Étiquette : Pleine conscience

  • L’amour relatif

    « Que maman soit heureuse » commença Josée. « Qu’elle soit en bonne santé » enchaîna-t-elle, évoquant en elle la COVID-19 que Josée ne voudrait pour rien au monde transmettre à sa mère. « Qu’elle soit en paix. » Josée prit une grande inspiration puis reprit l’exercice. « Que papa soit heureux. Qu’il soit en bonne santé. Qu’il soit en paix. » Chaque personne à qui Josée envoya ainsi de la bienveillance réduisit son désir de se coller à nouveau sur son ami Alain, rencontré voilà à peine quelques mois. La projection d’Alain, « assis » à côté d’elle sur le divan, s’affaiblit, s’éloigna. Josée, soulagée que le traitement prescrit par Dieu fonctionne encore, savait très bien qu’elle aurait à le refaire, encore et encore. Dieu lui avait dit qu’elle ne pourrait jamais cesser complètement d’y penser.

    Il aura suffi d’une séance de contacts physiques plutôt rapprochés, non recommandés en ces temps difficiles, pour faire jaillir ce désir de le refaire, encore et encore. La logique criait haut et fort à Josée de ne pas répéter l’expérience, mais au fond de son être, elle voulait le refaire.

    Alain était en couple avec Annie depuis deux ans. Leur relation était marquée de hauts et de bas, car tous deux ne s’entendaient pas toujours bien, mais en gros, ils se complétaient bien et s’aimaient à la folie. Mais voilà que Josée vint compliquer cette relation. Célibataire, elle était souvent triste et pessimiste. Alain s’est dit qu’il pourrait l’aider en lui procurant un peu de plaisir. Au début, quand ils se sont rencontrés, ils ont parlé et bu de la bière ensemble. Vers la fin de la soirée, Alain a pris Josée dans ses bras et ils se sont enlacés, puis Josée s’est couchée sur l’épaule d’Alain. Cela dura à peine quinze minutes, mais il fallut une semaine à Josée pour cesser d’y penser et repenser. Alain, lui, oublia rapidement, et Annie ne se formalisa pas de cette possible infidélité. Elle était persuadée que Josée ne ressentait rien de toute façon, sinon elle était trop belle pour rester célibataire.

    Josée, pour sa part, avait vécu plusieurs désillusions avec des hommes. Elle a été attirée par un arabe qui l’aurait emmenée en Siri où elle aurait été quasiment une esclave. Elle s’attendait en plus à devoir renoncer à ses croyances catholiques pour devenir musulman, si elle voulait être en couple avec ce bel arabe. Un deuxième homme l’attira, mais c’était un geek fini qui parlait tout le temps d’ordinateurs, c’en était lassant à la longue. Un troisième candidat lui plut beaucoup, mais elle découvrit qu’il manigançait des arnaques; il a fini en prison peu après qu’elle ait renoncé à lui. Avec le temps, Josée découvrit des techniques pour moins penser à ces hommes qui la tentaient. Mais ces techniques étaient imparfaites, et tout ce qu’elle avait apprit précédemment se brisa les dents avec Alain.

    Il faut dire que le confinement, en raison de la pandémie, n’aida pas la cause de Josée. En isolement forcé, les désirs sexuels se voient décuplés. Josée parvint quelques fois à soulager ce désir en se frottant sur un coussin, mais ce soulagement était de courte durée, et le coussin finit par n’en plus pouvoir et se déchira.

    Durant l’été 2020, il y eut une réduction temporaire du nombre de cas de COVID qui permit d’autoriser des rassemblements de petite taille. Josée et Alain purent ainsi se voir, en compagnie d’Annie. Ils s’offrirent quelques soupers, parfois bien arrosés, et eurent beaucoup de plaisir. Mais lors du dernier souper, un mois avant le reconfinement partiel d’octobre, l’alcool aidant, les barrières tombèrent: Josée et Alain se collèrent comme jamais ils ne l’avaient fait auparavant. Durant presque toute la soirée, Josée flatta les cheveux d’Alain qui l’enlaça et ils se donnèrent même des baisers. Annie, loin de se formaliser, les encouragea et leur suggéra même d’ôter leurs vêtements! Josée ne comprend pas exactement pourquoi Annie était si insouciante et qu’est-ce qu’Alain cherchait à faire exactement, mais le confinement et l’alcool lui ont ôté suffisamment de discernement pour qu’elle se dise tant pis, on y va, on en profite.

    Par contre, Josée ressentit les contrecoups de cette soirée pendant plus de deux mois. Pendant les deux semaines qui suivirent le contact à risque, Josée se sentit mal et eut peur d’avoir contracté la COVID ou l’avoir donnée. Toute tentative de se raisonner fut vaine. Elle ne parla ni de son expérience ni de ses appréhensions à quiconque, craignant de se faire juger et réprimander. Son père et son frère lui semblaient les parfaits candidats pour ça. Elle songea raconter son expérience à sa sœur, avec qui elle était proche, mais c’était si dingue, si débile en ces temps, qu’elle craignait une réaction négative de sa part aussi. Elle jugea donc bon de ne pas en parler par email; elle attendrait de pouvoir le faire de vive voix.

    Ensuite, Josée ne cessa de penser à Alain. Parfois, si elle fermait les poings, la chaleur de ses propres mains lui faisaient penser à celles d’Alain dans les siennes. Dans ce temps-là, elle devait agripper un objet idéalement froid, comme un barreau de métal. C’était fou, mais c’était comme ça. Souvent, lorsqu’elle prenait place sur son sofa pour écouter la TV, elle ne pouvait s’empêcher d’imaginer Alain couché à côté ou sous elle. Parfois, cela lui procurait du plaisir momentané tandis que plus souvent qu’autre chose, elle en ressentait de la tristesse, parce qu’elle ne pouvait assouvir le désir.

    Lorsque Josée crut enfin avoir maîtrisé l’image mentale d’Alain, elle comprit qu’il lui fallait tester la solidité de ce qu’elle avait fait. « Il faut que je sache, se dit-elle, si la nouvelle barrière va tenir. » Alors elle téléphona à Alain pour l’inviter à venir passer une soirée chez elle. Les personnes seules avaient droit à la visite d’une autre personne, alors pourquoi pas? Alain hésita, aurait voulu venir avec Annie, proposa de le faire prétextant que la police ne se rendrait compte de rien, mais Josée ne put se résoudre à enfreindre la règle. Elle proposa donc qu’on attende le déconfinement, espérant que ce soit pour bientôt.

