait super super mal à m’en refaire crier, ils m’ont piqué encore sans essayer d’en savoir plus.
J’ai dû m’efforcer de me calmer pour leur expliquer la situation, on m’a enfin fait passer des radios, pour constater que je m’étais fait disloquer une épaule et étirer plein de muscles! Le médecin qui a vu ça était sidéré et me suggère de porter plainte contre les policiers pour usage abusif de la force. « Ça a pas d’allure ce qu’ils ont fait là! » Mais il aurait vraiment fallu cesser de gueuler comme un perdu, ça aurait beaucoup aidé.
Je suis enfin sorti de l’hôpital, mais je dois rester au repos et revenir chaque semaine pour un suivi. Je me retrouve avec une prescription d’anxiolityques que je vais devoir prendre à vie probablement. Il me faudra faire de la physio pendant un bout pour mon épaule et mon dos. Quant au travail, je ne pense pas revenir. Je ne sais pas encore si je tenterai d’appliquer ailleurs, étudier dans un autre domaine ou essayer de survivre avec ce que j’ai de placé me disant que de toute façon, je n’en ai plus pour bien longtemps. Soit je vais péter au fret dans quelques années, soit la planète va nous sauter en pleine poire anyway. Mais c’est bien triste tout ça. Je me demande souvent si ça aurait pu être évité.
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L’infini inatteignable
Je ne sais pas depuis combien de temps je suis là, en orbite autour de ce trou noir, privé du Warp core qui aurait pu me permettre de reprendre l’exploration spatiale. Je ne sais pas pourquoi je suis seul dans ce vaisseau-là. Je n’ai pour compagnon que ce perroquet qui me dit qu’on est des frères, qu’on est une famille, qu’on doit montrer à tous qu’on est unis malgré les préjugés de nos pairs. J’ai dû pour ne pas être aspiré par le trou noir jeter plusieurs parties de mon vaisseau, pour alléger la structure. Il s’en est sacrifié des membres de mon équipage, tous morts pour rien à essayer de sauver le peu qu’il restait, sans savoir que ce peu allait devenir encore moindre et puis il ne resterait que le poste de pilotage, errant, sans Warp core pour repartir, avec pour propulseur qu’un réacteur minimal pour à peine compenser le flux gravitationnel du trou noir. Le Warp core a été jeté dans le trou lors d’un acte d’étourderie d’un membre de l’équipage qui a manqué de jugement. Ses excuses futiles et pitoyables n’ont rien arrangé du tout. Sa mort ne soulage pas la souffrance de son erreur, très loin de là. Les systèmes de survie fonctionnent encore, c’est presque la seule bonne nouvelle. Mais ça fluctue de plus en plus du vert au jaune. Ça va finir par flancher, ça aussi. Alors que faire? Envoyer des messages radio, même si on sait qu’ils se perdront dans le trou noir, pour qu’au moins il reste quelque chose de tout ça. Ne pouvant atteindre l’infini, ne pourrais-je pas y lancer des idées?
Ce trou noir montre bien le syndrome apparemment planétaire du « jamais assez ». Le trou noir absorbe, demande, exige, prend, sans jamais redonner. Selon lui, le peu qu’il redonne est beaucoup plus que ce qu’il prend. C’est donnant donnant. Parfois, certains trous noirs se prétendent même source de lumière! Voilà quelques exemples concrets.
- Un mendiant demande, chaque jour, à tous ceux qui passent devant lui, au moins un dollar. Si, dans un élan de générosité spontanée, j’offre un dollar, demain, si je repasse, le mendiant me demandera un autre dollar, et puis un autre le lendemain, et puis encore un autre, presque comme si au départ je n’avais jamais donné. Mieux encore, si je cesse de donner, le mendiant sera aussi mal pris qu’avant que j’aie commencé à donner.
- Un bénévole a offert des centaines d’heures à une oeuvre de charité. Il y a dédié pendant des mois tous ses temps libres. Un bon jour, il voudra consacrer ce temps à autre chose. On le remerciera pour sa contribution, mais au fond, le bénévole sentira bien la déception. Il aurait fallu en faire plus, il aurait fallu continuer. Mieux encore, l’oeuvre de charité sera autant dans le besoin qu’avant, comme si le bénévole n’avait jamais donné de son temps.
- Une infirmière au bout du rouleau vient d’enchaîner trois double quarts de travail: seize heures de trimmage presque un travail d’esclave, à peine huit heures de sommeil, seize heures de labeur, à peine huit heures de sommeil, etc. Si, au bout de tout ça, l’infirmière n’en peut plus et craque, on la remerciera de sa contribution, mais au fond d’elle-même, elle saura bien que c’était comme si jamais elle n’avait travaillé. Il en aurait fallu plus, beaucoup plus. L’hôpital où elle travaille, voire tout le système de santé, sera aussi à bout qu’avant. Ce sera presque comme si elle n’avait pas travaillé!
- Un homme désespéré et un peu mal organisé, qui aurait dû placer le peu qu’il gagnait dans un compte d’épargne plutôt que le flamber en futiles babioles et en substances néfastes pour sa santé, laisse sa blonde dans un acte impulsif et inconsidéré, puis demande à son ami de l’héberger chez lui quelques jours. Ces quelques jours, pendant lesquels l’invité dérange l’hôte régulièrement tout en prétendant que ce sera comme s’il n’est pas là, deviennent quelques semaines, puis quelques mois. « Ça peut être pour tout le temps », finit même par proposer l’homme qui a laissé sa blonde. Eh bien, si l’hôte n’en peut plus de son invité, l’invité sera aussi mal pris que si, au départ, l’hôte avait refusé son hospitalité.
- Une femme était tellement ivre qu’il lui a fallu trois jours pour se rendre compte que son conjoint s’était suicidé! Pendant tout ce temps-là, elle pensait qu’il dormait. Dans sa lettre d’adieu, le conjoint a écrit ceci: « Je ne me suicide pas, c’est toi qui me tues! » La femme, très choquée, va voir son ami; elle a besoin d’une épaule pour pleurer. Mais les pleurs ne cesseront jamais, même après des jours, des jours et des jours. L’ami qui n’en peut plus, s’il essaie trop de faire cesser ces pleurs, mettra la femme dans une détresse plus grande encore qu’à son arrivée.
- Un programmeur a investi beaucoup de temps et d’énergie dans la conception d’un nouveau logiciel. Il a pris soin d’établir une architecture évolutive, ajouté des tests unitaires et d’intégration, et le logiciel est maintenant en production. Eh bien on lui demandera ensuite d’être disponible 24 heures sur 24 pour investiguer et corriger des bogues, car le programmeur sera le seul à bien comprendre son système, et personne ne fera d’effort pour le comprendre à son tour, pas en profondeur du moins. Si, un jour, le programmeur craque et fait un burn out, eh bien la compagnie sera plus dans la merde encore que s’il n’y avait pas eu de système à la base!
