- Seigneur, que veux-tu que je fasse? demandai-je, en toute honnêteté.
- Fils, me répondit-il hier soir, et si je te disais va, retrouve ton ami que tu as abandonné et offre-lui une nouvelle chance.
- Est-ce vraiment ça que je dois faire? demandai-je, un peu embêté.
- C’est toi qui l’as dit, répondit le Seigneur.
- Mais chaque fois, c’est la même histoire, argumentai-je. Il va être correct pendant quelques temps puis déraper à nouveau. Il me semble que ce serait judicieux de consacrer mon énergie à autre chose.
- Mais alors, répondit le Seigneur, pourquoi consacres-tu encore de l’énergie à y penser?
- Pour être prêt, si jamais il revient, répondis-je, un peu hésitant. On sait jamais ce qui pourrait le remettre sur mon chemin, ou si des semblables à lui se présentaient à moi. Je voudrais trouver des moyens de réagir, si jamais il refait ce qu’il a fait dans le passé, pour résoudre ça de façon propre, simple, et sans faire de mal.
- C’est un noble objectif, mais souhaites-tu vraiment être prêt à tout? demanda le Seigneur. Il y a une infinité de possibilités. Toute une vie ne suffirait pas à toutes les étudier.
- Ouin, fis-je, un peu perplexe.
- Alors que veux-tu vraiment?
- Je souhaite qu’il soit heureux, argumentai-je, qu’il réussisse dans le vie, et je pense toujours que rester loin de moi va l’aider à ça.
- En es-tu convaincu ou est-ce qu’en agissant ainsi, tu fais la volonté d’un autre que moi?
- Je dirais que oui. Revenir en arrière ne va que reproduire les patterns du passé, aucun progrès ne me sera possible si j’emprunte cette voie.
- Je sens le doute en toi. Tu n’es pas parfaitement convaincu de ce que tu dis. Mais sache qu’une chose peut t’aider: bénis-le.
- Je dois me rendre chez lui, le saluer et puis lui dire que je le bénis en ton nom?
- Si tu fais ainsi, probablement ton action n’aura que peu de sens, en tout cas pour lui. Bénir, à la base, c’est dire du bien. Cherche en lui du bien et si tu parles de lui, dis-en du bien. Cet être est fondamentalement bon. C’est le contexte, c’est l’environnement, qui peuvent le rendre chaotique limite mauvais. Et aussi, si tu veux t’éloigner encore davantage du côté obscur de cette personne, renonce aux plaisirs de la chair et début les entreprises de l’esprit. C’est là que se trouve le salut, pour toi et tous tes semblables.
- Je ferai ainsi, mon Seigneur, alors.
- Va, mon fils, et agis selon tes paroles, car ce sont les actes qui comptent beaucoup plus que les mots.
Auteur/autrice : buisteric
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Quand la volonté de Dieu est floue
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Périple tortueux
Ce jam chez mon frère, vendredi 8 novembre 2024, avait été pas mal cool. Mon nouveau Seaboard BLOCK M de ROLI, que j’avais eu durant la semaine, a super bien fonctionné. Mon ancien BLOCK fonctionnait toujours, mais la surface était décollée en plusieurs endroits et on aurait dit que des touches fonctionnaient moins bien qu’avant. Le BLOCK M comporte un port USB C comme le BLOCK, et il y a aussi un mini port MIDI (avec adaptateur vers vrai port MIDI inclus). En avril 2025, en théorie, cet appareil sera complémenté par le nouveau Airwave de ROLI qui ajoutera les dimensions spatiales en plus de celles du toucher, pour encore plus de degrés de liberté. Le Airwave peut interagir avec n’importe quel clavier MIDI, donc va fonctionner avec mon BLOCK M mais aussi mon Rise 2! Cela promet d’être épique.
Je me suis aussi beaucoup amusé avec mon Ultranova de Novation, laissé là-bas puisqu’il ne servait plus chez moi, remplacé par le Peak du même fabricant. Le câble USB que j’ai amené m’a permis de le raccorder à mon laptop, mais c’est avec déception que j’ai constaté l’absence de périphériques MIDI d’entrée et de sortie dans Ableton Live. Je me suis demandé s’il ne faudrait pas installer un pilote, mais je ne voulais pas essayer de faire ça le soir même, préférant m’amuser à la place. Mais dimanche, 10 novembre 2024, j’ai vérifié et il y avait bien un pilote à télécharger. Je l’ai installé, et puis regretté que mon Ultranova soit chez mon frère et non chez moi; j’aurais bien aimé tester si le pilote fait une différence, mais tant pis, ça devra attendre. « Tu dois apprendre la patience », a dit Yoda à Luke, ou bien quelque chose de semblable; ça s’applique à moi aussi.
Plusieurs se demanderont rendu là: « Mais pourquoi n’apportes-tu pas ton Rise 2 au lieu de t’entêter avec des appareils plus limités? » C’est que le transport du Rise 2 sera un rituel de tous les diables. Il n’entre pas dans mon sac à dos si bien que je devrai le porter dans un étui en bandoulière. Pour traverser les tourniquets dans le métro, cela ne passe pas à moins de soulever l’étui pour le faire passer par-dessus, et des fois il faut même le retirer de mon épaule, le tenir par la poignée puis, tourniquet passé, le remettre sur mon épaule. Pour m’asseoir dans le métro, l’autobus ou en attendant l’autobus, il faut enlever mon sac à dos et mon étui de Rise 2 dans le bon ordre sinon ça s’emmêle et c’est le foutoir. Il ne faut pas attendre à la dernière minute: au moment de descendre de l’autobus ou du métro, faut quasiment que je sois prêt avec mon sac à dos dans le dos et mon Rise 2 en bandoulière. Puis après le jam, il faut répéter tout ça dans l’autre sens. Je n’ai jamais tenté l’expérience avec mon Rise 2, mais je l’ai déjà fait avec mon Ultranova, et j’estime que ce sera semblable. Fort de tout cela, on se demande: est-ce que ça vaut vraiment la peine?
En tout cas, ce 8 novembre qui est devenu le 9 novembre pendant mon retour, j’étais bien content de ne pas avoir mon Rise 2 à trimballer! Me rendre au métro Longueuil en autobus s’est bien passé. Je suis arrivé à temps pour la 16 et ne me suis pas endormi pendant le trajet (possible en théorie, jamais arrivé pour moi). Et rendu au terminus, je n’ai pas eu de mal à déterminer où j’étais et la direction à prendre pour aller vers le métro. J’ai une nouvelle fois évité le piège des escaliers (il y aurait moyen en théorie de manquer une marche et me casser le nez, mais jamais pareil drame ne m’est arrivé).
Ensuite, il y a eu un petit bout facile et relaxe: métro vers Berri-UQÀM. Rendu à Berri, me rendre au quai de la ligne verte était un simple travail mécanique de robot. J’avais fait ça d’innombrables fois, aussi bien de retour de chez mon frère que du Piknic Électronique au Parc Jean-Drapeau. Sauf que là, le robot, il ne pourrait pas effectuer la suite.
J’étais sur le quai, de l’autre côté il y avait le train en direction Angrignon. En théorie, dans un moment de distraction monstre, j’aurais pu foncer comme un bolide, pensant que le train était de mon bord, puis prendre la plonge de tous les diables, tombant sur les rails. Comme c’est possible en théorie, il faut juste être plus vigilant à cet endroit pour que jamais pareil drame ne survienne, et même là, ça se pourrait bien que des gens me voient aller et m’empêchent de faire le saut de l’ange involontaire. La sécurité, ce n’est jamais absolu, mais plus il y a de mécanismes de défense, mieux c’est. On appelle cela la défense en profondeur.
Après quelques minutes d’attente, il y eut un signal sonore puis une annonce. Le service était interrompu sur la ligne verte pour une durée indéterminée en raison d’une intervention des ambulanciers. Ah non, fuck! J’avais deux choix: attendre et espérer que ça reparte ou bien essayer d’attraper la 125 sur Ontario qui passait dans une dizaine de minutes. Craignant attendre sans fin, j’ai pris pour la 125.
J’ai perdu de précieuses secondes, voire plus d’une minute, à trouver la sortie optimale. Je me suis rendu à l’aire centrale où il y a la rondelle. De là, on peut sortir vers Sainte-Catherine, Saint-Denis et deux autres endroits. Je me suis dit que si je m’en allais dans la direction opposée à Sainte-Catherine, je m’approcherais de mon but. Saint-Denis, c’était trop loin pour rien, fallait sortir sur Berri. Quelqu’un me demanda si je cherchais quelque chose, je lui dis que je cherchais la 125 sur Ontario, la personne ne savait pas c’était où, demanda à un autre qui ne savait pas, puis au lieu d’attendre sans fin j’ai poursuivi vers où je pensais. Cela aboutissait à un mur. Ça ne permettait pas de sortir dehors.