    Mais durant le temps des fêtes, Alain décida de donner suite à l’invitation de Josée et ils se virent chez elle. Ils partagèrent un repas, burent ensemble et puis Alain lui déclara la chose suivante:

    • Josée, j’t’aime, j’aimerais ça être avec toi.
    • Mais qu’est-ce que tu fais d’Annie? répondit Josée, un peu prise de court bien qu’elle avait imaginé ça maintes et maintes fois ces derniers mois.
    • On s’en fout d’Annie, rétorqua Alain. Toi, qu’est-ce que tu veux?
    • Euh… fit Josée, éberluée. Elle avait pourtant imaginé cette scène et se l’était répétée mentalement. Et là, devant Alain, elle perdait ses moyens. Moi aussi j’t’aime bien, j’pense souvent à toi, se lança-t-elle, mais je peux pas me résoudre à faire du mal à Annie. Alors j’ai fait ce qu’il faut pour moins penser à toi.
    • Hein? s’insurgea Alain. Mais pourquoi?
    • Pour notre bien à nous trois, expliqua Josée.
    • Parce que t’as peur de la COVID??? défia Alain. T’es parano à ce point-là?
    • Non, non, c’est pas juste ça, répondit Josée. C’est que dans le passé, j’ai été attirée par plusieurs hommes qui n’étaient pas faits pour moi. Alors j’me suis habituée à analyser mes désirs pour les comprendre et souvent, ça a pour effet de les réduire.
    • Mais voyons, c’est plate ça, protesta Alain.
    • Pas toujours, ça peut être intéressant, argumenta Josée. Je pourrais t’apprendre, si tu veux.
    • Mais après, je penserai plus à toi? demanda Alain. Je veux continuer à penser à toi et à t’aimer, moi.
    • Les techniques que j’ai découvertes, expliqua Josée, ne permettent pas de supprimer quelqu’un de mes pensées, juste comprendre pourquoi je suis attirée par l’autre et puis faire en sorte que les pensées soient agréables et non pas perturbatrices.
    • Ok, j’aimerais ça essayer, approuva Alain, un peu curieux. Qu’est-ce qu’on a besoin pour faire ça?
    • Presque rien, répondit Josée. Le plus important est un point d’ancrage, après ça on peut commencer à observer.

    L’ancrage

    • D’abord, commença Josée, il faut observer quelque chose de physique, tangible, quelque chose à quoi tu vas toujours pouvoir revenir pendant l’exercice.
    • Une bougie, proposa Alain, ça peut faire l’affaire?
    • Oui peut-être, approuva Josée, mais moi j’y vais avec la respiration. Observe ton souffle. On va commencer avec juste ça, pendant cinq minutes. Observe l’air qui entre dans ton corps et qui en sort. Concentre ton attention sur la zone où tu sens le plus le souffle, que ce soit l’entrée des narines, la gorge, la bouche, la poitrine ou le ventre. Essaie pas d’influencer la respiration, juste l’observer.
    • Ok, ça me fait penser aux techniques de méditation, comprit Alain.
    • Oui, c’est exactement ça, approuva Josée. On peut utiliser les outils qui existent déjà quand il y en a. Parfois, ton esprit va divaguer, tu vas cesser de penser à la respiration. Reviens simplement au souffle, sans jugement, avec patience et bienveillance. As-tu déjà fait ça auparavant?
    • De temps en temps, répondit Alain.
    • Ok, j’aurais mieux aimé qu’on s’en tienne à juste ça pour une semaine, être certaine que tu maîtrises ça avant le reste, mais la situation actuelle est trop instable. J’ai peur qu’ils reconfinent tout comme en mars et que mêmes les personnes seules puissent plus recevoir de visite.
    • Mais voyons Josée, y feront pas ça, certifia Alain.
    • Alain, argumenta Josée, ils ont dit qu’ils ne rendraient pas le masque obligatoire, qu’ils ne déploieraient pas l’application Alerte COVID, qu’ils allaient éviter de refermer les bars. Voilà que le masque est obligatoire, l’application COVID est déployée et ils ont refermé les bars, restaurants et les gyms. Ils ont parlé de remettre le Québec sur pause. À moins que les cas diminuent, ils vont le faire. Alors j’aimerais te montrer ce que je sais ce soir comme si c’était la dernière fois qu’on pourra se voir avant longtemps.
    • Ok, on y va alors.

    Les points d’origine

    • La première technique que j’ai découverte pour moins penser à quelqu’un, commença Josée, c’est d’identifier des points d’origine. Notre esprit se crée des modèles des différentes personnes rencontrées, ce qu’on peut appeler des images mentales. Souvent, ces images sont construites par agrégation de différentes sources.
    • J’suis pas certain de comprendre, avoua Alain. As-tu des exemples de ça?
    • Ça doit sûrement t’être arrivé qu’une personne te fait penser à quelqu’un d’autre que tu as connu.
    • Oui, des fois on dirait que tu m’fais penser à ma sœur, ou à ma mère.
    • C’est déjà un début d’observation, reconnut Josée. Quand tu remarques un greffon de ce genre-là, tu peux décider de le séparer de l’image mentale, pour réduire les projections. Par exemple, quand j’arrêtais jamais de m’imaginer assise sur tes genoux, les images venaient pas seulement d’expériences réelles mais de souvenirs quand j’étais petite et que je m’assoyais sur mon grand frère qui me poussait tout le temps.
    • Oui mais, argumenta Alain, tu me fais certes penser à ma sœur, mais je l’ai jamais enlacée comme j’ai fait avec toi, et ce sont ces pensées qui reviennent le plus souvent.
    • Oui, on y vient, rassura Josée. L’identification des points d’origine a ses limites. Certaines images mentales sont trop précises pour être juste des agrégats. J’ai commencé à les appeler des images de base; elles peuvent aller se projeter ailleurs. Par exemple, ça a fait que quand je voyais mon père l’été dernier, il me faisait penser à toi. Ça vaut la peine de remarquer ça, pour pouvoir contenir ces projections-là aussi. L’idée qui va revenir toujours et toujours pour moins penser à quelqu’un, c’est le déréférencement: réduire les liens de et vers l’image mentale, pour que l’esprit y accède moins.
    • Voyons, s’objecta Alain, on dirait que tu considères ça comme un programme d’ordinateur ou un appareil qu’on peut juste débrancher!
    • Peut-être, admit Josée, ça se peut que je sois virée folle à cause du confinement pis toute, et peut-être aussi mon ex geek m’a influencée un peu. Mais on va aller un peu plus loin qu’identifier des points d’origine.
    • Ok, approuva Alain, qui semblait prêt. Mais là c’est quoi le lien avec l’observation de la respiration que tu voulais me faire faire pendant une semaine avant même de commencer les vrais trucs?
    • La manipulation d’images mentales soulève parfois de la résistance. Ton esprit va chercher à partir ailleurs. La méditation permet d’aiguiser sa conscience, pour observer ces dérapages et ramener doucement son esprit vers le moment présent, puis remettre son attention sur l’exercice d’observation de l’image mentale. Il faut aussi examiner les projections sans jugement, parce que si tu ressens du dégoût, de la colère, de la peur, etc., à observer l’image mentale, ton esprit se fermera, tu perdras l’accès aux couches que tu dois visiter pour compléter les exercices.
    • Wow, c’est ben flyé! s’exclama Alain.
    • Oui, approuva Josée, et c’est que le début!