Pourquoi en sommes-nous là? Pourquoi n’est-ce jamais assez? Est-ce parce que les gens sont devenus trop paresseux et ne veulent plus innover, se débrouiller, apprendre par eux-mêmes? Peut-être, mais c’est peut-être aussi l’accumulation de tâches routinières qui peuvent et doivent être automatisées, confiées à des machines, ou bien peuvent et doivent être simplifiées. Minecraft modifié, pratiquement n’importe quel mod pack, enseigne bien ça. Le joueur va arriver à un point où il y a tant de tâches manuelles à faire qu’il ne reste plus de temps pour le plaisir de découvrir de nouveaux mods ou construire une belle base. Il faut alors automatiser, tout, pour que les tâches routinières soient accomplies par des systèmes autonomes, et puis passer à la suite. L’automatisation de bout en bout ne doit impliquer aucune intervention manuelle. Ça fonctionne, on ferme la porte et on jette la clé, c’est là pour toujours. En théorie, ou presque. En fait non, puisqu’on doit pouvoir réviser et améliorer l’automatisation.
Il faut aussi simplifier tant et autant qu’on peut. Pourquoi faut-il un interminable formulaire pour obtenir des prestations d’assurance-chômage? Tu travailles ou tu ne travailles pas, là est la question, peu nous importe pourquoi. Tu as un coloc, un conjoint de fait, tu es marié, tu es polygame, guay, lesbienne, hétéro, tout ça à la fois, peu nous importe. Combien de personnes dans le ménage, combien d’enfants, combien d’adultes, c’est tout, ça finit là. Si un programme informatique n’est pas capable, de façon fiable, de traiter la demande, la demande doit être jugée trop complexe et simplifiée. Voilà!
Et pourquoi tout cela? Eh bien je dirais pour qu’aimer, aimer d’un véritable amour, soit plus qu’accorder à l’autre le pouvoir de te dépouiller de tous tes biens, de toute ta dignité et te briser plus encore que le truand t’infligeant un règlement de compter. Pour qu’aimer, ce soit bien plus que faire de l’autre un tortionnaire du quotidien, imposant une pression constante par des demandes multiples et la perspective d’une douloureuse séparation. Des expressions comme « il faut que ça change », « ça ne peut plus continuer comme ça », « tu vas devoir te faire aider », « je suis désolé mais c’est pas moi le problème », « t’aurais dû y penser avant », « j’ai honte de toi », etc., se changent en mantras, et on se demande si ce ne serait pas mieux être enfermé dans une petite pièce, soumis à la torture jour après jour sans l’ombre d’une libération outre que la mort qui tarde à venir. Ou bien devenir soi-même le tortionnaire, imposer sa volonté par la menace et la violence. Aimer, ça devrait être plus, ça devrait être mieux que ça.
Aimer, ça devrait être beau, ça devrait faire progresser, ça devrait permettre de construire autour de soi un monde meilleur. Ça ne devrait pas être mon problème, ça devrait être notre problème. Ce n’est pas juste moi qui vais changer, on va changer ensemble. Ce n’est pas juste à moi de comprendre, on va comprendre ensemble. On aura peur, on aura honte, on sera heureux, ensemble.
Plutôt que ça, l’amour se transforme souvent en interdépendance symbiotique extrême qui rend chaque moitié plus vulnérable que quand elles étaient isolées. Si l’homme laisse sa blonde, il y perdra son toit, sa voiture, ne pourra plus voir ses enfants à moins de se battre tellement qu’il en sera au bord du burn out, il y a quelque chose qui cloche quelque part.
Si, au moins, par l’automatisation de bout en bout, les besoins de base de tous étaient comblés, déjà ce sera moins pire. Il y aurait la douleur de la rupture, le poids de la honte, mais au moins l’homme ayant laissé sa blonde ne sera pas obligé de quêter un gite jusqu’à en épuiser son hôte. L’homme ayant perdu ou laissé son emploi, possiblement après des conflits avec collègues et employeurs, n’aura pas besoin de se demander où il ira habiter si jamais il ne trouvait rien dans les mois suivants, comme son ancien employeur lui a menacé qu’il allait arriver. Il lui restera la honte de s’être planté professionnellement, l’anxiété face à son avenir, mais il aura au moins davantage d’énergie pour se refaire, se reprendre en main.
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En orbite ou en avant?
Hier soir, j’ai fait la rencontre de Josh, un ancien toxicomane. Il a failli y laisser sa peau, l’abus d’alcool ayant passé proche avoir raison de son foie. Ce qui l’a sauvé, c’est le troublant constat que boire ne lui procurait aucun bien. Il le faisait parce que l’effet obtenu était pour lui prévisible. Il est plus facile de reproduire ce qu’on connaît déjà, même si c’est nocif pour nous, que penser, chercher à améliorer son sort.
Aujourd’hui, je me demande si la situation de Josh est si unique que ça, si d’autres toxicomanes ne sont pas comme lui, à rechercher la prévisibilité au détriment de l’innovation, à favoriser le pilote automatique au détriment de la conscience, le statu quo même si la santé en pâtit. Et ce n’est pas que l’alcool et les drogues, non, possiblement tout peut devenir sujet à la toxicomanie! Combien de bureaucrates ont-il protesté contre l’automatisation bousculant leurs façons de faire archaïques mais prévisibles et ne demandant pas de penser? Combien de médecins ont-il résisté presque comme si leur vie était en péril contre le remplacement de la télécopie par le courrier électronique? Combien de membres du clergé ont-ils protesté contre l’avortement, le mariage des prêtes, l’homosexualité, parce que ce n’est pas comme ça que ça fonctionnait avant? Il est si facile de s’accrocher et continuer à miser, toujours et toujours, en se disant que cette fois, ce sera la bonne, que nous allons gagner. Pourquoi cette fois serait-elle la bonne et pas la précédente? Qui nous dit que ce serait cette fois, la bonne, ou s’il ne faudra pas 50 autres essais additionnels? S’il en fallait 500, des essais, 5000 même, disposerais-tu des ressources (argent, temps, énergie) pour effectuer tous ces essais? Penser, réfléchir à une meilleure façon d’utiliser les ressources, ce n’est pas simple, c’est plus difficile que prendre la bouteille, l’ouvrir et boire jusqu’à l’oubli, ou jeter sur cette table de poker qu’on est si habitué de regarder tout ce pour quoi nous avons travaillé toute notre vie. Mais à quoi bon?
Il faut cesser de graviter sans fin autour de ce trou noir, même si dans le même système solaire il y a cette petite étoile naine dispensatrice d’une douce chaleur, pas assez pour vibrer mais juste assez pour survivre, soleil blafard connu et confortable. Il est tentant de croire que si cette étoile était la vôtre, séparée de son trou noir, elle brillerait plus, elle brillerait mieux, mais tous vos essais pour la faire vôtre ont été vains, sans réaction. Pourquoi cette fois-ci ce serait la bonne? Combien d’énergie vas-tu gaspiller à essayer de séparer cette étoile-là du trou noir? Et si un jour, tu réussissais, pour constater que l’étoile avait besoin de son trou noir pour se réguler et va, entre tes mains non expertes, exploser? Ne pouvons-nous pas enclencher les propulseurs et nous éloigner de ce statu quo, afin que le trou noir adjacent à la petite étoile douce cesse de nous aspirer toute cette énergie qu’on pourrait utiliser mieux que la jeter dans ce puits sans fond?