J’ai fini par trouver une sortie menant vers la rue Berri. Mais je ne pouvais pas savoir dans quelle direction aller pour aboutir à Ontario. J’ai marché un peu, vérifié sur Google Maps, m’en allais vers Sainte-Catherine, changé de direction, tenté d’avancer, le trottoir était trop étroit, bloqué par des travaux, ce qui limitait ma vitesse. Ne pouvant faire mieux, je me suis dirigé vers la piste cyclable sur laquelle j’ai couru.
Chaque tentative de course est un risque, surtout quand il fait noir en plus. Je peux percuter de plein fouet un poteau, un arbre, foncer dans quelqu’un et le faire tomber au sol et tomber avec, m’enfarger dans une poussette et faire valser la poussette et le bébé qu’il y a dedans. Et que dire d’un violent face à face avec un cycliste roulant à pleine vitesse en sens inverse? BANG! Direct à l’hôpital pour un bon bout! Depuis la pandémie, je me suis rendu compte que la meilleure façon que je peux aider le système de santé, c’est de réussir à ne pas me blesser! C’est mieux pour moi aussi! Mais là, tard le soir, en novembre, j’avais des chances d’éviter bon nombre de pareilles collisions. J’ai pu courir un petit bout sans être inquiété, jusqu’à ce que quelqu’un me dise que j’étais sur la piste cyclable et le trottoir était à ma gauche. C’était plus dégagé rendu là.
J’ai marché vite, couru mais pas trop, craignant une collision, ou juste une irrégularité dans le trottoir qui, en courant, pouvait me valoir une horrible entorse qui me pourrirait la vie les semaines qui suivraient et me forcerait même à retourner vivre chez mes parents. Une entorse quand on vit au troisième étage d’un building pas d’ascenseur, c’est pas mal deal breaker pour rester chez soi.
Le pire, c’est que tous ces efforts furent vains! Oui oui! Quand je suis finalement arrivé à Ontario/Berri, il était trop tard pour la 125. Prochain passage? 5h30! J’allais devoir y passer la nuit! Ben non, voyons, au pire je vais marcher sur Ontario, ça va être long longtemps (C’est long, c’est l’Ontario, comme dans la chanson de Mononcl’ Serge), je vais avoir la langue à terre, mais je vais finir par aboutir chez moi!
Avant de me résoudre à faire ainsi, trouvant qu’il faisait froid un peu, j’ai cherché sur Google Maps et chaque recherche m’a juste mêlé et fait frustrer encore plus. Ok va falloir complètement changer d’endroit pour aller chercher la 355 et le temps de trouver, elle sera passée. Selon Google Maps, je pouvais me rendre à l’arrêt de la 355 en prenant la 361 sud. J’ai donc attendu la 361, qui n’est jamais passée. Selon l’application Transit, la 361 arrivait dans 0 minute, et rien.
J’ai songé rebrousser chemin, retournant à Berri. J’ai même vérifié sur STM.INFO si le service était rétabli sur la ligne verte: pas de chance. J’ai envisagé la possibilité de repartir vers Longueuil, mais il n’y avait aucune garantie que de là, je puisse reprendre la 16 ou la 71 pour retourner chez mon frère et y dormir. J’allais devoir marcher, une bonne demi-heure. Ça me semblait presque aussi long et emmerdant de retourner comme ça chez mon frère qu’entreprendre l’interminable marche sur Ontario vers chez moi! Hors de question d’appeler qui que ce soit en pleine nuit pour qu,on vienne me chercher, ai-je pensé.
Quelqu’un a essayé de m’aider, et ne pouvait lui non plus pas trouver d’indication sur quel autobus passait où j’étais. Il regarda sur son téléphone, et à présent il fallait prendre la 361 nord pour aboutir sur Saint-Denis/Rachel et puis là prendre la 29. Ah là là! Ça ne va donc jamais finir! En plus, la rue Ontario semblait bloquée à la hauteur de Berri si bien que la 125 ne serait peut-être jamais passée. Pourtant, sur Transit et Google Maps, la 125 passait là!
La personne qui m’a aidé m’a amené à l’arrêt: il a fallu traverser Berri pour atteindre l’arrêt. Cela prit un bon bout de temps, mais enfin, l’autobus passa! Fiou!
Le trajet jusqu’à Saint-Denis/Rachel me sembla interminable. À plusieurs reprises, l’autobus fut ralenti par des feux de circulation. Je commençais à stresser parce que si jamais je manquais la 29, je m’étais éloigné de mon but et ça pouvait prendre une heure avant le prochain passage, voire le lendemain matin ça aussi!
Rendu sur Saint-Denis/Rachel, il m’a fallu traverser Saint-Denis, puis ensuite la lumière pour Rachel était rouge, mais l’autobus était là. Au moment où je me suis décidé de foncer, il n’y avait pas de voiture, quelqu’un m’a dit que je pouvais y aller. C’était ma dernière chance si je ne voulais pas manquer l’autobus. C’est avec grand soulagement que j’ai pu m’asseoir après que ma carte OPUS ait passé. Fiou! Après, fallait juste être attentif de descendre à l’arrêt Ontario/de Chambly, sinon je me serais imposé un frustrant et inutile détour supplémentaire!
Il était rendu 1h30 quand je suis enfin arrivé chez moi, soulagé.
Comment faire mieux? La solution du gazou!
Au lieu de me taper tout cela, ai-je pensé après coup, j’aurais pu rester dans la station Berri, sur le quai de la ligne verte, me mettre en zazen et là, sortir mon gazou. Après quelques temps, des gens m’auraient dit d’arrêter, puis éventuellement quelqu’un de la STM serait venu, me demandant lui aussi d’arrêter. « Le métro marche pus, aurais-je pu dire, d’une voix machinale. J’ai pas d’autre plan, pis pas l’énergie pour en établir un. Si t’as une idée, shoote, sinon j’vais continuer à faire du gazou. » Hé là là!
Un moment donné, j’aurais été obligé de sortir de la station, à la fermeture du métro. Pas de problème: j’aurais pu m’installer sur le trottoir et continuer à faire du gazou. Un moment donné, la police serait venue et j’aurais pu refaire la même chose. On aurait fini par me croire atteint de maladie mentale, et m’envoyer à l’hôpital. On aurait aussi pu me donner un constat d’infraction pour tapage nocturne et me faire payer une contravention pour rien.
Dans la salle d’attente, au chaud, j’aurais pu ressortir mon gazou, embêtant tout le monde jusqu’à ce qu’il se passe de quoi. Un moment donné, on aurait fini par me mettre en isolement dans une chambre où j’aurais passé la nuit… et tout le reste de la fin de semaine! Des fois, ils gardent les gens là 24 à 48 heures. Ok, non, pas cool.
Cette idée, bien que drôle, n’était pas très bonne. Ça aurait embêté plein de gens qui n’avaient rien à voir avec mon souci.
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Le prêcheur nocturne
Cette histoire ne s’est pas produite réellement, mais qui sait, dans un autre monde, un autre soir…
Ce jam chez mon frère avait été génial. J’en ai oublié plusieurs soucis de la semaine. Mon Seaboard Block commençait à donner des signes de faiblesse, répondant de moins en moins bien parce qu’on a trop vargé dessus. J’ai à quelques moments regretté de ne pas avoir mon RISE 2 avec moi; le nouveau modèle de ROLI est pas mal plus réactif et flexible, mais plus gros à transporter bien entendu. Peut-être le Seaboard M serait une alternative portable… Peut-être… Mais faudrait arrêter de varger dessus, me suis-je dit. Mon laptop nouvellement formaté pour me débarrasser du boulet l’empêchant de migrer de Windows 11 22H2 à 24H2 a super bien fonctionné. Il manquait des sound packs de ROLI parce que l’installation, la semaine précédente, a foiré, j’ai tenté de corriger cela, mais il aurait fallu tout redémarrer pour que ROLI Studio Player voie les sound packs réinstallés. Les patches de Arturia V Collection étaient bien là, aussi. Et mon Ultranova, laissé là-bas, est un super beau complément, offrant une expérience sans écran plus que bienvenue après une épuisante semaine de travail à regarder, regarder, et encore regarder du code.
C’est le cœur léger que je ressortis de là, entamant le voyage de retour vers chez moi. Selon mes calculs, l’autobus devait arriver vers 23h02 alors je n’avais pas besoin de courir, seulement marcher d’un bon pas. J’arrivai sans mal à l’arrêt et fis les cent pas en attendant l’autobus.