    L’incompatibilité

    • Alain, demanda Josée, est-ce que tu vas encore à la messe?
    • Pas souvent, avoua Alain. J’ai arrêté d’y croire quand j’ai vu ma mère atteinte du cancer voilà deux ans. Elle s’en est remise, mais elle a tant souffert que je ne peux pas croire qu’un dieu existe; il aurait empêché ça. Penses-tu que Dieu peut nous aider à moins penser à quelqu’un?
    • Plus ou moins, admit Josée. Dieu aime pas beaucoup qu’on explore ces techniques-là, mais depuis la pandémie, Il a décidé de m’aider davantage, parce que j’ai voulu le faire non pas pour moi mais pour protéger les autres. Il m’a appris que la technique de méta-méditation aide à réduire les tentations de se coller. L’idée, est que quand tu as trop envie de te coller, pense aux personnes que tu aimes: tes parents, ton frère, ta sœur, etc. Et dis-toi ces mots: « qu’il soit heureux, qu’il soit en bonne santé, qu’il soit en paix. » Résiste à ta tentation pour pas pogner ou transmettre la COVID-19. Ça va fonctionner moyen, pendant la pandémie seulement, et ça s’affaiblit facilement comme défense avec l’aide de l’alcool ou du pote, mais c’est mieux que rien.
    • Ouin, fit Alain, dubitatif, on a plus du « c’est mieux que rien » qu’autre chose jusque-là.
    • Oui je sais, avoua Josée, mais je voulais te monter tous les outils que j’ai ramassés. Le prochain, c’est l’inventaire des incompatibilités. Quand je vais pouvoir, expliqua Josée, je vais retourner à l’église. Je sais que tu n’y seras pas, alors si je pense à toi pendant la messe, je peux facilement balayer ça de mon esprit, parce que tu ne peux pas être à côté de moi à ce moment-là. Être dans une église crée pour moi une incompatibilité qui fait que je pense moins à toi. Toi, pendant que tu travailles, que ce soit de la maison ou pas, tu peux pas vraiment me parler ou te coller sur moi, alors le travail va créer une incompatibilité qui va t’empêcher d’autant penser à moi que quand tu travailles pas.
    • Wow, ben où est-ce que t’es allée chercher ça? s’enquit Alain.
    • J’ai trouvé ça à force de chercher, répondit Josée. Je pense pas que ce soit documenté, peu de gens s’obstinent autant, ou ceux qui le font virent fou.
    • C’est encourageant, fit Alain, sarcastique. As-tu d’autres choses dans ta boîte à outils que ça, au moins?
    • Oui oui, rassura Josée. Le meilleur est à venir!

    La non-unicité

    • Alain, demanda Josée, as-tu déjà tenu la main d’une autre personne que moi?
    • Oui, répondit Alain.
    • Pense à ma main dans la tienne, puis à celle d’au moins une de ces autres personnes.
    • Mais voyons, s’objecta Alain, c’est pas pareil.
    • Subjectivement, c’est différent, mais physiologiquement, ça se rassemble. Il va y avoir une barrière qui t’empêche d’observer ça, à cause de toute la programmation erronée de comtes de fées qu’on nous a fait absorber quand on était petits, mais si on laisse ça derrière, on peut répartir l’énergie… disons affective… d’une image mentale devenue trop forte, vers plusieurs réceptacles moins forts. Utilise le souffle pour atténuer les résistances: pense à ma main, concentre-toi sur le souffle, pense à la main de ta mère, concentre-toi sur le souffle, ainsi de suite.
    • Ayouille! s’exclama Alain. C’est vraiment dingue! En gros au lieu de penser juste à toi, faudrait que je pense à plein d’autres personnes?
    • Oui oui, en faisant passer ton esprit d’une image mentale à l’autre, tu réduis l’attention portée à chacune et chaque image s’affaiblit, y compris, et c’est ce qu’on veut, l’image obsessive.

    Contrôle d’activation

    • C’est avec ça que tu as pu arrêter de penser à moi autant? demanda Alain, un peu surpris que ce soit aussi simple.
    • Non, répondit Josée. Et n’oublie pas que tout ça ne va pas faire en sorte de nous faire arrêter de penser à l’un comme à l’autre, juste diminuer ces pensées, les rendre moins prenantes et obsessives. On gardera toujours des pensées l’un pour l’autre, et je suis contente que ça reste ainsi.
    • Ok. Tantôt, enchaîna Alain, t’as parlé d’une affaire de déréférencement. Est-ce qu’on pourrait pas faire mieux, plus simple, en travaillant directement avec ça plutôt que par indirection avec des points d’origine, des incompatibilités qui sont pas toujours vraies et de me convaincre que tu n’es pas unique tandis que tu l’es?
    • Oui, parce que les techniques que j’t’ai montrées fonctionnent juste dans des cas simples, par exemple une personne à qui t’as parlé une dizaine de minutes dans le métro, à qui tu penses tout le temps et que tu voudrais revoir mais tu peux pas, n’ayant pas pris la peine de prendre ses coordonnées.
    • Alors j’imagine que t’as un truc plus costaud que tu me gardais pour la fin, s’enquit Alain, curieux.
    • Oui pis non, admit Josée. Le contrôle d’activation est de loin la technique la plus puissante, mais c’est difficile à appliquer.
    • Ok, c’est quoi ça? demanda Alain.
    • En gros, résuma Josée, si tu penses à quelqu’un tout le temps, trouve quelque chose de plus fort relié à cette personne et fais en sorte que penser à la personne t’évoque la chose plus forte. Par exemple, supposons que quand nous nous sommes collés la dernière fois, la police était venue et nous avait arrêtés et menés au poste.
    • Mais voyons, y feront pas ça! s’objecta Alain. Au pire on aura une amende.
    • Mais supposons que non, insista Josée, supposons qu’ils nous balancent en prison!
    • Aye voyons, tu paranoïes un peu, là, argumenta Alain.
    • Oui je sais, répondit Josée, c’est juste pour l’exemple, yest pas bon mon exemple, mais yest simple au moins. Alors là, quand on va ressortir de prison, chaque fois que je penserai à toi, cela me rappellera cette arrestation. Le souvenir de l’arrestation deviendra plus fort que celui de toi et mon esprit évoquera de moins en moins toi, pour ne pas remettre l’arrestation au premier plan.
    • Ah c’est bien triste, ça, contra Alain.
    • Je sais, concéda Josée. Mon exemple est mauvais, parce que non seulement il est irréaliste, mais il est négatif. En associant un truc négatif à ton image mentale, je vais certes peut-être moins y penser, mais ce sera par contrainte et par répulsion. Le mieux est de mener notre esprit à choisir, sans contrainte, de ne plus penser à l’autre, pour consacrer l’énergie récupérée à une tâche plus positive, plus productive.
    • Wow! C’est fou ça! avoua Alain. Et comment on fait pour trouver ça, un contrôle d’activation.
    • On peut pas, avoua Josée, faut tomber dessus par hasard.
    • Alors ça sert pas à grand-chose tout ça, protesta Alain.
    • On peut au moins s’en créer un faux, par renforcement positif.
    • Comment on fait ça? demanda Alain.
    • En répétant une association suffisamment de fois. Par exemple, si tu penses à moi couchée à côté de toi dans ton lit, observe l’image, puis remplace-la par celle de ton frère ou de ta sœur s’ils se couchaient sur toi quand vous étiez petits, puis reviens à l’image originale de moi et répète.
    • Mais voyons, je peux pas remplacer l’image de toi par celle de ma sœur, c’est dégueulasse! Au mieux, ça va fonctionner pendant le confinement, mais quand je vais revoir ma sœur, je pourrais avoir envie de la toucher comme j’ai fait avec toi, et je ne sais pas comment elle réagirait!
    • Répartis ça dans plusieurs réceptacles, alors, suggéra Josée.
    • Mais là, s’objecta Alain, c’est la même chose que la non-unicité alors, ou bien on continue à chercher des points d’origine.
    • Et à rechercher les associations qui se peuvent juste pas, en d’autres mots des incompatibilités. Le contrôle d’activation, Alain, est une généralisation de toutes les autres techniques. J’ai pas encore réussi, mais on peut sûrement trouver d’autres associations de conditionnement par renforcement positif qui correspondront pas aux techniques précédentes mais qui pourraient fonctionner.
    • Ah ouin, c’est intéressant quand même, avoua Alain. Je suis pas convaincu que ça fonctionne vraiment, mais ça vaut la peine d’explorer.
    • Et faut pas oublier l’ancrage, toujours se concentrer sur la respiration, parce que sinon l’esprit dérape facilement et c’est plus difficile de focaliser surtout quand il y a des résistances à contourner.