Ne pourrions-nous pas enfin ouvrir les rideaux de cette chambre toujours noire et là, surprise, voir le soleil qui était là depuis toujours et qui éclaire bien mieux que ces petites bougies? Ne pourrions-nous une bonne fois pour toutes pousser la porte de ce petit salon de bronzage miteux où nous avons passé toute notre vie, pour embrasser la vastitude de la plage qu’il y a juste à côté, et enfin sauter dans la mer, pas juste se bombarder la peau d’UV cancérigènes?
Moi je dis qu’il est temps de prendre les armes, déclarer la guerre au statu quo, laisser les trous noirs derrière pour explorer le firmament, laisser le salon de bronzage derrière pour sauter dans la mer et crier de joie sous l’effet de ses vagues purificatrices.
Un problème subsiste. L’énergie qui permet de s’extirper de l’attraction d’un trou noir, elle est également assez forte pour nous y ramener. Un noyau d’hyper-exponentielle sait nous propulser vers un autre système solaire, aux confins de l’espace, mais il peut aussi, si on le veut, nous ramener à notre point de départ, peu importe ce qu’il est. Si on ne trouve pas quelque chose à aller chercher là-bas, au loin, je crois qu’on reviendra à notre point de départ, retombant dans les mécanismes du passé. C’est seulement avec un objectif que nous pourrons cesser d’orbiter et enfin aller en ligne droite.
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Le réfrigérateur qui a chaud
Vendredi matin, 5 juillet 2019, une surprise m’attendait. Lorsque je mangeai mes céréales du matin, eh bien le lait était tiède. Agacé, je me dis que mon réfrigérateur n’a pas suffi à la tâche vu la grosse chaleur qui régnait. J’ai certes fait fonctionner l’air climatisé durant la nuit, mais pas durant la journée pendant laquelle j’étais parti travailler. Alors j’augmentai la température du réfrigérateur en espérant que cela suffise. Mon jus aussi était tiède si bien que je me posai de plus en plus de questions. Je n’avais pas le temps d’investiguer plus, désireux de partir travailler, alors je laissai ça entre les mains du destin.
Avant de partir par contre, je vérifiai que mes glaçons étaient toujours là dans le congélateur. Oui, tout a l’air OK, ça n’a pas commencé à tout dégeler. Il y avait là, en plus des glaçons, de la viande, de la sauce à spaghetti, de la crème glacée et des frites congelées. Si tout ça dégèle, ça va être une catastrophe.
Plus de froid, rien n’y fait
Vendredi soir, je constatai avec inquiétude que les choses n’avaient pas évolué. Je me demandai même si ce n’était pas encore pire. La cannette de boisson gazeuse que je pris dans le réfrigérateur était tiède, mais avec un peu de glace, cela fit la job. Comme les choses ne s’amélioraient pas du tout, utilisant mes réflexes d’informations, je tentai un redémarrage de l’appareil. D’abord, je l’éteignis. Ce fut pour constater qu’il continuait à fonctionner, même en mode éteint.
Il y a au moins deux moteurs là-dedans. D’abord, il y a le compresseur qui génère du froid en comprimant un gaz réfrigérant et en le faisant ensuite circuler dans un serpentin. Ce moteur-là semblait bien s’arrêter. Il y a un deuxième moteur, alimentant probablement un ventilateur faisant circuler de l’air, possiblement entre le congélateur et le réfrigérateur. C’est ce moteur-là qui continuait à tourner, sans arrêt. Je laissai le réfrigérateur éteint tout le souper, sans jamais que le moteur ne s’arrête.
Après ça, j’y allai plus radical: couper le disjoncteur. Le réfrigérateur s’éteignit complètement. Je le laissai se reposer une dizaine de secondes puis remis le courant. Le ventilateur se remit en marche; il ne s’arrêterait donc jamais. Non désireux de poursuivre cette expérience hasardeuse jusqu’à ce que tout dégèle dans mon congélateur, je rallumai l’appareil. Ce redémarrage n’eut aucun effet. Le froid ne revenait pas dans le réfrigérateur, mais le congélateur continuait à fonctionner. Exaspéré, je ne savais juste plus quoi faire avec ça! Tout ce que je pouvais faire, c’est espérer que ça se replace, l’air climatisé aidant. On va le faire fonctionner non stop, pensai-je, jusqu’à la fin de la canicule, pour réduire au minimum l’humidité et surtout la condensation qui pourrait se créer autour des tuyaux du réfrigérateur et en perturber le fonctionnement. Mais je ne m’attendais pas à un miracle. L’été dernier, il a fait chaud et ce réfrigérateur n’a jamais déconné à ce point-là. Il a fonctionné non stop pendant 3 jours un moment donné puis ça s’est replacé. Mais jamais il n’a cessé de produire du froid. Là, c’était toute autre chose. Les deux bières que je pris en soirée me le montrèrent cruellement. Après avoir bu ça, je n’avais juste plus envie de boire de bière…
Le lendemain matin, c’était aussi l’horreur que la veille. Je n’osai pas me prendre du lait, qui était encore tiède. Je mangeai un bagel avec un verre de jus tiède. Ça va tout péter, pensai-je, il va bel et bien falloir tout jeter, ou bien tout transporter ça chez mes parents, à Chambly. La perspective de devoir tout trimballer mon stock gelé en autobus et en métro, jusqu’à Chambly, puis ensuite le ramener chez moi la crise terminée (parce qu’il va bien falloir trouver une solution un moment donné!), me plongea dans le désespoir le plus profond. Me résoudre à tout jeter, c’était pire. Où allais-je mettre ça en attendant la collecte pour le compost, le jeudi suivant? Je venais certes de tomber en vacances, mais à cause de ça, et d’autres petits problèmes, bénins à côté de ce nouveau-là, c’était comme si ça ne changeait rien!
Peut-être si je l’éteins plus longtemps, pensai-je. Je me doutais que ça avait peu de chance de faire la moindre différence, mais essayer quelque chose, aussi niaiseux soit-il, m’aidait à tenir, à ne pas devenir complètement fou. Alors je le fis: j’arrêtai le réfrigérateur une seconde fois et coupai le courant pendant que je déjeunais. Une petite voix intérieure me répéta maintes et maintes fois que je prenais un risque à faire ça: peut-être il ne repartirait plus du tout, après! Après avoir déjeuné, je remis le courant. Je fis un peu de méditation et quinze minutes plus tard, le ventilateur fonctionnait toujours; rien n’avait changé. Alors je laissai ça arrêté, avec le courant, et partis pour le gym. Je laissai l’air climatisé en marche. C’est la première fois, je crois, que je partais et laissais ça fonctionner. Au moins, moins de chaleur, ça réduirait les dégâts, pensai-je.