23h02, l’autobus n’était toujours pas là. Je regardai sur l’application Transit et ça me disait que le prochain serait dans 26 minutes. Hein? Ah non! Un peu découragé, pas super envie de marcher jusqu’au métro, sentant la fatigue pogner, sachant que revenir chez mon frère ne m’avancerait pas beaucoup puisque dans 26 minutes, l’autobus pouvait une nouvelle fois ne pas passer ou j’arriverais en retard. Attendre là me semblait donc la chose à faire. Sauf que cette fois, je décidai de ne pas juste attendre.
Inspiré par ce que je crus le Saint Esprit, je me mis debout sur un banc. Là, je me sentais comme Jésus sur la montagne, et je me mis à prêcher. À pleins poumons, je me mis à hurler ceci:
Dieu est amour! Dieu est miséricorde! Lent à la colère, il pardonne tout. Le Seigneur Tout-Puissant veille sur nous. Il peut tout! Dieu connait chacun d’entre nous comme le berger connait ses brebis!
Je continuai comme ça pendant près de cinq minutes, jusqu’à apercevoir une voiture de police s’arrêter à ma hauteur. Le policier ouvrit la porte et me demanda ceci:
- Monsieur, ça va bien?
- Oui oui, j’ai compris ma mission ce soir. Je suis prophète! Je vais proclamer la parole de Dieu jusqu’à temps qu’l’autobus arrive pis rendu dans l’autobus j’vais continuer à prêcher. Parce que ce soir, Dieu m’a touché de son illumination, m’a donné la sagesse et m’a confié ma mission, celle de transmettre aux autres ce que j’ai appris.
- C’est que des gens essaient de dormir et ont porté plainte pour le bruit.
- Ça montre juste que depuis 2000 ans, on n’a pas évolué. Les prophètes, on les persécute. Mais moi je vais continuer à dire que… Dieu est amour! Dieu est miséricorde! Par lui, l’aveugle et le sourd entend. La langue du muet de délie et celui qui n’avait plus d’espoir de marcher se tient debout, fier, libre.
- J’vais vous d’mander d’me suivre monsieur.
- Ben non là, attends l’autobus est là, les voisins m’entendront plus. Ya des gens dans l’autobus et dans le métro qui ont besoin d’entendre la bonne nouvelle, savoir que le Seigneur veille sur eux et peut tout. Parce que Dieu est amour, Dieu est miséricorde! Son fils, Jésus, est ressuscité pour nous sauver!
Tout en scandant, je me dirigeai vers l’autobus. Mais le policier insista: il me fallut monter dans l’auto de police, manquant l’autobus qui m’aurait ramené au métro si j’avais été sage. La voiture roula ce qui me parut sans fin, on m’emmena au poste de police pour me poser des questions. Une part de moi voulait se tenir tranquille et coopérer, mais une force s’empara de moi, me poussant à continuer de prêcher. Oui oui, au poste de police, je proclamai la parole de Dieu.
- Monsieur pouvez-vous m’expliquer pourquoi vous faisiez du bruit en pleine nuit?
- J’ai rien de plus à vous dire. Ce que j’ai à dire doit être révélé sur la place publique et non pas gardé secret dans une petite pièce fermée.
- Là on veut savoir si t’es encore toi, ou si t’es viré su’l’capot à t’prendre pour le p’tit Jésus là. Peux-tu au moins m’dire ton nom.
- Il appartient au Père de savoir qui est qui. Les décisions du Père sont impénétrables. Lui seul connait le moment du Jugement Dernier.
- T’es qui? s’impatienta le policier.
- Je suis le prophète. Le Prophète Buisto Pingouin. Je suis celui qui suit le précédent, envoyé par le Père pour annoncer aux autres que tous peuvent être sauvés.
On a fini par m’emmener à l’hôpital où, inlassablement, j’ai continué à proclamer la parole de Dieu. On m’a questionné, on m’a mis en isolement, on m’a questionné encore et on m’a laissé partir seulement quand j’ai promis de ne plus proclamer la parole de Dieu! Oui oui, j’ai été ce soir et cette nuit-là persécuté exactement comme dans le temps de Jésus.
En plus de ça, j’eus par la poste un constat d’infraction: 500$ pour tapage nocturne! Oui oui. Voilà ce qui arrive aux prophètes en 2024!
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How to transfer ROLI and Ableton Live settings to a new machine?
Reinstalling Windows or switching computer doesn’t mean loosing all your Ableton Live clips, templates, etc. You should not have to start from scratch in VSTs such as ROLI Studio Player or Arturia’s Analog Lab. Even worse is loosing not only your favorites but also custom patches. All of this is stored in files that can be located, backed up and copied from one system to another. Problem is to find these files.
This post gathers notes about locations I found over time, so I don’t have to search these again and again, and hopefully this can be useful to others.
Ableton Live User’s library
From the File Explorer, click Documents.
There should be a folder named Ableton. Here, there is a subfolder named User Library. The final path looks something like:
C:\users\<your user name>\Documents\Ableton\User Library
This directory has several useful subdirectories worth copying over or backing up:
- Templates: Ableton Live templates used to start new Live sets without having, each time, to add tracks for your audio inputs or software synthesizers.
- Clips: audio clips you want to be accessible from any new project
- Samples: sample files, such as loops you recorded some time ago.
Note that if you are using Onedrive or Dropbox, you should disable backing up of Documents folder. If you turn on backup of Documents folder, Live may search for the user library in the Onedrive directory instead and that could affect its performance.
ROLI Studio Player favorites
These are the hearts you can associated with presets you like.
Press Windows key and type %AppData%. Go to ROLI subdirectory, Shared, then copy the favourites.xml file. The complete path looks something like
C:\users\<your user name>\AppData\Roaming\ROLI\Shared\favourites.xml
ROLI presets
Presets are located elsewhere:
- Equator 2: c:\users\<user name>\Documents\ROLI\Equator2: Playlists and Presets directories are particularly interesting
- Cypher2: c:\users\<user name>\Documents\FXpansion\Cypher2: Favourites and Presets are especially useful
- Strobe2: c:\users\<user name>\Documents\FXpansion\Strobe2: again Favourites and Presets
Arturia’s V Collection presets
These are stored in C:\ProgramData\Arturia\Presets. For each product, there is a directory in there, with a Factory and a User subdirectory.
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Certains n’y arrivent juste pas
Maude était en furie. Jamais elle n’avait été aussi choquée. Cela faisait des semaines, à temps perdu, qu’elle essayait tout ce qu’on lui proposait, sans aucun réel progrès. Les gens à qui elle parlait de son problème ne comprenaient pas la cause, proposaient des solutions partielles qui n’avaient aucun sens pour elle ou ne fonctionnaient juste pas, et ne comprenaient pas pourquoi ça ne fonctionnait pas. Tous lui disaient que c’était simple et que ça devrait fonctionner. Et pourtant…
Tout a commencé le 25 juin 2024, jour où Maude, par distraction, échappa son téléphone dans la toilette. L’appareil ne fonctionna plus jamais. Ses amies lui suggérèrent de mettre l’appareil dans du riz pendant plusieurs jours, quelqu’un proposa de le faire sécher avec un séchoir à cheveux, un autre au gros soleil, etc. Maude essaya tout ça et, malgré tout, son téléphone ne ralluma pas. Il faut pour être précis spécifier que l’eau, dans la toilette où le téléphone est tombé, n’était pas claire.
Maude n’avait pas les moyens de se racheter un appareil neuf alors elle opta pour un usager. Elle en trouva un à 225$. L’appareil, normalement, ne pouvait exécuter qu’Android 11, mais le vendeur l’a modifié d’une façon qu’elle ne comprenait pas pour qu’il offre Android 14! Alors sans se poser plus de questions qu’autre chose, elle acheta le nouveau vieux téléphone.
Lorsque Maude reçut l’appareil, elle l’examina et constata qu’il semblait en bon état. Elle découvrit ensuite que l’appareil était déchargé et aucun chargeur en sa possession ne permettait de l’alimenter! Il lui fallut aller dans une boutique pas loin de chez elle pour acheter un chargeur USB C qui lui coûta près de 25$ tandis que le chargeur USB C de son laptop aurait pu fonctionner!
L’appareil chargé, Maude l’alluma et entreprit de le configurer. Elle se heurta à un premier mur: elle avait oublié son mot de passe pour le wi-fi. Maude chercha, aussi bien dans sa tête que dans ses tiroirs, en vain. Son laptop étant encore relié au wi-fi, Maude fit des recherches et trouva un moyen d’extraire le mot de passe depuis l’ordinateur. Par contre, on ne saurait dire pourquoi, elle se trompa dans la procédure et cela conduisit à l’effacement du réseau wi-fi de sa machine. Elle ne pouvait plus se connecter, faute du mot de passe.