    Un vent de simplicité qui balaie tout

    Alain se tut. Josée comprit qu’il souhaitait réfléchir à tout ça et le laissa à ses pensées quelques minutes. Elle en profita pour se prendre un verre d’eau, aller aux toilettes et puis s’ouvrit une autre bière. Puis elle retourna s’asseoir sur le divan et médita un peu, jusqu’à ce qu’Alain reprenne la parole.

    • Mais Josée, à bien y penser, j’ai peut-être une solution plus simple qui va rendre tout ça obsolète.
    • Vas-y, défia Josée, si tu as de quoi de mieux, je suis preneuse.

    Sur ces mots, Alain se leva, s’assit à côté de Josée, passa son bras autour de sa taille, et se mit à la couvrir de baisers.

    • Mais là, s’objecta Josée, qu’est-ce que va penser Annie?
    • On s’en fout d’Annie, répondit Alain.

    C’est ainsi que tout le beau travail de Josée partit en fumée. Elle et Alain s’enlacèrent, se couvrirent de baisers et firent l’amour comme des bêtes! Ils en oublièrent toute protection, sous quelque forme que ce soit!

    Le lendemain, tous deux avaient bien honte de s’être ainsi laissés aller. Josée, anxieuse, décida d’aller passer les tests pour les maladies transmissibles sexuellement. À l’urgence, on l’abreuva de vifs reproches, on lui fit passer un test pour la COVID-19 en plus de prises de sang pour les autres maladies, et on ordonna à Josée de leur donner les coordonnées d’Alain. Ce dernier fut contacté et eut ordre de se rendre à l’urgence pour se faire tester lui aussi. Il fut réticent mais finit par céder.

    Eh bien figurez-vous que les deux tourtereaux étaient infectés à la COVID-19. On ne saura jamais qui des deux avait la maladie avant qu’ils fassent l’amour, mais on était quasi certain que les deux l’avaient après! Alain pense que ça viendrait de sa sœur qui travaille dans une usine où il y a eu de nombreuses éclosions malgré toutes les précautions prises, mais Josée aurait pu ramasser ça au salon de coiffure, aussi. Les dégâts furent relativement limités, car les deux amants s’isolèrent pendant 14 jours.

    Le diagnostic de COVID-19 agit pour tous deux comme un contrôle d’activation. Chaque fois que Josée pensait à Alain, son esprit bondissait automatiquement vers le souvenir du jugement de l’infirmière qui s’était carrément insurgée quand Josée lui avait raconté ce qu’elle avait fait. Pour Alain, Josée aussi était liée à la COVID-19 et à la colère à peine contenue du préposé qui l’a contacté pour lui ordonner de se rendre aux urgences, pour se faire tester. La connexion qui existait entre Alain et Josée se rompit sous l’effet de cette association. Malheureusement, il ne resta plus rien de cette connexion. Les deux cessèrent de se parler, ils ne demeurèrent même pas amis.

    La conversion de processus

    Alain se tut. Josée comprit qu’il souhaitait réfléchir à tout ça et le laissa à ses pensées quelques minutes. Elle en profita pour se prendre un verre d’eau, aller aux toilettes et puis s’ouvrit une autre bière.

    • Alain, commença Josée. Je dois t’avouer que j’ai des doutes. Je suis pas certaine que les techniques qu’on a essayées vont suffire.
    • Sais-tu moi non plus? approuva Alain, d’un ton laissant croire qu’il était proche de tout abandonner, laisser libre court à ses pulsions. As-tu de quoi faire mieux?
    • Peut-être, j’ai lu ça quelque part, sur un blog. Ça s’appelle la conversion de processus. Ça peut peut-être nous aider, mais c’est peut-être juste un délire d’informaticien qui a perdu la tête.
    • Ouin, on peut quand même regarder, proposa Alain. As-tu réussi à faire un résumé de la chose ou va falloir qu’on relise l’article de blog chacun de notre côté?
    • Je pense avoir compris en gros ce que c’est, répondit Josée, et de toute façon, je ne trouve plus l’article de blog.
    • Ok.
    • Mais en tout cas, je crois avoir compris l’idée. Le cerveau exécuterait différents processus en parallèle qu’on pourrait influencer à condition d’obéir à trois règles.
    • Ouin, c’est bizarre ça, argumenta Alain, parce que j’ai appris dans un cours de processus cognitifs que j’ai suivi l’année passée que l’esprit ne peut pas accomplir plusieurs tâches simultanément, seulement une à la fois et passer d’une tâche à l’autre.
    • Oui, ça parlait un peu de ça, se rappela Josée, les processus parallèles seraient passifs et un seul serait actif à la fois.
    • C’est une théorie comme une autre, approuva Alain. Et c’est quoi les trois règles qui permettrait de faire des manipulations.
    • Euh, plus sûre, attends, tenta de se rappeler Josée. Il y avait une affaire de conservation, un principe de localité et on garde en tête le parallélisme.
    • Ouin, ça a pas l’air fort, commenta Alain.
    • Y me semblait que ça se tenait plus que ça quand je l’ai lu, se défendit Josée, je l’explique probablement mal.
    • La conservation, réfléchit Alain, comme l’énergie, rien ne se perd rien ne se crée.
    • Oui oui, se rappela Josée. On ne peut pas créer un processus qui va faire ce qu’on veut, ni détruire un processus nuisible, juste transformer un processus vers un autre.
    • Et la transformation doit être simple, compléta Alain, pour que transformer un processus vers un similaire, faisant presque la même chose mais juste un peu différent.
    • Alors si j’ai un processus passif qui pense à toi, tenta de raisonner Josée, je peux pas le faire cesser, à moins de le recycler pour faire autre chose, comme penser à maman, peut-être.
    • Pas certain que ça fonctionne comme ça, argumenta Alain. Penser à quelqu’un peut être la manifestation consciente d’un paquet de phénomènes, donc plusieurs processus différents qui génèrent des idées par rapport à la personne, des souvenirs, des émotions, etc. Il faut que le processus à transformer soit plus spécifique, la cause de la pensée.
    • Alors je dois encore trouver pourquoi je pense à toi, réfléchit Josée. Jésus m’a aussi dit de réfléchir à ça.
    • Oui, approuva Alain, pourquoi tu penses à moi? Ou qu’est-ce que tu veux produire, en toi, en pensant à moi?
    • Du désir, réfléchit Josée, un moyen de fuir ce qui se passe autour de nous. Penser à toi est devenu presque la seule chose qui me fait encore du bien, ces temps-ci. Mais c’est comme si un guide spirituel cherchait à me pousser à penser à toi pour avoir du désir et m’évader du moment présent.
    • C’est ce guide spirituel le processus source, fit remarquer Alain. C’est celui-là qu’il faudrait transformer. Te rappelles-tu si la technique dit comment? Ça me tente de plus en plus d’essayer, là. Ce serait tellement mieux pour Annie si j’arrêtais de penser à toi autant!
    • Oui c’est ça! Faire du bien à Annie, ou lui faire du mal. Je crois qu’une part obscure en moi a voulu, voilà quelques mois, lui faire mal, la blesser. Et t’enlever à elle était un bon moyen. C’est ce processus-là qui a fait que je pense trop à toi.
    • Alors, si tu me dis que tu veux transformer ça en quelque chose qui fait du bien à Annie, coupa Alain, légèrement sur la défensive, mais là vas-y, hésite pas. Parce que si tu lui fais mal, je te casse la gueule!
    • Non non, je veux pas faire ça pour vrai, tenta de rassurer Josée. La prise de conscience de ce processus qui veut faire du mal, ça pourrait suffire à autoriser une transformation vers un processus semblable qui fera du bien.
    • Oui oui, mais ça peut pas être facile comme ça, protesta Alain, sinon on ferait plein de modifications dans tous les sens et le système qu’est notre cerveau se détraquerait complètement.
    • Oui oui, approuva Josée. Ça parlait de ça aussi, une affaire de validation. Le nouveau changement doit apporter quelque chose de positif, sinon il se fait inverser.
    • Je commence à être fatigué, déclara soudain Alain, et dois rentrer bientôt.
    • Tu pourrais rester à coucher ici? suggéra Josée.
    • Pas sûr que c’est une bonne idée, je pourrais être tenté de coucher avec toi, et ce serait pas génial pour notre « thérapie » du moment, et pour Annie.
    • Oui, d’accord. On pourrait finir notre bière, puis tu y vas.