La danse des bouteilles d’eau
Avant de partir pour le gym, je songeai aussi mettre des ice packs (mes quatre étaient à présent gelés) aux endroits stratégiques: près du pot de lait, sous mes poches de lait, sur le contenant avec les œufs et à côté de mes blocs de fromage. Peut-être allais-je pouvoir sauver de quoi ainsi?
Mais je savais que ces ice packs auraient une efficacité limitée. Il allait m’en falloir d’autres, au moins quatre autres, sinon plus. Je songeai aller m’en chercher au retour du gym, peut-être pourrais-je trouver ça au Dollarama. Ça n’a pas besoin d’être de la haute qualité, du moment que ça tienne une couple de gels et de dégels. La perspective de devoir chercher ça dans le Dollarama, demander et me faire dire qu’ils n’en avaient pas, devoir marcher jusqu’au Rona sur Sainte-Catherine pour essayer là-bas, voire chez Canadian Tire, ne m’enchantait vraiment pas du tout. Mais là attends, j’en ai des ice packs! Toutes les bouteilles que j’ai, on remplit ça d’eau et on fait geler ça! Au moins, le congélateur fonctionne encore, sinon pensai-je il me faudra trouver une source de glace sèche pour essayer de faire tenir ça.
De retour du gym, je constatai avec désespoir que rien n’avait changé. Le réfrigérateur ne se taisait pas. Je le rallumai donc et espérai que là peut-être… Eh bien non, après plus d’une heure, il n’y avait toujours pas de froid. Les ice packs commençaient à dégeler, c’était parti pour être une horrible crise. Alors je me remplis des bouteilles et mis ça au congélateur.
J’ai aussi constaté la présence de givre dans le congélateur. Peut-être il y a tellement de stock là-dedans que l’air ne circule plus si bien que le système de dégivrage n’est plus efficace. C’est devenu un foutoir depuis que j’ai rajouté quelques plats de margarine avec des morceaux de poisson et une boîte de Drumstick. Possible qu’il faille que le haut soit dégagé. Alors j’essayai de redisposer les choses, pestai, ne réussis pas, pestai encore et finis par parvenir à libérer le haut.
En fin d’après-midi, quelques bouteilles étaient prêtes à servir de ice packs de fortune. Je mis une vieille bouteille de Sunlight entre mon pot de lait et mon pot de jus. Une autre bouteille, de whisky ou je ne sais plus, alla sur mes blocs de fromage, une autre proche des œufs. Il y avait une vieille bouteille de vodka qui était toujours au congélateur, l’eau n’ayant pas encore toute gelé dedans.
Il y eut des tentatives de shooter de l’air comprimé dans les trous de ventilation en arrière du réfrigérateur. J’ai fait ça après avoir enlevé mes bières de là-dedans. À quoi bon laisser ça là puisqu’il n’arrive plus à les garder froides? Autant consacrer le peu d’énergie qu’il reste là-dedans à sauver ce que je peux!

Trous dans lesquels je tentai de shooter de l’air comprimé, encore et toujours en vain. Par chance, je finis par trouver mieux à faire que pester, espérer en vain, tourner en rond, faire les cent pas et tout. D’abord, je vérifiai si je ne pourrais pas réussir à atteindre un Brault et Martineau à Montréal. Il y en aurait un sur Saint-Lénoard, ça prendrait quelque chose comme 40 minutes en métro et en autobus, moins long qu’aller à Chambly puis aux Promenades. Je pourrais essayer d’y aller le lendemain si la crise persiste, pensai-je. Cette idée trouvée, je tentai enfin d’écrire sur le groupe Facebook des copropriétaires de mon projet de condo, voir si quelqu’un ne pourrait pas me conseiller un réparateur. J’en obtins un, et me dis que j’allais le contacter, mais faudrait encore attendre à lundi. Alors il me faudrait passer le reste de la fin de semaine à déplacer des bouteilles d’eau entre le congélateur et le réfrigérateur.
Le givre dans le congélateur
Samedi soir, j’allai au Village au Pied du Courant pour assister aux feux d’artifice. J’arrivai là à 20h45, et les feux étaient à 22h, alors j’eus le temps de cogiter un peu. Jusqu’à date, ai-je constaté, j’avais concentré mes efforts vains sur le réfrigérateur, mais je n’avais accordé que peu d’attention au congélateur. C’est là qu’il faudrait peut-être trouver des trous de ventilation et envoyer de l’air comprimé. Oui, on va essayer ça.
Logiquement, il doit y avoir un seul compresseur là-dedans, avec un seul serpentin. Le compresseur doit générer assez de froid pour le congélateur. C’est possible qu’un autre système transporte l’air froid du congélateur vers le réfrigérateur, de façon régulée sinon tout gèlerait dans le réfrigérateur. Ça pourrait arriver, ce problème inverse, ai-je pensé peu avant d’écrire cet article, et ça me plongerait dans la perplexité et l’impuissance la plus totale!
De retour du Village, je voulus tenter ma solution. D’abord, je mis les œufs et la margarine dans mon tiroir à viande. Ce serait plus facile de garder froid un petit compartiment que tout l’intérieur du réfrigérateur. Je mis le fromage dans un sac-glacière avec un ice pack. Ainsi, presque tout était dans un tiroir ou dans un sac, plus facile à garder froid.
Lorsque j’ouvris le congélateur pour vérifier la bouteille de vodka, je constatai avec surprise qu’elle était cassée. Je ne l’ai pourtant pas remplie à ras-bord, mais j’ai soit mis trop d’eau, soit le verre était trop mince pour résister au changement de température. Il y avait plusieurs morceaux dont un petit éclat qui me rentra dans le doigt. J’ai ramassé le plus gros et mis ça dans mon lavabo pour que ça dégèle, avant que je ne puisse tout jeter ça le lendemain. C’était vraiment l’horreur; on aurait dit qu’il restait tout le temps des morceaux de cette bouteille-là dans le congélateur!

Une belle bouteille de vodka gardée en souvenir, sacrifiée pour essayer de sauver quelques trucs dans un réfrigérateur apparemment mourant Au moment d’essayer avec l’air comprimé, je constatai qu’il y avait une énorme quantité de givre sur la face arrière du congélateur. J’avais constaté la présence de givre depuis le début de la crise, mais là, c’était fou. J’essayai d’en enlever, en frottant avec un chiffon humide, mais c’était sans fin. J’eus un peu plus de succès avec une débarbouillette trempée dans l’eau chaude. C’était horrible à faire, car j’étais à bout de bras, ne sachant pas trop comment retirer le tiroir du congélateur pour pouvoir avoir plus de jeu.

Trous d’aération dans le congélateur, dans lesquels j’essayai de shooter de l’air comprimé en vain. 
D’autres orifices, et un panneau arrière qui était plein de givre. Il en reste encore, mais c’est moins pire. Il faudrait, pensai-je, éteindre tout ça et laisser le congélateur ouvert plusieurs heures pour que tout dégèle, mais je ne pouvais pas faire ainsi sans risquer de faire dégeler tout mon stock, à moins de trouver un autre congélateur où mettre ça temporairement. Alors je dus me contenter de ce que je pus enlever à la débarbouillette d’eau chaude.