En désespoir de cause, elle appela son fournisseur d’accès Internet qui ne put absolument rien pour elle parce que le routeur était le sien et non celui fourni par le fournisseur! Eh bien au lieu de lui dire de chercher comment réinitialiser son routeur actuel, on lui fit payer près de 120$ pour un autre routeur! Selon le technicien qui traita son appel, le nouveau routeur serait plus performant. Il n’en fut rien: les deux routeurs étaient compatibles avec la dernière norme wi-fi. En plus le nouveau routeur n’avait que deux ports Ethernet tandis que le vieux en offrait cinq. Le routeur du fournisseur comportait beaucoup de bloatwre le rendant plus lent et le faisant chauffer, mais il permettrait à un technicien de faire un reset à distance en cas d’oubli de mot de passe. Quel horrible compromis quand on sait que faire un reset consiste souvent à appuyer pendant plusieurs secondes sur un ou plusieurs boutons!
Lorsque Maude eut son nouveau routeur, elle le brancha, ce qui ne fonctionna pas du tout, alors elle rappela le fournisseur Internet. Le technicien tenta de la guider pas à pas dans le branchement, pourtant très simple, et on ne parvint à rien. Il fallut planifier une visite à domicile et encore des frais: 45$! Pourtant, il aurait suffi que Maude branche le routeur dans le mur et le relie, via le câble réseau fourni, à son modem, puis soit se connecte en filaire, soit en wi-fi. Maude aurait pu se heurter à des difficultés de configuration? Non, quand le technicien est arrivé, le routeur n’était même pas branché: Maude n’avait pas vidé la boîte et pensait que le transformateur était manquant! Ah là là! Seul le câble Ethernet était relié au modem, et branché dans le mauvais port, et Maude pensait que le modem allait fournir de l’électricité au routeur. Ben non! Pas de Power over Ethernet là-dessus, ça prenait un autre câble. Ah quelle galère!
Le mot de passe wi-fi enfin retrouvé et noté sur plusieurs petits post-its qui traînèrent partout, oh wow quelle grande sécurité, Maude reprit ses tentatives avec son nouveau vieux téléphone. L’appareil se brancha au wi-fi après un peu de difficultés et il lui fallut la visite d’une amie pour enfin trouver pourquoi le mot de passe ne fonctionnait pas!
Choquant n’est-ce pas? Ben vous n’avez rien lu encore. Ce n’est pas fini, loin de là.
Alors un second mur se présenta à Maude: on lui demandait de se connecter à son compte Google. Maude ne se souvenait plus ni de son adresse email Google, ni de son mot de passe, alors elle sauta cette étape. Elle put ainsi terminer la configuration de son appareil, pour constater avec exaspération qu’il manquait tout là-dessus! L’appareil était dépourvu de YouTube, GMail, Google Maps, Google Contacts, Calendar, etc. Alors elle contacta le vendeur qui lui dit que les applications n’étaient pas préinstallées sous LineageOS mais pouvaient être ajoutées via le Play Store. Mais qu’est-ce que Diable est LineageOS? C’est un logiciel alternatif qui permet de remplacer une version non maintenue de Android sur un vieux téléphone par une version plus moderne, avec les correctifs de sécurité. L’installation de LineageOS est relativement simple, mais c’est un processus qui exige de la rigueur, aucun étape ne devant être sautée. Par chance, Maude n’eut pas à se taper cela, et le vendeur avait bien fait les choses, offrant une installation de LineageOS avec prise en charge des applications Google. Le vendeur avait testé son travail en configurant le téléphone avec son compte Google, puis l’avait réinitialisé avec les réglages par défaut juste avant l’expédition.
Maude essaya au moins d’accéder à Play Store, et se fit refuser l’accès faute de connexion à son compte Google. Pour pouvoir récupérer le mot de passe de son compte Google, Maude avait besoin de faire une récupération en utilisant le numéro de téléphone relié à ce compte. Alors il lui fallait installer une carte SIM dans l’appareil.
Maude appela chez son fournisseur de télécommunication comme plusieurs lui suggérèrent. Elle ne fit pas les choses comme il faut, malheureusement. « Bonjour, j’ai acheté un téléphone sur Internet et voudrais l’activer. Le vendeur l’a craqué pour qu’il fonctionne avec la dernière version d’Android. » Ah non, non, fallait pas dire ça, Maude! Le mot-clé « craquer » faut éviter quand on appelle sa compagnie de télécom! Ben ils ne purent rien pour elle, pensant que le téléphone avait été infecté par quelque chose. On lui offrit un nouvel appareil pour 0$ avec entente de deux ans qui allait augmenter sa facture de 20$ par mois. Maude chercha ailleurs, posa des questions à des gens qui lui dirent la chose suivante. « Achète une carte SIM et puis va sur le site de ton fournisseur, connecte-toi et entre le numéro de la carte SIM pour la relier à ton compte ». What? Maude ne fit pas ce qu’il fallait, à savoir relire cette phrase et la décomposer. On commence par acheter une carte SIM, non? Ben elle fit ça, oubliant le reste! Ah mon Dieu!
Sans se poser plus de questions qu’il ne faut, ce qui est plutôt mal avisé dans bien des cas mais surtout dans le sien puisqu’elle ne savait pas du tout ce qu’elle faisait la pauvre, elle fouilla sur Amazon et acheta pour 45$ la première carte SIM qu’elle trouva. Ce fut une grosse erreur: c’était une carte SIM prépayée destinée à être utilisée aux États-Unis! Peuah! Elle la reçut deux jours plus tard, mit ça là-dedans et obtint erreur après erreur, aucune connexion.
Alors elle essaya de se présenter dans une boutique de télécommunication près de chez elle pour expliquer son cas. On ne put rien pour elle, à moins qu’elle ne paie 65$! Cette fois, elle recula enfin, tannée de payer en vain, et demanda à des amis. On lui dit que la carte SIM qu’elle avait devait être activée. Alors elle chercha pour activer la carte SIM, encore en vain. Un ami tenta de l’aider, mais rien ne put être fait jusqu’à ce que l’ami voie ENFIN la carte SIM!
Il lui fallut trois semaines pour se rendre compte du problème. Elle dut retourner la carte SIM et en acheter une autre. Cette fois, elle prit une carte au Canada. La carte fonctionna, avec un bémol plus que majeur: son numéro de téléphone avait changé, ce qui allait l’empêcher de faire une récupération de mot de passe Google par texto!
Alors Maude, fidèle à elle-même, fit ce qu’il ne fallait pas faire: elle se créa un nouveau compte Google. Ceci est une mauvaise idée parce que l’ancien compte demeure actif et prend des ressources chez Google. Si trop de gens ne cessent de se créer de nouveaux comptes, c’est une question de temps avant que Google n’exige la carte de crédit pour créer des comptes, et puis ils vont faire payer juste pour créer un compte.
Il aurait fallu que Maude se procure une carte SIm auprès de son fournisseur de télécommunication et active cette carte avec ce dernier, afin de pouvoir récupérer son ancien numéro de téléphone et là, pouvoir faire la récupération de mot de passe! La carte SIM devrait coûter une dizaine de dollars par plus et l’activation devrait être gratuite. La procédure d’activation (par téléphone, via un site web, etc.) va dépendre du fournisseur, malheureusement, mais l’idée de base est toujours la même: enter le numéro de la carte SIM à quelque part pour le lier au compte de téléphone, puis redémarrer l’appareil qui va enfin se connecter au réseau et utiliser l’ancien numéro de téléphone, pas un nouveau!
Ben non! Maude avait un nouveau compte Google et un nouveau numéro de téléphone qu’elle donna à tout le monde, comme si c’était normal de tout le temps changer de numéro.
Le nouveau compte Google était associé à une nouvelle adresse GMail. Quand vint le temps pour Maude de tenter de se reconnecter à son compte Facebook, encore mot de passe oublié, la récupération échoua, car Facebook envoya un email à l’ancienne adresse GMail, pas la nouvelle. Maude attendit vainement le email, pensant qu’elle allait l’avoir sur sa nouvelle adresse. Résoudre ce petit problème lui prit deux semaines, après quoi tout ce qu’elle put faire c’est encore créer un nouveau compte Facebook et rajouter ses amis dessus. Cela faisait au moins cinq fois qu’elle faisait ça et certains se tannèrent, refusant de l’ajouter.
Pendant un temps, elle utilisait l’ancien compte Facebook sur son laptop et le nouveau sur son téléphone. Ce qui est terrible, c’est de savoir que Maude aurait pu recevoir des emails avec son ancien compte Google depuis son ordinateur, qui était déjà authentifié, et elle n’essaya JAMAIS!