    Les deux amis se quittèrent en bon terme et se promirent de se donner des nouvelles à propos du progrès de leur traitement improvisé. Ils ne s’échangèrent aucun progrès, en fin de compte, car pour eux, la conversion de processus ne changea rien. Tous deux plongèrent dans la déprime.

    Mais il y eut un effet indubitable. Il s’installa une barrière psychique entre Josée et Alain, similaire à un plexiglas dans un super-marché en temps de pandémie. Les images et pas mal tous les sons peuvent traverser le plexiglas, mais il est impossible de se toucher. Cela suffit pour l’amitié d’Alain et Josée: ils ne se parlèrent plus, se saluant seulement quand Josée venait rendre visite à Annie. Mais au moins, on avait réussi à sauver Annie.

    L’élévation

    Josée se demanda longtemps pourquoi elle était toujours triste. Elle avait réussi à libérer son esprit d’Alain et avait ainsi amélioré sa relation avec Annie, mais pourtant, elle n’arrivait pas à se sentir bien. Son esprit aurait préféré penser à Alain, pour cesser de traiter les horreurs du monde extérieur.

    « Si penser à Alain est la seule chose qui me fait du bien, se dit Josée, mon esprit pourra pas y renoncer. Il me faut trouver de nouvelles sources de plaisir, de quoi augmenter mon énergie. »

    La méditation, les chants sacrés, du temps de qualité avec des personnes qu’on aime (quand on peut, pas beaucoup ces temps-ci), la découverte avec le plaisir de l’enfant, la naïve création de l’intuition, tout ça peut procurer de l’énergie et colmater la brèche, le vide laissé par le départ d’Alain de mon esprit.

    Alors pour terminer leur traitement, et peut-être même se retrouver, Alain et Josée auront besoin de s’élever. Devenir plus proche de l’être énergétique libre des contraintes matérielles, et de ce nouveau perchoir observer ce qu’il y avait en bas, avant, et le mener à ce qu’il y aura en haut, après.

    Les détails restent à peaufiner, mais l’idée de base est là.

    La manipulation d’images mentales de base, les contrôles d’activation et la conversion de processus sont des armes à double tranchant. Capables d’éviter des erreurs pouvant infliger beaucoup de peine, elles peuvent aussi priver son utilisateur de grands moments de joie. Dieu a mis des siècles à laisser filtrer le savoir permettant de déboucher à quelque chose dans ce sens. Au début du 21e siècle, Il a décidé de le transmettre graduellement à l’humanité parce que l’augmentation incontrôlée de la population sans système approprié de distribution des ressources va plonger notre espèce dans le malheur et le chaos. Il se pourrait que la pandémie soit un coup de pratique, de la petite bière à côté de ce qui s’en vient!

    Une erreur de jugement causant la naissance d’un enfant suivie d’une rupture des deux parents est dommageable non pas seulement pour les parents mais pour l’enfant à venir et les générations qui le suivront. Dans le passé, les mariages arrangés atténuaient ces erreurs de jugement, mais ils sont devenus inacceptables au profit de la liberté. On a tenté de contrôler la population en Chine en limitant le nombre d’enfants par famille, mais cela devient contraignant et cause toutes sortes de problèmes: si un enfant supplémentaire naît par accident, on ne peut pas se résoudre à le tuer, on va donc tenter de le faire adopter en espérant qu’il aura une vie correcte. Mais pourquoi ne remplacerions-nous pas la contrainte, la coercition, par le discernement et la pleine conscience?

    Le Seigneur m’a dit que c’était possible. Il parlera sans doute à d’autres et si on combine toutes ces bribes, on arrivera peut-être à une stratégie unifiée, cohérente, qui va mieux fonctionner que du « mieux que rien » comme Josée et Alain se sont échangés. Sans la fondation solide de la pleine conscience, l’amour absolu, indestructible, est voué aux comtes de fée pour rassurer les enfants avant leur sommeil dans un monde cruel. L’amour réel est, plus souvent qu’autre chose, relatif, soumis comme toute autre chose à l’impermanence. Lorsque fondé sur des projections erronées engendrant des attentes non dites, l’amour s’étiole et s’effiloche tel un fil de soie dentaire soumis à des dents trop collées les unes contre les autres. Observer ces projections factices, choisir consciemment de les écarter pour contempler la réalité telle qu’elle est, l’accepter sans essayer de la changer du moins au début, le temps de déterminer sur ce quoi on a vraiment le contrôle, est nécessaire, mais comme le montre ce récit, ce n’est pas suffisant. Ceci est dû à l’impératif biologique de reproduction qui pousse à l’accouplement hâtif sans discernement. Il faut aussi observer cet impératif et choisir de le mettre de côté pour progresser vers l’illumination. Comme on peut le lire, il nous manque beaucoup de pièces encore pour comprendre tout le puzzle.