La chose faite, en tout jusqu’à ce que je sois vraiment à bout, j’ai refermé le tiroir et rallumé le réfrigérateur, qui semblait faire exactement la même chose qu’avant. Mais le son, pensai-je, est un peu différent, moins suspect.
Ce matin, quand je me suis réveillé, j’ai constaté que le réfrigérateur s’était enfin arrêté! J’ai ouvert ça pour vérifier mes bouteilles. L’eau était froide mais pas gelée. Le lait et le jus aussi étaient plus froids. Tout semblait revenu à la normale! J’ai sorti la bouteille de Sunlight, mise au congélateur avant de me coucher et l’ai remise à côté du lait et du jus, au cas où.
J’ai vérifié avant de déjeuner que le lait était encore correct; ça avait l’air OK, pas de goût bizarre! Après avoir déjeuné, je me suis occupé de ma bouteille cassée. C’était tellement l’horreur que j’ai mis des gants pour en jeter les morceaux. Il restait dans le lavabo un long morceau de glace qui est sorti de la bouteille.

Morceau de glace qui vient de la bouteille cassée. Une vieille gourde qui est restée avec une odeur permanente à l’intérieur a failli casser elle aussi. Je n’avais pas mis de l’eau à ras-bord et pourtant, la glace formait un rond imprimé par le bouchon de la bouteille. Un peu plus et ça fêlait de partout.

De la glace dans une vieille gourde qui a pris plus d’expansion que je pensais. Ça aurait pu tout craquer comme la bouteille en vitre. J’étais soulagé, quasiment extatique. Oui, cette crise était passée! Mais je devais garder à l’esprit qu’il faudrait plusieurs jours pour m’assurer que la situation était à la normale. Il demeurait en effet possible que du givre se forme à nouveau et vienne bloquer les orifices. Mais au moins, je disposais d’un moyen de faire tenir tout ça jusqu’à ce que j’aie une solution plus permanente, à savoir une réparation ou un nouveau réfrigérateur.
Ça recommence toujours
Samedi, 13 juillet 2019, ça recommençait encore. Mon réfrigérateur fonctionnait tout le temps, n’arrêtant jamais. J’ai voulu vérifier s’il y avait à nouveau plein de givre comme la semaine passée, mais en essayant de m’étirer le bras pour toucher la paroi arrière, je me suis fait mal à l’épaule. Faudrait vraiment enlever le tiroir du congélateur pour vérifier et nettoyer ça, voire tout éteindre pendant des heures et transférer le stock ailleurs, pour pouvoir arranger ça mieux. Le problème, c’est que je ne connaissais personne près de chez moi où amener ça. Même si je voulais transporter ça chez mon frère, à Longueuil, l’endroit le plus proche de chez moi, il me faudrait me taper 45 minutes de métro et d’autobus pour aboutir là. Et faudrait le refaire pour ramener les choses, la crise terminée! J’ai au moins trouvé le panneau arrière dans l’état où je l’ai laissé le samedi précédent. Il ne s’est pas à nouveau accumulé du givre. Mais j’en ai trouvé un peu sur la face avant en haut de la porte.
En fin de journée, le réfrigérateur s’arrêta complètement de lui-même, me laissant croire que tout était normal, que je m’en étais fait pour rien cette fois. Il a fait chaud et humide ce jour-là, alors peut-être c’était juste ça.
Par contre, vendredi, 19 juillet 2019, cela recommença. J’avais l’impression jeudi soir qu’il n’arrêtait plus, mais j’eus la confirmation vendredi. Les choses étaient toujours froides dans le réfrigérateur, mais il y avait plein de givre dans le congélateur, cette fois surtout sur le panneau avant, mais un peu sur le panneau arrière.
Vendredi après-midi, de retour du gym, tanné d’entendre cette chose fonctionner non stop à vide, sur le point de crier de rage et donner des coups de pied dedans, j’éteignis le disjoncteur pour la énième fois. Tiens, ferme ta boîte! Je finis par ouvrir le tiroir du congélateur et tentai à nouveau de nettoyer le givre. Je laissai le tiroir ouvert pendant quasiment cinq minutes pour que le givre dégèle un peu. Il faut dire qu’il a fait chaud depuis la veille, mais j’avais démarré l’air climatisé depuis près de deux heures quand j’ai nettoyé le givre, alors l’air humide du congélateur s’est fait remplacer par de l’air plus sec.
Ne pouvant me résoudre à laisser ça ainsi et voir tout mon stock dégeler, je rallumai le disjoncteur, remettant en marche le congélateur. Je me remplis des bouteilles d’eau pour être prêt, mais j’étais plutôt peu enthousiaste à refaire une autre danse de bouteilles de glace.
Le réfrigérateur se remit à fonctionner correctement en fin de journée. C’est à mon retour de la soirée d’ouverture des Jardineries que je constatai qu’il s’était éteint. Peut-être cette fois encore, n’y avait-il rien à craindre, mais peut-être aussi, si je n’avais rien fait, il aurait recommencé à faire chaud dans le réfrigérateur.
Samedi matin, 20 juillet 2019, je me résolus à contacter Action Réparation. Peut-être connaissent-ils ce problème, après tout? Peut-être est-ce commun sur toute une gamme de Whirlpool incluant le mien et quelque chose peut être fait pour arranger ça.
La gangrène de la porte
Un technicien est venu chez moi mardi, 23 juillet 2019. Il a examiné mon réfrigérateur, ôté le tiroir du congélateur, démonté une plaque à l’intérieur et accédé aux composantes internes. L’élément de dégivrage fonctionnait encore correctement, de même que le thermostat. Alors la conclusion était que le joint d’étanchéité de la porte n’était plus aussi étanche qu’avant.
Parfois, le tiroir du haut ne se ferme pas complètement. Dans ce temps-là, la porte appuie dessus et il se crée un interstice dans le haut par lequel l’air de l’extérieur entre. Il suffit alors d’un peu d’humidité quand il fait chaud pour créer de la condensation. Le congélateur essaie de compenser en fonctionnant tout le temps, mais le givre s’accumule, car il n’arrive jamais à atteindre sa température cible. On dirait que c’est seulement à l’arrêt complète que l’élément de dégivrage s’enclenche. C’est logique: on ne veut pas faire circuler de l’air chaud produit par l’élément à l’intérieur de tout le congélateur. On veut seulement chauffer légèrement les parois pour enlever le givre.
Un autre problème, plus préoccupant, est une bande de plastique, au bas de la porte du réfrigérateur, qui a commencé à courber. Ce serait dû à l’expansion normale du polyuréthane. La courbure fait en sorte qu’il est plus difficile de fermer la porte de façon étanche. Il faut donc vérifier plus soigneusement. La bonne nouvelle, c’est qu’au moins il n’y a pas eu de pièces à changer.