Mais éventuellement, Facebook cessa de fonctoinner sur son laptop; ça ne fonctionnait que sur son téléphone. Il lui aurait fallu se connecter sur son laptop avec son nouveau compte, mais bien entendu, elle avait oublié le mot de passe. Alors elle se créa un nouveau compte, encore, oui un autre, pour son laptop! Sa meilleure amie avait continué à lui écrire sur un de ses anciens comptes Facebook désormais inaccessible. Elle avait publié là un événement pour sa fête et espérait y voir Maude. Bien entendu, elle ne répondit ni à l’événement, ni à ses demandes par texto puisque son amie l’envoyait vers son ancien numéro de téléphone plus bon! Mais le numéro fonctionnait encore, toujours actif auprès de son fournisseur, et les textos n’étaient pas retournés en raison de numéro inexistant, alors l’amie de Maude pensait qu’elle les avait reçus. Il en résulta une querelle qui gaspilla beaucoup d’énergie et qui eut lieu seulement après l’anniversaire, que Maude s’en voulut beaucoup d’avoir manqué.
Puis son téléphone cessa de fonctionner, carte SIM prépayée expirée. Elle essaya de la recharger en vain, il fallait acheter une autre carte SIM. Elle en racheta une sur Amazon, encore une prépayée, et quand elle se rendit compte que son numéro changeait encore, elle perdit espoir de solution pérenne.
Il résulta de tout ceci un tel méli-mélo que Maude en hurla de rage un bon jour. Puis elle décida d’enfin tout éteindre ça et ne plus avoir de téléphone. Quelques temps plus tard, elle se procura un vieux flip pas de Google rien et cela lui suffit, et surtout c’était plus simple.
Je crois que seule l’intelligence artificielle pourrait résoudre pareil casse-tête. Personne parmi ceux qui ont aidé Maude ne disposait de toutes les pièces d’information pour aboutir à une solution. OpenAI ChatGPT et Microsoft Copilot sont de bons débuts, mais il faut que le modèle d’IA s’adapte aux informations de l’utilisateur. Par exemple, un modèle qui intégrerait la marque et le modèle du routeur de Maude, ou qui saurait lui demander cette information et surtout la guider dans l’obtention de celle-ci, aurait pu lui fournir des instructions claires, résumées, pour procéder à la réinitialisation pour passer l’étape de l’oubli du mot de passe wi-fi. Un modèle intégrant les informations à propos de son fournisseur de télécommunication aurait pu lui donner un lien précis vers où se procurer une carte SIM adaptée à ce fournisseur et des instructions claires, résumées, pour activer ladite carte. Mais surtout, un modèle d’IA ne va pas charger 45$ à 65$ pour une carte SIM, son installation dans un téléphone et son activation. Il ne va pas prétendre qu’un appareil mis à jour avec LineageOS sera incompatible avec le réseau 5G.
Mais pourquoi faut-il une carte SIM? Un téléphone moderne ne pourrait-il pas offrir un Trusted Platform Module (TPM) intégré stockant une paire de clés? On donne la clé publique à son fournisseur, la clé privée reste cachée dans le TPM et sert à résoudre un challenge cryptographique destiné à authentifier l’appareil. Si jamais la paire de clés est compromise, on peut juste régénérer une nouvelle paire et renvoyer la clé publique à son fournisseur. Pas besoin de carte SIM non? De la même façon que cette damnée YubiKey ne devrait pas exister, quand on a un TPM pour stocker des clés privées! Pourtant… Soit je suis fou, soit il y a de quoi que je ne sais pas, soit on essaie de faire de l’argent sur notre dos, mais il y a de quoi déjà là qui cloche.
Mais ce qu’il faut aussi, c’est une meilleure gestion, idéalement une élimination, des mots de passe, parce que c’est cela qui a mis le plus de bâtons dans les roues à Maude, avouons-le. Si elle avait pu se brancher à son réseau wi-fi sans changer de routeur pour rien, elle aurait sauvé déjà 120$. Si elle avait eu son mot de passe Google, elle aurait pu se reconnecter a son compte et retrouver non pas seulement ses applications préférées (YouTube, GMail, Maps) mais aussi son historique de navigation dans YouTube, ses contacts, etc. Sans oubli de mot de passe Facebook, Maude aurait évité la fragmentation de ses contacts et n’aurait pas manqué la fête de sa meilleure amie, qui a été annoncée seulement sur son ancien compte.
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Le ramasseur de verres
Cela faisait quelques temps que Yannick était sans le sou. Il travaillait comme éclairagiste pour des films et voilà que du jour au lendemain, on lui annonçait qu’il n’y avait plus de job là-dedans. Il envoyait des CV, ne recevait aucune réponse ou bien on lui faisait passer des entrevues qui ne menaient nulle part, le faisant déplacer pour rien. Yannick dut se résoudre à couper dans le superflu, se désabonnant de Netflix, puis de la TV par câble, puis enfin dut réduire la vitesse de sa connexion Internet, se contenter d’un forfait avec peu de données, et ce ne fut que le début. Bientôt, il dut faire appel aux banques alimentaires et troquer son 4 1/2 pour une chambre avec d’insupportables colocs qui faisaient du bruit à toute heure du jour et de la nuit.
Un jour, Yannick rencontra Rémi dans un parc. Le gars était assis là, jouant avec une corde, s’amusant à faire et défaire des nœuds. Ils ont parlé, Rémi faisait des nœuds pour rien, sans aucune technique, juste pour tuer le temps. Rémi était à bout, car à son travail on le pressait comme un citron et de retour chez lui, il trouvait soit une cour intérieure vide en arrière de chez lui, soit d’insupportables bruits de machinerie parce qu’il y avait de constants travaux en face de chez lui. Alors Rémi allait de plus en plus se réfugier dans le parc, avec pour tout accessoire une corde. S’il lisait, il se fatiguait. S’il apportait son laptop pour écrire, la lumière du soleil le gênait. Alors soit Rémi courait dans le parc, soit il faisait et défaisait des nœuds.
Rémi et Yannick partageaient un point commun: tous deux étaient déçus de la vie, pour des raisons différentes.
- Mais Yannick, dit une fois Rémi, au moins les dimanches l’été il y a de quoi de le fun à faire. Le Piknic Électronic, là-bas on peut tripper pas mal. J’aimerais bien ça te montrer ça.
- Oui ça coûte trop cher aller là-bas, se défendit Yannick. J’ai pas les moyens.
- Ya peut-être une solution, proposa Rémi. L’autre fois quand je suis allé rapporter mon verre vide, quelqu’un m’a donné un stock pile de deux dollars. Je pense de plus en plus que des gens abandonnent leur verre réutilisable, le jettent par terre, ou au pire seraient prêts à le laisser aller pour pouvoir continuer à danser les deux mains libres le reste de la soirée.
- Ah oui? fit Yannick, dubitatif.
- Moi je pense, continua Rémi, que tu peux t’faire 200$ là-bas si tu fais bien ça. Tu observes, trouves des gens qui ont fini leur verre et qui ont l’air de vouloir s’en départir, et tu leur offres de le leur prendre. Yen a je suis sûr qui vont dire oui. D’autres pas, alors faut pas insister ou essayer de leur prendre, mais autrement, je pense bien que ça peut marcher. C’est 2$ le verre vide que tu rapportes, et même 4$ la bucket. Mais je pense que ce sera plus difficile récupérer des buckets vides, les gens veulent souvent garder ça en souvenir ou récupérer le 4$. Mais à 2$, ya du monde qui jettent ou laissent aller je pense bien.
- Pas sûr de ça moi, douta Yannick.
- Aye moi j’ai pas assez d’couilles pour tester mon idée, mais si tu veux l’essayer, proposa Rémi, j’te paie le billet.
Tout joyeux, Yannick accepta l’offre de Rémi. Ce fut pour Rémi une regrettable décision. Il convint avec Yannick d’aller là-bas le dimanche qui suivrait, mais le matin même, ben Yannick était super malade parce qu’il a bu de l’alcool et fumé du pot toute la soirée la veille, tout seul pour rien! Ben oui, bravo! Rémi dut alors demander à du monde random sur Facebook qui voudrait du billet, il trouva quelqu’un qui offrit de l’acheter, mais à la porte ils demandèrent une pièce d’identité et il ne put entrer, alors Rémi dut rembourser l’acheteur et le billet fut perdu. Quelle tristesse.
Le dimanche suivant, Yannick avait confirmé que là il pourrait et Rémi avait naïvement racheté un billet la veille pour sauver un peu d’argent. Ben le dimanche matin, Yannick avait oublié qu’il devait aller voir sa mère à Belœil ce jour-là! Ah non! Mais comment Diable Yannick peut-il se rendre là? Rémi était choqué d’imaginer que Yannick, se croyant sans le sou, continuait à payer pour un permis de conduire, des plaques, des assurances, l’entretien d’un véhicule, pour aller faire des escapades hors de Montréal! En fait, Yannick alla là-bas à vélo ou bien fallait qu’il se rende proche en transport en commun et que sa mère vienne le chercher.