  • Remords et parjure

    Jeanne était troublée. Elle ne comprenait pas pourquoi elle avait laissé quelque chose d’aussi horrible se produire. Même en temps normal, ça n’avait pas de bon sens de faire ça. C’était pire en temps de pandémie, en parfaite violation avec les consignes de distanciation sociale si maintes fois répétées dans les lieux publics et par les médias. Une voix intérieure évoquant son père lui répétait sans cesse qu’elle avait agi de façon irresponsable, que son comportement allait contribuer à obliger le gouvernement à interdire les rassemblements privés jusqu’à ce que cette pandémie finisse complètement. Jeanne en vint même à craindre que son conjoint, qui avait aussi participé à l’activité prohibée, lui en veulent pour avoir laissé pareille chose se faire et décide de la laisser. Il pouvait aussi se lasser qu’elle se plaigne et culpabilise, et la laisser pour ça! Jeanne se sentait seule, coupée de tous. Elle ne pouvait parler de l’expérience à personne, de peur de se faire juger. Tout ce qu’elle pouvait faire, c’est se répéter à elle-même qu’elle n’avait pas de symptômes et qu’elle n’avait pas été exposée à la COVID-19 les jours précédant l’activité. Il se pouvait donc qu’elle ne l’ait pas transmise aux autres.

    Tout avait commencé le lundi, 7 septembre 2020, jour de la fête du travail. Jeanne et son conjoint Robert avaient invité trois amis: Annie, son conjoint Simon et Alain, célibataire endurci, qu’ils appréciaient beaucoup. Tous les cinq travaillaient à domicile depuis le début de la crise et vivaient à Saint-Hyacinthe, relativement loin des grandes villes où la pandémie régnaient en maîtresse. Ils s’amusèrent beaucoup à se moquer des gens de Montréal. Plein de préjugés, ils prétendaient en riant qu’ils allaient tous se contaminer parce qu’ils refusaient de porter le masque. L’avenir, selon eux, appartenait aux gens habitant en région!

    Alain, pour sa part, était certain qu’il n’y avait pas de pandémie, ou du moins n’y en avait-il plus, et prêcha maintes et maintes fois cette théorie de la conspiration. Il montra des vidéos qu’il avait rassemblée dans un dossier, compara la COVID-19 à une grippe statistiques à l’appui, compara la propagation de la maladie au Québec avec d’autres pays où les mesures sanitaires étaient moins strictes, mais étrangement, il ne tint pas compte des États-Unis où la maladie est pas mal moins sous contrôle qu’ailleurs. Annie était bien choquée de ça, Robert aussi, Jeanne n’osa pas se prononcer mais trouvait tout cela lassant. Ne pouvait-on pas parler d’autres choses? Non, parce que la pandémie était devenue la vie, la seule chose existant en ce monde en déchéance.

    L’alcool coula à flot ce soir-là, il se fuma plusieurs joints et les barrières tombèrent. Jeanne ne sait plus exactement comment c’est arrivé, mais les cinq ont fini couchés dans le salon, ayant envie de dormir. Jeanne avait les yeux fermés quand elle crut sentir la main de Robert lui jouer dans les cheveux, puis ses bras l’enlacer. Une autre main se mit à la flatter dans le cou et Jeanne se fit enlacer par d’autres bras. Lorsqu’elle se rendit compte que deux hommes la touchaient en même temps, Jeanne était trop fatiguée et trop ivre pour se défendre et elle se laissa aller. Elle se mit à les embrasser et ressentit du plaisir. Cela finit qu’Alain aussi se jeta dans la mêlée. Les trois hommes couvrirent les deux femmes de baisers, les enlacèrent et les femmes firent de même. Cela se termina dans le lit. Oui oui, les trois hommes passèrent sur les deux femmes. Cela se fit au moins avec protection, mais le condom ne bloque pas la propagation de la COVID-19.

    Le lendemain, Jeanne avait honte d’elle-même. Elle ne comprenait pas comment elle avait pu laisser tomber toutes ses barrières à ce point-là. Robert, lui, ne semblait pas s’en faire plus qu’autre chose, considérant que c’étaient des choses normales de la vie, à s’y attendre après un confinement si long. Cela titilla Jeanne de demander l’avis de son amie Annie, mais elle n’osa pas. Elle en parla à Robert qui s’objecta, lui suggérant de se reposer au lieu de déranger Annie. Peut-être son amie n’avait pas encore pensé aux répercussions de tout ça. « Cesse donc de trop penser, ma belle », lui suggéra Robert. « C’est fait, on ne peut pas revenir en arrière. Te sens-tu mal? Moi je sens pas de symptômes. C’est le plus beau pied de nez qu’on a fait à la COVID-19 qui soit, moi, à mon avis. » Et Robert éclata de rire. Jeanne trouvait ça épouvantable. Elle ne pouvait à peine imaginer la réaction d’Alain, qui serait encore plus irresponsable!

    Pendant les jours qui suivirent, Jeanne fut confrontée à d’indescriptibles crises d’anxiété. Craignant pour sa santé et celle des autres, elle ressentit des palpitations puis sa gorge se mit à lui picoter. Pire encore, elle se remémorait la partie de jambes en l’air et en ressentait du plaisir. Elle se rendait compte qu’une partie d’elle-même voulait le refaire!!! Pourtant son conjoint ne pouvait-il pas soulager cette pulsion-là? Pourquoi ressentait-elle ce besoin débile que d’autres hommes qu’elle ne connaissait même pas tant que ça la touchent? Perplexe, Jeanne ne put soutenir un pareil flot de pensées et d’émotions. Avoir suivi les conseils d’Annie qui avait tenté à quelques reprises de l’initier à la méditation, peut-être Jeanne aurait-elle pu observer ses pensées, les laisser passer, et son anxiété diminuant, observer la corrélation avec les symptômes. Cela lui aurait permis de savoir si son petit mal de gorge était psychosomatique ou pas.

    Ne disposant pas des outils nécessaires, Jeanne fut à la torture. Elle se mit à avoir des chaleurs, de plus en plus souvent. Se pouvait-il que ce soit de la fièvre, se demanda-t-elle? Non, c’est sporadique, ça ne persiste pas. Oui, ça revient tout le temps. Le troisième jour, elle commença à tousser un peu. Robert lui dit de se calmer, que ce n’était qu’une toux, mais Jeanne insistait qu’elle avait super chaud, qu’elle faisait peut-être de la fièvre. « Je me sens super mal! » se plaignit Jeanne, aux bord des larmes. Robert tenta de la raisonner: « Jeanne, logiquement, où penses-tu avoir été exposé à la COVID avant lundi dernier? Il y a plus de chances que ça vienne d’Alain qui s’en fout et se protège pas ou mal. Logiquement, c’est Alain qui va développer les symptômes en premier, pas nous. Là parce qu’on a fait ce qu’on a fait, on est synchronisés, si un tombe malade, on a tous des chances de l’avoir. C’est tout, ça va pas plus loin que ça. On ira se faire tester si un est malade. » Mais Jeanne se sentait mal, elle insista. Robert, certain que sa conjointe était en proie à des symptômes psychosomatiques, finit par perdre patience. « On dirait vraiment que t’essaies de te convaincre que t’es malade. Ça va pas t’acheter une conscience d’aller te faire tester pis bavasser tout ce qu’on a fait, là. On va juste avoir du trouble puis ce sera tout. On va le faire si la toux empire ou si les chaleurs lâchent plus, mais ça va pas être cool du tout, et les autres qui sont probablement corrects vont nous en vouloir à vie, après. Tu le sais bien, la fièvre pour la peine, ça va te donner de la misère à dormir. T’as passé une bonne nuit, pourtant. » Plus ou moins, Jeanne avait du mal à dormir, rongée par la culpabilité.