Après le passage du technicien, le réfrigérateur continua à fonctionner, mais il ne s’arrêta pas avant que je parte pour Chambly; je devais revenir le lendemain seulement. Eh bien le lendemain, quand je suis arrivé chez moi, le réfrigérateur fonctionnait toujours; je n’étais pas certain qu’il se soit arrêté pendant mon absence. J’ai espéré que oui et continué ma journée.
Mais je n’entendis jamais, tout le temps que j’étais chez moi, le réfrigérateur s’éteindre une seule fois. Il fonctionnait correctement, continuant à produire du froid, mais je savais que s’il continuait à fonctionner sans arrêt et le congélateur, à accumuler du givre, ça allait bloquer à nouveau.
Vers minuit, avant de me coucher, n’y tenant plus, j’ouvris le congélateur pour constater qu’il y avait plein de givre dans la porte, encore. Tanné, je laissai le congélateur ouvert le temps de brosser les dents, pour que le givre fonde un peu. Puis je vérifiai la fermeture du tiroir du haut, refermai la porte encore, appuyai fermement pour que le joint se bien engagé, et espérai. J’eus du mal à dormir cette nuit-là, préoccupé par tout ça.
Je dormis un peu, me réveillai vers 4h du matin et entendais encore le réfrigérateur fonctionner. Parano, j’étais quasi certain qu’il n’avait pas arrêté depuis la visite du technicien. Je commençais à être inquiet que quelque chose se soit déréglé quand il a joué dedans.
À bout encore une fois, je me levai, ouvris le congélateur bien grand et fis les cent pas pendant cinq minutes le temps que le givre dégèle un peu. Ensuite, j’enlevai tout ce que je pus, refermai ça et retournai me coucher. Je ne pus trouver le sommeil que lorsque enfin, cette gangrène s’éteignit. Fiou!
Depuis ce temps, le réfrigérateur fonctionna normalement, s’arrêtant et repartant comme avant. Fiou! Je parvins à passer deux jours sans ouvrir le tiroir du congélateur; le réfrigérateur demeura stable. Je dus l’ouvrir vendredi, 26 juillet 2019, et pris soin de vérifier le joint quand je le refermai. Il y avait un peu de givre, encore, mais moins, beaucoup moins, que mercredi.
Il faudra des jours de surveillance avant de conclure que j’ai un véritable plan de traitement. Il demeurait possible que ça ne suffise pas, possible que la courbure de la bande de plastique change avec la dilatation thermique. Bien entendu, un nouveau problème pouvait s’ajouter, rendant la machine totalement inopérante.
Je me souviens avec appréhension du cas de ma hotte/micro-ondes. Au début, c’était la lumière qui ne s’éteignait plus. Une semaine plus tard, plus rien! La même chose pourrait-elle se passer avec mon réfrigérateur? Une voix intérieur diabolique me chuchote que oui.
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A second blog because I wrongly chose my CMS
After some time posting on a French WordPress blog, I started to feel the need to post some articles in English, mainly technical contents about computer science, but could extend to something else. I explored possibility of making my WordPress blog bilingual. I found xLanguage which seemed to do the trick, but it just installs and does nothing, not allowing to change language and not providing the language toolbar when editing posts. I searched, added languages, added the widget. The language selector was on my blog page but did nothing. The language toolbar was missing. I then read that the xLanguage extension wasn’t updated since two years, so maybe not maintained anymore. Further searches lead me to WPML as the highest recommended solution. I checked it and gave up on it, because not only it is not free, but in addition, it is offered in three different versions, with no obvious way to pick the right one other than looking at a list of cryptic features that I don’t understand yet but may later and may need! I’m pretty sure there is a way to setup a multilingual site with a CMS, if only I had picked the right one. I would probably be better off coding my own CMS so I would be able to enhance it as I need, but HostPapa only offers PHP and Perl support and I don’t want to invest in PHP, preferring Python/Django or Java/JSP. So for now, I’ll stick with a second blog and see where that goes.
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La couleur préférée optimale
Quelle est ta couleur préférée? Question si commune pourtant si vide de sens. Existe-t-il autre réponse à cette question qu’une variable aléatoire dont la valeur change avec le temps? En 2009, la couleur préférée d’une personne sera le rouge et ça deviendra peut-être le jaune en 2011.
Je me suis alors demandé ceci. Quand la couleur n’a que peu d’importance pour moi, y aurait-il moyen de formuler une réponse sensée, objective, à cette question supposément si simple?
Eh bien ma première tentative fut de dire que c’était le BLANC, parce que le blanc regroupe TOUTES les couleurs du spectre électromagnétique. Quoi de plus riche et intéressant qu’une couleur qui les unit toutes! Mais sur le papier, le blanc est l’absence de couleur, le manque d’inspiration, le vide. En peinture et en photographie, c’est le NOIR qui contient toutes les couleurs. Alors avec le blanc, je serai une personne riche aux yeux des éclairagistes et des artistes de la scène, adeptes de la synthèse additive, mais passerai pour une coquille vide aux yeux des artistes. L’inverse se produira avec le noir. De plus, le noir ou le blanc, c’est la saturation, la quantité plutôt que la qualité, l’absence de véritable contenu. Alors si j’opte pour l’une d’elles, cela montre que je suis une personne superficielle.
Alors, ne pourrais-je pas établir un compromis en optant pour le GRIS? Le gris, en effet, est la médiane entre le noir et le blanc: ni trop riche en couleurs diverses, ni atteint de cette absence totale de couleurs qui rend tout stérile. Mais alors, suis-je un décis, incapable de pencher vers le blanc ou vers le noir? Peut-être bien.
Ou bien dois-je y aller en fonction de ma personnalité? Si je suis d’un tempérament stressé, devrais-je opter pour le rouge afin de le dénoter, puisque le rouge est une couleur chaude? Ou bien devrais choisir le bleu, une couleur froide, pour montrer que j’aspire au calme et à la sérénité? Et le vert dans tout ça, qu’en faire? Si je le prends, puis-je le faire parce signifier que j’aime le contact avec la nature? Peut-être bien. Alors, rouge, vert ou bleu? Sais plus!
Bon et il y a les couleurs de base de la synthèse soustractive à considérer. Comment faire pour choisir entre le jaune, le magenta ou le cyan? Bon sang que je ne sais pas!
Alors peut-être la réponse est ceci: signifier mon eccentricité en choisissant une couleur qui n’a pas de nom!!! Je prendrais, par exemple, une combinaison linéaire arbitraire de rouge, vert et bleu, tiens disons 45% de bleu, 25% de rouge et 30% de vert. Mais si je prends des parts trop égales, je me retrouve avec du gris et montre le fait que je suis indécis, incapable de choisir!
Alors peut-être serais-je mieux avec une couleur qui évoque de beaux souvenirs, comme le beige qui me fait penser à la chatte Kitkat de mes parents. Oui oui, mais dans quelques années, Kitkat ne sera plus de ce monde et le beige évoquera son décès, un triste événement que j’aurai certes envie d’oublier.