Cette fois, Rémi tenta de trouver quelqu’un pour aller avec lui. Un ami lui répondit qu’il pouvait, mais il arriva une heure en retard, était surpris que Rémi prenne de l’alcool pendant l’événement et ne pensait pas qu’il buvait, et en plus il repartit tôt, genre à 18h. Rémi, lui, resta et s’amusa, jusqu’à 21h30.
La troisième fois, Rémi acheta le billet le dimanche même et là enfin Yannick put venir. Mais il le fit attendre une heure et demi à la porte en raison de problèmes avec son vélo. Il arriva avec une caisse de 24, bien que Rémi l’ait mis en garde que l’alcool pas acheté sur place n’était pas permis. La « solution » de Yannick était des plus simples: on va tout boire avant de rentrer! Rémi « aida » Yannick en prenant trois bières, Yannick en siffla plus de dix, et on tenta d’en donner. Cela finit qu’on laissa là le reste des bières espérant que ça ferait le plaisir de quelqu’un, et on entra là-dedans.
Il fallut une demi-heure pour que Yannick se fasse avertir par la sécurité, car il essayait trop agressivement de récupérer des verres vides. La stratégie de Rémi sembla inefficace. Par contre, vers 20h, les choses changèrent. De plus en plus de gens en avaient assez bu ou n’avaient pas les moyens de se racheter de l’alcool, alors ils traînaient leurs verres réutilisables vides tels des boulets. Il y avait par malchance beaucoup plus de cannettes que de verres réutilisables. Yannick a essayé de se récupérer des cannettes vides. Il s’est amené un grand sac et essayait de le remplir, mais le sac fut confisqué par un agent de sécurité qui le vida dans une grande poubelle. Yannick a essayé de se servir dans la poubelle et s’est fait avertir une seconde fois.
Mais les verres, il en ramassa. Plein. Il réussit même à se récupérer une dizaine de buckets! Oui oui! C’était hallucinant. Tout joyeux, Yannick se présenta vers la fin de l’événement au comptoir de retour des verres et se fit un beau pactole de plus de 200$!
- Aye merci men! fit Yannick. C’est vraiment nice ton idée. T’es génie men, un génie!
- Oui mais attention, ça va peut-être pas aussi bien fonctionner à chaque fois.
- Je sais mais men, c’est cool, j’ai fait plus d’argent qu’en une journée de job depuis que j’ai pu d’contrats! Aye j’retourne dimanche prochain!
- Mais parle pas trop de l’idée. Si trop de gens le font, ce sera plus rentable du tout. Ou ils vont vous empêcher d’le faire d’une façon ou d’une autre. Pis garde-toi un peu de c’t’argent-là pour payer tes factures. Fais pas juste tout boire ou fumer. C’est pour toi.
Yannick fit totalement fi des conseils de Rémi. Le soir même, à la hâte, juste avant la fermeture du dépanneur, il s’acheta deux caisses de 24 et but, but, but, comme jamais il ne l’avait fait auparavant! Il s’acheta un paquet de clopes qu’il fuma durant toute la nuit! Puis le lendemain, il alla chez son pusher pour se payer des speeds et de la MDMA! Oui oui! En trois jours, il ne restait plus rien de ses gains du dimanche.
« Mieux » encore, Yannick raconta à tout le monde ce qu’il avait fait et à quel point son ami Rémi était un génie pour lui avoir suggéré ça. Résultat? Le dimanche suivant, il y avait plus de 25 vautours tentant de récupérer avec insistance verres, buckets et cannettes vides auprès des clients. Plusieurs se firent sortir et on leur confisqua tout simplement les verres vides. Yannick profita de l’expérience acquise la semaine précédente, ne se fit pas sortir, mais il récupéra seulement 20$ en verres vides.
Chaque dimanche jusqu’à la fin de l’été, ce fut ainsi: 20$, 44$, 34$, 12$ (pas bon celui-là, il y a eu de la pluie), 60$ (yeah), et puis ce qui devait arriver arriva. Un moment donné, Yannick arriva avec un stock pile de verres, près de 120, et on ne lui en échangea qu’un seul. Les autres furent pris mais pas remboursés. Yannick était furieux, mais il n’y eut rien à faire. Il tonitrua que ce n’était pas juste, gesticula trop, cela finit qu’il se fit sortir par la sécurité. Comme il y avait eu trop d’abus, on avait imposé des restrictions. Ainsi, les vautours quittèrent la piste de danse, laissant champ libre aux festivaliers.
Malheureusement, il existe beaucoup de façons « simples » mais non pérennes comme celles-là de faire de l’argent.
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Juré craché
« »Je boirai plus, juré craché! » aurait pu me dire quelqu’un que je connais, plusieurs fois. Mais quel non-sens n’est-ce pas?
D’abord, en quoi cracher renforcerait-il la parole du jureur-cracheur? Est-ce que cracher au sol après avoir juré augmente vraiment la puissance de la promesse ou faut-il cracher au visage de la personne à qui on promet? Dans un cas comme dans l’autre, cracher ne sert que peu. Peut-être ça fonctionnait dans la cour d’école, mais dans la vraie vie…
Pour appuyer le peu de sérieux de cette formule, voici quelques exemples où elle ne s’applique pas du tout!
- Nous allons augmenter la production annuelle de 5% et réduire les émissions de carbone de 2% au cours de l’année prochaine, juré craché.
- Si nous sommes élus pour un troisième mandat, cette fois nous allons le construire, le troisième lien, juré craché.
- Madame la juge, je regrette ce que j’ai fait et ne le ferai plus, j’ai eu ma leçon, juré craché.
- En tant qu’avocat, mon rôle est de te représenter. On va faire tout ce qu’on peut pour que tu sois acquitté ou qu’au moins t’aies une réduction de peine, juré craché.
- D’ici un mois, je te promets que tu seras sur pied. Tu pourras peut-être pas danser, mais tu vas marcher et pouvoir profiter du reste de l’été, juré craché.
- On va passer demain pour les travaux de plomberie, c’est la dernière fois que ça va être reporté (après plus de douze fois), juré craché.
- Je regrette ce que j’ai fait, c’était même pas le fun coucher avec elle en plus. C’est avec toi que je veux être, juré craché, je le referai plus.
Peu importe que ce soit dit par un homme d’affaire, un politicien, un avocat, un criminel, un médecin, un entrepreneur en construction, un homme qui a trompé sa femme, une femme qui a trompé son mari, cracher, ça ne sert à rien. Ajoutons aussi que peu importe que le jureur-cracheur crache par terre après avoir juré ou pas, ça change peu de chose. Bon si le jureur-cracher me crache au visage pour augmenter le poids de sa promesse, ça va faire en sorte que je serai bien choqué et n’aurai pas envie de le croire; ça aurait été aussi bien juste jurer, pas cracher!
Ce qui est fascinant avec la formule « juré craché », c’est que plus on la répète, moins elle a de poids! Mais plus on la répète, plus on veut la répéter parce qu’on pense que ça va enfin convaincre l’autre que là cette fois, c’est vrai, ça va être la bonne!
Quand « juré craché » ne suffit plus, là on ajoute « sur la tête de ma mère ». Wow! Bravo! Qu’est-ce que cela signifie donc?
- Si tu ne tiens pas ta parole, tu vas décapiter ta mère et m’amener sa tête? Je n’en veux pas, je n’ai rien à faire avec ça, je préfère ta mère en vie que morte, inutile de prendre une vie pour te punir de ne pas avoir tenu parole tandis que je savais déjà, au moment où tu as juré craché sur la tête de ta mère, que tu risquais de ne pas tenir parole.
- Tu vas m’autoriser à tuer ta mère et n’entreprendre aucune action en justice contre moi après que je l’aie fait? Même si tu m’aides à me débarrasser de son corps après, je ne trouve aucun intérêt, aucune consolation, rien, à prendre une vie pour te punir de ne pas avoir tenu parole.
Jurer sur la tête de sa mère, craché ou pas, ça ne sert à rien!
Alors maintenant, on va y aller avec la grosse formule magique: « juré craché sur la tête de ma mère, si je mens je vais en enfer! » Bravo! Peux-tu me dire comment on va mettre cette menace à exécution si jamais tu ne tiens pas parole? Connais-tu un rituel pour expédier quelqu’un en enfer ou une personne qui disposerait de ce pouvoir? Même si je pouvais t’envoyer en enfer si tu ne tiens pas parole, qu’est-ce que cela donnerait au final? Je n’y trouverais aucune joie, aucune satisfaction, simplement la déception d’avoir été trahi une fois de plus, une fois de trop. J’aurais aussi peut-être une dette envers mon « bienfaiteur » qui t’aurait expédié là-bas. Tout défaut de m’acquitter de la dette me mettrait à risque de finir moi aussi en enfer! Je trouve au final que le jeu n’en vaut pas la chandelle.