    Jeanne fut quelque peu rassurée, jusqu’au bulletin de nouvelles du soir, où on annonçait que les récalcitrants refusant de porter le masque se verraient exposés à des amendes pouvant aller jusqu’à 6000$. « Robert, commença Jeanne, après avoir entendu cela, si on peut avoir une contravention de 6000$ juste pour pas avoir porté le masque, il me semble que ce qu’on a fait c’est genre mille fois pire. Penses-tu qu’on pourrait aller en prison pour ça? J’VEUX PAS ALLER EN PRISON!!! » Et puis Jeanne fondit en larmes, désemparée, à bout de moyens. Robert tenta de la raisonner encore: « Tant qu’on n’est pas testé positif, c’est sûr qu’on n’ira pas en prison. Dans une semaine et demi, on sera fixé. J’suis presque sûr qu’on n’a rien. Là on a deux choix, ma belle: on va se faire tester puis on prend le risque d’être obligé de raconter notre salade, puis répondre devant les autorités de ce qu’on a fait, ou bien on garde notre énergie pour contrôler les symptômes qu’on observe, on reste le plus isolé possible des autres, et on attend que ça passe. Tant qu’on n’a pas de misère à respirer, ça peut passer, qu’y disent. C’est pas juste pour nous qu’on fait ça, là. Si on nous oblige à tout raconter, faudra qu’on dénonce Annie, Simon pis Alain. Y vont avoir du trouble eux aussi tandis qu’y sont peut-être bien corrects. » Sur le coup, Jeanne approuva.

    Après le souper, elle contacta son amie et lui raconta son dilemme. Annie lui répondit qu’elle et Simon allaient très bien, qu’il n’y avait pas à s’en faire. Annie regrettait certes d’être allée aussi loin ce soir-là et se jura de ne jamais le refaire, mais il n’y avait pas à craindre d’avoir contracté le virus. Annie aussi suggéra à Jeanne de se reposer et prendre de grandes respirations. Jeanne se félicita intérieurement de ne pas avoir partagé avec Annie son désir secret de réitérer l’expérience, un désir qui revenait parfois, même après plusieurs jours, craignant encore de se faire juger.

    Il y eut ensuite encore une crise pendant laquelle chaque fois que Jeanne joignait les mains, elle ne pouvait cesser de penser à celles de Simon ou Alain dans les siennes. Cela devint si intense qu’elle en pleura. Robert tenta de la rassurer en vain, il essaya de lui prendre les mains, ce qui lui fit pousser un cri, car elle crut sentir le contact des autres hommes! Heureusement, cela passa, et elle et Robert purent s’enlacer et se caresser sans que ça ne la rende folle.

    Mais le lendemain matin, à l’idée que les rassemblements privés soient interdits à cause de sa connerie et qu’elle ne puisse plus jamais revoir sa mère, ce fut trop et elle fit une crise de panique. Elle avait de la misère à respirer. Rendu là, il n’y avait plus rien d’autre à faire qu’appeler le 911, ce que Robert fit à contrecœur. Lui aussi craignait pour d’affreuses conséquences s’ils devaient raconter tout.

    On refusa que Robert monte dans l’ambulance avec Jeanne, malgré l’insistance de la femme en panique. Il a fallut lui administrer un calmant pour la stabiliser. Robert, ne pouvant rester seul chez lui, suivit l’ambulance en voiture. On refusa d’abord de le laisser entrer à l’hôpital, jusqu’à ce qu’il demande à se faire tester pour la COVID-19.

    Rendue à l’hôpital, Jeanne se fit elle aussi tester pour la COVID-19, on lui administra un autre calmant parce qu’elle ne cessait de crier et on la plaça dans une salle à pression négative au cas où elle soit infectée. Robert, pour sa part, se retrouva dans un bureau qui se transforma vite en salle d’interrogatoire! On le pressa comme un citron, jusqu’à ce qu’il fonde en larmes et raconte tout. « Est-ce que vous vous êtes embrassés? » a demandé l’infirmière après avoir obtenu les aveux complets. Quand Robert a déclaré que oui, l’infirmière a perdu contenance et a lancé « FUCK! Ben voyons, c’est quoi vous avez pensé là? » Robert, perplexe, ne sut que répondre.

    L’infirmière décontenancée rapporta l’épouvantable histoire à sa supérieure qui poussa des jurons, éberluée par l’insouciance de ces gens. Ne connaissant aucun protocole pour gérer une situation aussi grave, elle contacta la santé publique. On recommanda que les cinq participants soient tous testés et placés en isolement préventif en attente du résultat. L’infirmière qui avait parlé à Robert revint dans la salle pour lui annoncer ça. Sa conjointe, quelque peu remise sur pied, fut admise dans la salle.

    On leur expliqua la suite des choses. Avec un léger pincement au cœur mais résolu à assumer les conséquences de son erreur, Robert contacta Annie, Simon et Alain pour qu’ils se présentent à l’hôpital. Le couple coopéra et se présenta le jour même. Alain, persuadé de ne pas être atteint, refusa de se faire tester. Cela finit qu’il fallut que la police aille le chercher de force chez lui! Alain était choqué, cria et cracha, à tel point qu’il fallut lui mettre une cagoule sur la tête et c’est menotté qu’il aboutit à l’hôpital où il fut enfin testé! On cherchera longtemps pourquoi il n’aurait pas été plus simple qu’une infirmière passe chez lui et lui fasse le prélèvement, avec le soutien d’un policier, plutôt que transporter le gars à l’hôpital. La solution à ce mystère me semble décidément le prélude à de grands changements qui amélioreraient beaucoup la logistique dans le système de santé et les commissions scolaires, mais ce sont d’aussi inutiles qu’inefficaces conjectures.

    Robert et Jeanne durent attendre cinq jours pour enfin obtenir les résultats du test. Ils étaient négatifs… tous les cinq! Les deux couples étaient soulagés mais conscient d’avoir reçu une douloureuse leçon de vie. Il ne faut plus jamais, au grand jamais, refaire ça! Ils se jurèrent de redoubler de prudence. Ils comprenaient à quel point ce n’était vraiment pas le temps de relâcher leur vigilance, le virus étant toujours présent.

    Alain, pour sa part, était aux anges. Il le savait, depuis le début, que tout ça n’était qu’une supercherie, et il était certain d’en détenir la preuve, à présent. Certain qu’il avait déjà contracté la maladie, avant même le début de la pandémie, il était encore plus sûr de son coup, et se pavana en ville pas de masque, prêcha la bonne nouvelle comme un évangéliste fou! Il finit par avoir une contravention de plusieurs milliers de dollars pour ça.