Alors, ce n’est pas noir, ce n’est pas blanc, ce n’est même pas gris, ce n’est pas rouge, ce n’est pas vert, ce n’est pas bleu, on ne sait pas si c’est jaune, magenta, cyan, et c’est peut-être beige, pour le moment. Oui, ce sera ça, ma réponse!
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La conversion de processus
Voici enfin un résumé de cette théorie sur laquelle je planche depuis 2008. La conversion de processus est une forme structurée d’auto-suggestion qui permet de traiter des pensées obsessives de n’importe quel type, allant de la simple chanson qui ne cesse de trotter dans le cibouleau aux problèmes complexes qui empêchent de dormir, en passant par toute la gamme des pensées affectives. Ça ne fonctionne pas toujours, c’est juste une belle théorie, mais bon, peut-être un jour trouvera-t-on les bons paramètres et pourrons-nous l’adapter à une large gamme de pensées.
Lois fondamentales
La mécanique du cerveau humain semble obéir à quatre lois fondamentales: parallélisme, conservation, localité et énergie minimale. Chacune de ces règles doit être prise en compte lors de l’établissement d’une stratégie pour traiter une pensée ou une image mentale.
Le parallélisme se justifie par l’architecture même du cerveau: un réseau de neurones dont toutes les unités peuvent fonctionner simultanément, à condition bien entendu de disposer de l’énergie nécessaire. Certains groupes de neurones sont plus fortement interconnectés que les autres, formant des sous-systèmes plus ou moins indépendants. Ces systèmes, appelés processus, peuvent traiter de l’information et produire des images mentales alimentant d’autres systèmes. L’information peut également provenir de signaux nerveux externes au cerveau (ce qu’on appelle communément les cinq sens).
Parfois, la sortie d’un processus est réinjectée à l’entrée, produisant une boucle sans fin. Le processus fautif traite alors sans fin la même information, y ajoutant du bruit ou la modifiant légèrement. Il est peut-être possible de modéliser ce phénomène mathématiquement, mais probablement que ce serait trop complexe pour servir à quoi que ce soit, alors je ne tenterai même pas de le faire! Le processus en boucle mobilise de plus en plus d’énergie à s’exécuter. Le phénomène est indétectable par la conscience à moins de le rechercher activement. C’est ce qu’on appelle communément une obsession.
La conservation découle du fait que rien ne peut être effacé de la mémoire simplement par un geste de la conscience. Sans intervention extérieure (dommage cérébral, drogue, etc.), le conscient ne dispose d’aucun moyen d’effacer des souvenirs. Les pensées, les souvenirs et les processus mentaux ne peuvent être supprimés, seulement enfouis ou transformés. C’est une bonne chose, car parfois, dans un moment de désespoir ou de détresse, nous voudrions oublier une personne ou une chose, et puis plus tard nous sommes contents de nous en rappeler. Quelque chose d’enfoui peut être retrouvé plus tard. Un souvenir effacé le serait de façon irréversible.
La localité et l’énergie minimale sont intimement reliés. Chaque transformation dans les processus mentaux exige une certaine quantité d’énergie: il faut nécessairement, par des processus chimiques, établir de nouvelles connexions entre les neurones. Chaque nouvelle connexion demande une certaine quantité d’énergie. Les systèmes qui régissent ces changements sont intelligents: ils recherchent toujours la façon d’accomplir la tâche avec un minimum d’énergie. En raison du principe de conservation, il est beaucoup plus facile de créer un nouveau processus qu’en transformer un existant.
Alors, toute auto-suggestion destinée à transformer un processus vers quelque chose de complètement différent risque de créer un tout nouveau processus. Par le parallélisme, les deux processus subsisteront et même interagiront. Chacun nécessitera de l’énergie et épuisera la personne sans même qu’elle ne s’en rende compte.
En processus cognitifs, il existe une théorie des ressources. Elle pourrait permettre d’appuyer la loi de localité de la façon suivante. On pourrait supposer que toute tentative de transformation crée en fait de nouveaux processus. Si les deux processus (l’ancien et le nouveau) se ressemblent suffisamment, ils partageront les mêmes ressources et seront en compétition. L’esprit va finir par accorder la priorité au nouveau processus s’il nécessite moins d’énergie que l’ancien ou s’il apporte des bienfaits quelconques (plaisir, informations favorisant le déblocage d’autres processus, etc.).
L’obsession, un mal sans fin
Toute idée se transformant en obsession devient une grande nuisance pour la personne. Le processus qui est l’hôte de l’idée ou la pensée reste en effet actif en mémoire, même quand on pense à autre chose. Si le processus mobilise trop d’énergie mentale, il peut en plus nuire aux autres activités et même au sommeil.
Alors que faut-il faire pour traiter une obsession? Eh bien, il y a deux stratégies prometteuses: fragmenter l’idée et transformer chaque fragment séparément, ou encore transformer l’idée obsessionnelle plusieurs fois, pour créer tout plein de processus similaires dans lesquels l’énergie mentale va se répartir et se dissiper. Il peut être nécessairement de combiner ces deux stratégies, à savoir fragmenter puis transformer de multiples fois. Bien entendu, l’application de cette technique peut demander du temps et de la pratique. Voici des exemples de ces deux stratégies.
La fragmentation
Prenons comme exemple le cas de James qui a décidé un bon jour de remplacer son ordinateur PC vieillissant par un Mac de Apple flambant neuf. Il a entendu dire par de nombreuses personnes que les machines de type Mac sont simples d’utilisation et souffrent de beaucoup moins de problèmes que les PC. James se voit par contre confronté à une toute autre réalité: des difficultés en nombre incalculable, des réponses inutiles aussi bien d’Apple que des gens sur les forums, des recherches sur Internet qui ne mènent nulle part et en bout de ligne, une machine décevante à la limite inutilisable. James est aux prises avec un désespoir risquant de se muer en détresse émotionnelle!
Plusieurs diraient qu’il vaudrait mieux pour lui de simplement éteindre cette machine de malheur et faire autre chose, mais encore une fois, James ne peut pas appliquer cette solution simpliste, car il est programmeur et a besoin de cette damnée machine pour travailler!
Alors que peut-il faire, autre que se perdre dans un abîme mental ou envisager un changement de carrière? Eh bien, James va devoir fragmenter le processus mental qui traite son cas de Mac et traiter chaque fragment, pour dénouer l’épouvantable entrelacs mental qu’il s’est involontairement bâti!
Voici une fragmentation possible qui pourrait aider James, avant qu’il ne soit trop tard pour lui (ou sa machine…).
- Il est peu probable que plus rien ne fonctionne comme avant, alors séparer ce qui bogue de ce qui fonctionne encore correctement est la première étape à franchir. Si le problème est spécifique à cette damnation de l’enfer qu’est Mac OS X, transposer vers les autres systèmes fonctionnels (Windows et Linux) qui s’exécutaient sur sa vieille machine est une bonne idée. Un processus mental évoquant les succès passés sur PC, qui peuvent être reproduits sur un autre PC moderne, permettra à James d’éviter de tomber dans le piège consistant à croire que l’informatique, c’est fini pour lui et que maintenant, tout ce qu’il connaissait est caduc et plus rien ne vaut la peine qu’il continue à apprendre.