Alors ainsi jurer suffit. Inutile de cracher, inutile d’impliquer sa mère dans la promesse, inutile de se dire prêt à aller en enfer en cas de promesse rompue. Inutile de répéter. Seulement jurer suffit… ou pas.
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Un passé simple ou un futur incertain?
Lorsque Rémi se coucha ce soir-là, il était un peu inquiet, car toute la soirée, ça lui avait piqué dans les yeux. Il a malheureusement trop frotté avant de se forcer à cesser d’y toucher, ce qui a accru l’irritation. Avant de se coucher, il a tenté de se rincer les yeux avec une débarbouillette, mais il était trop tard, le mal était fait. Rendu là, ça chauffait tellement que Rémi n’arrivait pas à dormir. Il tenta par un effort de volonté de dominer la sensation, qui s’approchait de plus en plus d’une douleur constante et lancinante. Cela ne fonctionna pas du tout et le plongea dans une colère telle qu’il en vint à se frotter les yeux vigoureusement, ce qui ne l’aida pas du tout. Il retourna à la salle de bain se rincer les yeux puis tenta de simplement observer la sensation.
Au début cela allait, mais ça se mit à chauffer de plus en plus, puis l’anxiété embarqua. Rémi craignait que ça ne cesse jamais, qu’il soit obligé de consulter et qu’on lui prescrive des gouttes. Il détestait les gouttes depuis son enfance; ça lui donnait des malaises passant proche de l’évanouissement. Rémi était inquiet, il se demandait comment il allait réussir à se mettre des gouttes et s’il n’allait pas être obligé de retourner vivre chez ses parents le temps de la convalescence qui pouvait durer entre plusieurs jours et plusieurs semaines. Juste cette idée le mettait en maudit: devoir trimballer là-bas plein de stock ou s’en passer, se retrouver en arrêt de travail ou devoir se taper le double du trajet pour aller travailler, laisser tomber les soirées entre amis car personne ne viendrait chez ses parents à Saint-Basile, etc. Rémi tenta de se raisonner, peut-être des professionnels avaient des trucs qu’il pourrait appliquer pour se mettre des gouttes en toute sécurité et en plus ça pourrait l’aider à vaincre cette peur absurde. Mais la douleur revenait, et de la douleur revenait l’inquiétude, et de l’inquiétude jaillissait la colère de l’impuissance. Rémi ne parvint pas à surmonter cela; il y perdit la nuit. C’est seulement à 4h du matin qu’il pensa mouiller une débarbouillette, se la mettre sur les yeux et se coucher sur le dos, laissant là la débarbouillette humide. Ça faisait moins mal comme ça, il aurait presque pu dormir s’il ne s’était pas autant pompé.
Il se leva bouffi de fatigue à 5h du matin, mort de faim. Il mangea, tenta de se connecter à la plateforme de télémédecine de son employeur et c’est avec peine qu’il y parvint, sa vue étant embrouillée rendu là. Dès qu’il essayait de lire un peu trop, ses yeux lui pleuraient ou il voyait flou! Rémi fut au bord de la panique, passant proche appeler le 911, mais il parvint à se dominer et obtenir le rendez-vous. Cela fut vain: on l’envoya à l’urgence, car il allait falloir qu’un professionnel vérifie ses yeux.
Peut-être si Rémi avait omis de signaler qu’il avait une déficience visuelle: seul son œil gauche fonctionnait, et partiellement. Dès que le médecin à distance a su ça, probablement il n’a pas pris de chance, ne voulant pas risquer de perdre l’œil de son patient.
Rémi tenta de se rendre à la clinique proche de chez lui. Il y parvint de peine et de misère, car sa vision s’embrouillait souvent. Dès que la réceptionniste vit ses yeux rouges, elle avertit Rémi qu’il serait mieux de se rendre à l’hôpital. Elle proposa de lui appeler un taxi, ce qu’il accepta; rendu là, il n’y avait pas grand-chose de plus à faire que ça.
À l’urgence, un médecin fit un premier examen et diagnostic une conjonctivite. On se demande si Rémi n’aurait pas été bien plus affligé si on lui avait diagnostiqué un cancer. Pour lui, ça semblait la fin du monde. Le médecin lui prescrivit des gouttes plusieurs fois par jour et comme Rémi n’avait qu’un seul œil fonctionnel, il recommanda un suivi d’urgence avec un ophtalmologiste. En gros, on allait commencer avec les gouttes puis le spécialiste déciderait si on fait plus. Ah là là!
Rémi expliqua son appréhension pour les gouttes. Le médecin lui dit qu’il allait devoir vaincre sa peur ou trouver quelqu’un pour lui mettre les gouttes; le système public ne pouvait pas faire plus pour lui. Quelle tristesse n’est-ce pas?
Tout portait à croire que la conjonctivite avait été causée par des irritations dans ses yeux fragilisés par l’exposition à répétition au poil de chat. Rémi avait un petit minou depuis un an et s’amusait trop souvent à se frotter le visage dessus, ce qui lui mettait du poil plein les yeux. Il a prit l’habitude de se laver les mains régulièrement, mais parfois il oubliait, flattait le chat puis se frottait les yeux tout de suite après. Cela faisait quelques semaines qu’il avait identifié ce comportement potentiellement problématique, il a tenté de perdre ces mauvaises habitudes, mais il n’a pas assez bien réussi faut croire parce que les irritations ont persisté. Le médecin pense, mais l’ophtalmologiste aura le dernier mot, que Rémi devra soit mettre des gouttes dans ses yeux tout le temps, soit se débarrasser de son chat! Ah quelle tristesse!
La simplicité
Quand Rémi est rentré chez lui, tout ce qu’il put faire, c’est appeler sa mère pour lui faire part de la mauvaise nouvelle. Cette dernière était 100% certaine que Rémi allait rentrer chez elle et était prête à lui envoyer son mari pour qu’il vienne le chercher. Rémi faillit dire non puis comprit qu’il n’y avait rien d’autre à faire que ça.
Le père de Rémi vint le chercher, Rémi emmena avec lui des vêtements, son laptop, quelques autres affaires, et son chat qu’il ne voulait pas laisser chez lui plusieurs jours. L’animal, pas habitué de se faire déplacer, miaula comme un bon tout le long du trajet, et rendu chez les parents de Rémi, alla se cacher sous son lit et y passa trois jours sans sortir, puis il sortit timidement et finit par se promener dans le sous-sol où il était confiné. Il ne miaula pas pour monter, mais il fit beaucoup de dégâts. Il perça des trous dans le vieux sofa, arracha des fils des douillettes dans les deux chambres du sous-sol, fit des grafignes de griffes sur plusieurs murs et arracha la moustiquaire de la fenêtre heureusement fermée. Il fit tomber un bibelot en bois qui cassa, grimpa sur une table et poussa une lampe par terre, laissa des traces de pattes sur une petite table basse et fit tomber tous les livres de la bibliothèque qu’il y avait là.
Rémi se reposa et se fit mettre des gouttes. Les trois premiers jours, ce fut ça, journées de maladie. Après ça, il voyait moins embrouillé et put essayer de travailler. Il s’entendit avec son patron pour au moins pouvoir travailler à distance, mais cela ne fonctionna pas bien, car tous les autres étaient au bureau. Il dut se résoudre à aller au bureau en autobus et en métro. Sa mère proposa de le mener à la station de métro en auto, ce qu’il accepta parce que ça lui sauva un bon vingt minutes. Au moins, sa conjonctivite guérit et l’ophtalmologiste qu’il consulta ne trouva pas d’autres soucis. Il recommanda à Rémi de se débarrasser de son chat à moins d’être prêt à mettre des gouttes dans ses yeux tous les jours, pour tout le temps. Rémi dut se faire à l’idée et donna son chat à un ami. C’était triste, mais c’était ça.
De retour chez lui, plus de chat mais au moins plus de conjonctivite, Rémi fut très triste. Il en vint à regretter de rester seul chez lui et finit, après quelques mois, par déménager à Saint-Basile, renonçant à beaucoup d’autonomie. Il allait devoir dépendre de ses parents pour toujours, et à leur mort, ce seraient à son frère ou sa sœur de décider de son sort. Rémi avait bien peur qu’ils n’aient d’autre option que le faire placer quelque part, mais comme disait sa mère, on verra rendu là.