    Mais ce soulagement fut de courte durée, car il fut suivi d’une épouvantable mise en garde. En effet, quelques jours plus tard, la supérieure de l’infirmière qui a traité le cas de Jeanne la recontacta pour lui poser quelques questions au sujet de l’incident et lui a dit ceci: « Votre incident va être rapporté à la santé publique et ils vont ouvrir une enquête, pour essayer de savoir ce qui s’est passé exactement et mettre en place des mesures pour éviter que ça se reproduise ailleurs. » Jeanne demanda, inquiète, s’il se pouvait qu’elle se retrouve en prison à cause de tout ça. On lui a répondu qu’il fallait y penser avant, que là il allait falloir réparer cette connerie. « Mais on sait pas encore si des charges seront retenues ou pas. Ça va être décidé après la pandémie. » L’idée d’attendre des mois, voire des années, avant de savoir si un procès aurait lieu ou pas, était horrible pour Jeanne. « Mais ce qui pourrait vous aider, en cas de poursuite judiciaire, pour obtenir une réduction de peine, voire une absolution, c’est de présenter des excuses officielles, raconter de façon anonyme votre histoire et les conséquences que ça a eu. » Jeanne accepta, et Robert aussi. Annie et Simon aussi acceptèrent. Alain, lui, refusa catégoriquement, préférant même la prison plutôt que faire cela!

    La supérieure mit Jeanne en contact avec un journaliste qui interrogea les quatre volontaires. Le journaliste écouta cette histoire, avoua trouver cela choquant, mais il ajouta ceci: « Je crois que ça n’aura pas assez de poids. Si on publie ça tel quel, les gens vont croire que la COVID-19 n’est pas un si gros problème que ça. D’autres vont tenter l’expérience que vous avez tentée, et n’auront pas la chance que vous avez eue. » Pour que ça dissuade les autres de répéter l’expérience, il fallait qu’il y ait des gens qui tombent malades, qui souffrent, selon le journaliste. Eh bien, on allait forcer les deux couples à raconter qu’ils avaient été infectés et malades pendant plusieurs jours! « Faudrait que vous disiez que vous avez jamais été aussi malades de votre vie. Ça va aider à sensibiliser la population à l’ampleur, à la gravité de la situation. » Jeanne, effrayée par la perspective d’aller en prison, décida de le faire. Robert, résigné, l’appuya. Annie et Simon refusèrent de se parjurer et n’eurent même pas le droit de présenter un témoignage! Le journaliste enregistra le discours de Jeanne et Robert, leur fit répéter plusieurs fois, ajouta des commentaires et cela fut publié dans les médias.

    Gardons à l’esprit qu’aucune menace explicite de sanction pénale ne fut jamais proférée, seulement une possibilité de poursuites judiciaires après la pandémie. N’oublions pas non plus que le journaliste n’avait aucun droit de forcer Jeanne et Robert à mentir et que ce comportement non éthique aurait pu être rapporté à son employeur, faire l’objet de sanctions disciplinaires et salir sa réputation. Jeanne et Robert, dominés par la peur, ne purent que se conformer. Cela montre à quel point la peur est un moteur puissant pour soumettre les gens.

    Alain, pour sa part, raconta toute la vérité et rien que la vérité, dans une vidéo qu’il diffusa sur les réseaux sociaux. Cette vidéo passa inaperçue, inondée dans la masse, et la vérité se perdit. Certains virent cette version et se dirent que ça n’avait pas d’allure, celle des médias était plus crédible. Ça ne se pouvait juste pas que ces cinq niaiseux puissent avoir fait une chose pareille et ne pas tomber malades.

    Eh bien plusieurs mois plus tard, la pandémie prit enfin fin et il n’y eut aucune charge retenue contre les cinq participants de cette partie de jambe en l’air. Jeanne et Robert avaient donc sali leur âme pour rien en mentant, faisant croire à tous qu’ils avaient été malades tandis qu’il s’en étaient sauvés. Ce fut malgré tout pour eux une grosse leçon de vie, car ils savaient qu’ils avaient eu de la chance, ça aurait pu bien mal finir tout ça.

    Mais Alain, lui, finit en prison et en psychothérapie. Il avait beaucoup aimé cette soirée de sexe et cela lui titillait de le refaire. Bien entendu, ses amis ne voulurent plus se réunir, trop effrayés de voir se reproduire un affreux dérapage. Alain insista trop et se les mit à dos. Il continua à prêcher la conspiration et reçut plusieurs amendes pour refus de porter le masque, jusqu’à même passer des nuits en prison à cause de ça. Pendant des mois, il avait joué et rejoué dans sa tête les scènes érotiques du grand trip à cinq. Il ne put jamais cesser d’y penser et repenser, après. Cela s’était incrusté en lui comme une grosse toile d’araignée. Tout lui faisait penser à Annie et à Jeanne. Il a fini par projeter ces femmes sur d’autres personnes et n’ayant aucun outil de pleine conscience pour voir ça venir, il se fit avoir et harcela des femmes, croyant inconsciemment revoir ses amies en elles. L’une d’elle finit par porter plainte et c’en fut fini pour lui. Alain ne s’en remettrait jamais complètement.

    En plus, sa chance tourna peu avant la fin de la pandémie. Il contracta la COVID-19 parce que son compagnon de cellule l’avait et a tenté de lui faire des attouchements sexuels, et se retrouva aux soins intensifs, avec le respirateur artificiel. Oui oui, cela alla jusque-là! Quand il sortit de là, il était apeuré. Cela eut pour mérite de le calmer un peu et il parvint à obtenir une libération en attente de son procès, sous conditions bien évidemment. Sorti de là, il se conforma à toutes les mesures sanitaires en vigueur. Même après la fin de la pandémie, il continua à porter le masque et à adopter la distanciation sociale; il ne serait plus un danger pour quelque femme que ce soit de sitôt, celui-là. Il alla même jusqu’à se promener en ville et dans les commerces, prêchant haut et fort le port du masque en tout temps, pandémie ou pas! Malheureusement, aucun juge ne pourra convenir qu’il était hors de danger; Alain se retrouva en prison et en psychothérapie malgré sa « conversion ».

    Cette affreuse histoire montre l’importance de l’observation, de la conscience de soi. Si une seule des cinq personnes durant cette soirée qui a mal tourné avait repris ses moyens, elle aurait pu ramener les quatre autres à l’ordre et faire cesser tout ça. Si Jeanne avait su se maîtriser, elle aurait évité la crise de panique et ne se serait pas retrouvée à l’hôpital. Si l’infirmière, après avoir écouté l’histoire de Robert, avait gardé un ton neutre et fait preuve de compassion plutôt qu’immédiatement juger, peut-être Jeanne et lui n’en seraient pas venus à mentir à tous pour tenter de se protéger d’une menace qui n’existait même pas. Peut-être, au pire, si les cinq étaient allés se faire tester le lendemain de l’incident, même s’ils avaient eu à raconter toute l’histoire, ça aurait mieux passé qu’après plusieurs jours et ils ne seraient pas senti forcés de raconter une fausse histoire à la population. Mais peut-être aussi, après tout, ceci était inévitable.