- Il faut traiter différemment les tâches totalement irréalisables sur Mac de celles qui sont réalisables avec contraintes. La non disponibilité de son environnement de développement favori sous Mac est pour lui un problème majeur, car sans cet environnement, il ne peut continuer le projet qu’il a entamé. Passer à un autre environnement demanderait de tout récrire. Par contre, la non disponibilité d’alternatives convenables à iTunes pour gérer ses fichiers musicaux est un irritant plus mineur; James peut malgré tout écouter de la musique en utilisant sa machine.
- Les images mentales construites à partir des personnes avec lesquelles James est mené à interagir pendant sa découverte de Mac peuvent aussi nécessiter une fragmentation et un traitement. Il est facile d’en venir à croire que tout le monde s’en fout ou veut lui rendre la vie difficile. Les techniciens d’Apple sont devenus des tyrans faisant leur loi. Les internautes sur les forums semblent tous indifférents ou ont, chacun leur tour, tout essayé et cessé d’utiliser leur machine pour aller vaquer à d’autres occupations que James trouve, de plus en plus, aussi insignifiantes que stupides. La réalité est bien plus complexe que cela. Il y a les personnes néophytes qui n’y connaissent rien ou très peu. Celui qui utilise son ordinateur simplement pour naviguer sur le Web n’a que faire de Mac OS X ou de Windows; si le navigateur fonctionne, tout est OK et c’est la meilleure machine du monde! Il y a les indifférents: ça fonctionne pour moi, pas besoin que ça aille bien pour tout le monde, et quand ça ne va plus, on éteint la machine et c’est fini. Alors de la rancune doit naître un processus de classification, mettant de côté les néophytes et les indifférents pour ne laisser que les initiés. Et que font ces personnes? Eh bien souvent ils installent Ubuntu ou Windows sur leurs Mac, ou se restreignent à utiliser le terminal! Après mûres réflexions, James a fini par installer Windows sur son Mac et ça lui a sauvé sa santé mentale, sa carrière et sa machine (parce que, rendu fou furieux, il envisageait la jeter à bout de bras!).
- Toutes les idées parasites arrachées du problème initial, il faut bien entendu recadrer l’objectif même de la tâche. Au lieu de chercher un moyen que Mac OS X remplace Windows et Linux, il faut plutôt envisager cette activité comme une exploration destinée à examiner ce qu’offre Apple, réfléchir à ce qu’il y a de bon et ce qu’il y a de mauvais. Cette exploration va réussir, même si au final le système ne convient pas à James.
La dissipation
Cette stratégie fonctionne particulièrement bien pour des processus simples: une chanson qui tourne en boucle, une scène à laquelle on ne cesse de penser, etc. Prenons comme exemple une personne à laquelle on n’arrête pas de penser. Il existe mille et une raisons, parfois valables, parfois discutables, de faire cesser ce genre de pensées: la personne concernée est devenue injoignable, semble avoir disparu pour toujours ou décide comme ça pour rien de ne plus répondre à aucun appel (la raison est peut-être évidente pour un large groupe de personnes, mais la victime est incapable de la deviner, ce qui peut contribuer à l’affliger encore davantage), penser à la personne fait mal, rend triste, colérique, etc., le désir d’y voir plus clair avant de s’engager tête la première dans une relation sans lendemain, etc.
Prenons par exemple le cas de Rémi. Un jour, il a reçu un appel téléphonique lui demandant de répondre à des questions pour un sondage. Il n’a pas retenu le nom de la personne, qui s’est nommée, mais se souvient très bien, trop bien, de sa voix. Il ne peut s’empêcher d’évoquer la douceur du son, la beauté du petit accent asiatique, etc. Que va faire Rémi? Quelle chance a-t-il, sans connaître son nom, de retrouver cette personne dans un centre d’appels qui emploie des milliers de téléphonistes? Et que fera-t-il si cette personne habite à l’étranger? Est-ce que le voyage pour la rencontrer en vaut vraiment la peine, étant donné que la seule information que Rémi possède est le son d’une voix? Certains diront que oui, moi je soutiens que non!
Alors que peut faire Rémi? Eh bien, s’il parvient à trouver au moins deux voix semblables à celle de ses rêves, il est sauvé! C’est encore mieux si ce sont des voix de personnes proches qu’il connaît bien. Pourquoi deux? Eh bien s’il n’en a qu’une seule, il ne pourra que changer la cible de son obsession. Bon, si la nouvelle cible est plus accessible, c’est déjà un progrès, mais j’aime autant bien faire que faire à moitié! Bien entendu, Rémi devra répéter la conversion de processus plusieurs fois et tâcher de l’opérer avec un niveau d’énergie suffisant pour qu’elle soit effective. Il devra sans nul doute utiliser des techniques de relaxation et de méditation pour accroître son niveau d’énergie, abaissé par le fait qu’il ne peut rencontrer la propriétaire de la belle voix.
Que pourrait faire Rémi s’il ne connaît aucune voix similaire? Eh bien dans ce cas, il peut tenter des transformations successives pour empoisonner la pensée envoûtante. Que se passerait-il si cette belle voix se mettait à lui crier des bêtises? Rémi doit par contre procéder avec minutie, car un changement brusque va simplement créer un nouveau processus qu’il devra ensuite faire taire pour retourner à l’objet primaire de son obsession. Encore une fois, Rémi doit transformer la voix initiale en plusieurs variantes pour que l’énergie mentale se répartisse entre toutes les variantes et se dissipe.
C’est une technique incroyablement générale, à bien y penser. Quel est le meilleur moyen de cesser de penser à une chanson qui nous trotte dans la tête? La remplacer par une autre, idéalement semblable, puis en évoquer une deuxième, encore semblable! Une personne désireuse de cesser de fumer va souvent utiliser quelque chose pour remplacer la cigarette (un patch, une carotte, etc.), pour que le processus mental impliqué dans l’acte de fumer se transformer progressivement en un autre, inoffensif.
Lentement, à petits pas
Si on peut effectuer des conversions locales de processus mentaux, autant qu’on en a besoin, alors pourquoi ne pourrions pas opérer des changements plus importants? Il suffirait, en théorie, d’y aller par petits pas, avec un grand nombre de transformations locales. Par contre, cette approche incrémentale n’est pas à toute épreuve, et je n’ai jamais réussi moi-même à vraiment la mettre en oeuvre sur un problème qui m’est propre. Il est difficile de valider qu’une transformation locale est bien intégrée et ne sera pas inversée par la renaissance du processus initial, donc ce qu’on espère être une marche lente et constante se transforme en sautillement aléatoire sur place. De plus, l’effet d’une transformation locale est parfois imprévisible. Il faut donc, à chaque pas, réviser sa stratégie, revoir le chemin restant à parcourir pour atteindre l’objectif. C’est donc un long processus qui doit être marqué par la rigueur, la rationalité et la minutie.