S’entêter pour rien
Rémi savait que s’il prévenait ses parents de son diagnostic, ils tenteraient de l’inciter à retourner à la maison, ce qu’il ne voulait pas faire même si possiblement c’était le mieux à faire. Il les préviendrait lorsqu’il aurait une solution en main! Ainsi, il serait mieux à même de résister à la tentation de juste être mou et céder. Il décida de s’essayer à mettre les gouttes. Mais plutôt que juste s’essayer, il tenta de contacter l’Institut Nazareth et Louis-Braille, espérant qu’ils auraient des trucs à lui donner. Il ne put obtenir un rendez qu’avant quinze jours! Eux aussi recommandaient qu’il aille vivre chez un proche pour se faire mettre des gouttes. Rémi était outré, choqué à la limite de l’imaginable. Sa colère eut raison d’un tabouret dont il cassa deux pattes.
Habitué d’être livré à lui-même, les solutions proposées par les autres ne fonctionnant pas ou étant trop contraignantes, Rémi s’essaya. Ce fut une expérience très désagréable. Il avait du mal à figurer si la goutte allait dans l’œil ou pas, surtout celui qui ne voit pas. En plus de ça, parfois il ne réussissait pas à mettre les gouttes, ayant trop peur. Il espérait que cela suffirait mais avait des doutes.
Parfois, les gouttes soulageaient son irritation; il avait moins mal, sa vision était moins embrouillée, il réussissait à mieux dormir. D’autres fois, on aurait dit que ça ne faisait juste rien. S’il sautait une fois, par peur, cela lui faisait super mal quelques heures après. Alors Rémi en vint à penser que quand son irritation s,accentuait, c’est qu’il n’avait pas mis les gouttes comme il fallait et il refaisait une tentative. Parfois, cela réussissait, parfois pas. Résultat? Il devait mettre les gouttes pendant dix jours et rendu au septième jour, il ne lui en restait plus!
Il eut le suivi avec l’ophtalmologiste qui n’était pas très satisfait d’où c’était rendu. L’infection avait progressé et s’était propagée, il allait falloir une intervention au laser pour réparer sa cornée partiellement endommagée! Pire encore, après l’intervention, il faudrait mettre encore plus de gouttes. Il se retrouva à cause de tout ça avec un point noir au centre de champ de vision qui pouvait s’en aller ou pas, mais ça prendrait des mois avant de le savoir. Ce point noir l’empêchait de lire, tout simplement. Il allait être obligé d’apprendre le Braille si ça ne partait pas!
Et il y eut pire! Le chat de Rémi miaulait de plus en plus souvent. Il dut le faire vérifier par un vétérinaire. Eh bien, la conjonctivite de Rémi s’était transmise à son chat! On ne saurait dire si c’est commun ou pas, mais faut croire que ça peut arriver. Ainsi, non seulement Rémi allait devoir continuer à se mettre des gouttes plusieurs fois par jour, mais il allait lui falloir réussir l’exploit d’en mettre à son CHAT!!! C’en fut trop, Rémi dut retourner vivre chez ses parents.
Faire que ce ne soit pas vain
Rémi savait que s’il prévenait ses parents de son diagnostic, ils tenteraient de l’inciter à retourner à la maison, ce qu’il ne voulait pas faire même si possiblement c’était le mieux à faire. Il décida de s’essayer à mettre les gouttes. Mais plutôt que juste s’essayer, il tenta de contacter l’Institut Nazareth et Louis-Braille, espérant qu’ils auraient des trucs à lui donner. Il ne put obtenir un rendez qu’avant quinze jours! Eux aussi recommandaient qu’il aille vivre chez un proche pour se faire mettre des gouttes. Rémi était outré, choqué à la limite de l’imaginable. Sa colère eut raison d’un tabouret dont il cassa deux pattes.
Rémi se calma un peu, puis repensa à une ancienne amie qui avait des problèmes de glaucome et est obligée de se mettre des gouttes très souent. Il la contacta, espérant qu’elle pourrait lui donner des trucs. Il tenta aussi de faire appel au service de psychothérapie de son employeur, parce que peut-être un psychologue pourrait l’aider avec sa peur des gouttes. En attendant des réponses, il réfléchit à comment il pourrait faire pour que ce soit plus fiable mettre les gouttes.
Il aboutit à une méthode peu orthodoxe mais qu’il espérait fonctionnelle. D’abord, il entreposa les gouttes au frigo pour qu’elles soient plus froides. Cela occasionnerait une sensation de froid dans son œil et validerait que la goutte a touché la cornée, ce qui était nécessaire pour avoir la moindre chance que ça fonctionne. Rémi plaça un mouchoir autour du compte-gouttes et put ainsi toucher son œil avec l’assemblage, sans contaminer le compte-gouttes. Du moins c’est ce qu’il pensait. Ainsi, il était plus certain que la goute allait tomber dans l’œil. La sensation du mouchoir contre son œil et le froid de la goutte étaient très désagréables. Rémi avait des frissons chaque fois. Rémi jetait le mouchoir et en prenait un autre à chaque fois, à chaque œil en fait.
Son amie lui répondit seulement quatre jours plus tard, avec peu d’informations utiles, essentiellement de contacter l’INLB, ce qu’il avait fait en vain. Il aurait un rendez-vous mais trop tard. La consultation avec le psychologue eut peu de résultats, mais au moins, cela l’aida un peu pour la gestion du stress. Mais quelques idées de son amie améliorèrent sa stratégie.
Quand sa mère a appris que Rémi avait une conjonctivite et s’était entêté à rester seul chez lui, elle a été bien choquée et en a pleuré! Rémi a trouvé ça plutôt excessif comme réaction, s’est emporté et sa mère ne voulut plus lui parler pendant une semaine. Rémi était bien attristé de ça, puis finit par dire fuck off, la vie continue.
Quand Rémi a vu l’ophtalmologiste, c’était presque guéri, mais il allait être obligé de continuer avec les gouttes. Et il lui faudrait se résoudre à en mettre tous les jours, car son allergie au poil de chat le rendait propice aux irritations dans les yeux qui pouvaient à leur tour augmenter les chances de conjonctivites à répétition quand ses yeux étaient exposés à des agents infectieux, par exemple lors d’une activité extérieure ou à la piscine.
Rémi faillit se débarrasser de son chat, mais il attendit d’avoir le rendez-vous à l’INLB. Après plusieurs difficiles séances, on trouva une stratégie qui fonctionna super bien pour Rémi. Il put guérir complètement de sa conjonctivite et mettre des gouttes préventives pour en éviter d’autres, sans se débarrasser de son chat.
La mère de Rémi se remit du choc et reparla à son fils. Elle comprenait dès lors que Rémi avait eu besoin d’accomplir cette tâche pour grandir, pour aller de l’avant. Rémi non seulement vainquit sa peur des gouttes, mais en plus, il y gagna une plus grande confiance en lui qui l’aida dans sa carrière. Qui aurait cru qu’une infection causée par du poil de chat et un agent extérieur inconnu aurait pu aider quelqu’un à grandir? Et pourtant, c’est cela qui s’était passé.
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Le pèlerinage de la rédemption
Dimanche, 23 juin 2024, j’ai compris ce qu’il fallait que je fasse pour cesser de ruminer ces mauvais souvenirs. Tant qu’il me resterait des cadeaux de Jimmy en ma possession, je ne pourrais trouver la paix. C’était presque aussi clair que si Dieu lui-même m’avait dit quoi faire. Mais je ne pouvais pas me résoudre à faire ainsi, la logique me criant que ça n’avait pas d’allure.
J’ai profité de cette journée maussade pour travailler sur mon robot. J’y étais presque. Il manquait quelques soudures pour que la carte mère soit connectée avec les circuits moteurs et ça y était. En fin d’après-midi, j’étais prêt à allumer mon robot. Cela provoqua un court-circuit qui endommagea le circuit imprimé. J’en avais certes commandé plusieurs copies, me doutant que j’allais peut-être en casser un ou deux, mais ça n’en demeura pas moins très frustrant. Après, la fatigue et la déprime ne lâchèrent plus.
Après le souper, n’y tenant plus, je décidai d’entreprendre ce que j’ai appelé le pèlerinage de la rédemption. L’idée était toute simple: partir avec le strict minimum et me rendre à pied chez Jimmy, pour lui ramener son stock.
Il y avait un saxophone à moitié cassé qu’il m’avait offert, une harmonica qui sonnait faux, des babioles en fausse porcelaine qui était en fait du plastique et un petit porte-clé en plastique semi-mou qui a fini par casser mais que j’ai gardé. J’ai mis les petits objets dans un sac en bandoulière et le saxophone dans un plus grand sac. J’ai emporté avec moi mon téléphone pour pouvoir vérifier Google Maps mais pas d’argent, pour ne pas être tenté de finir le trajet en transports en commun. Pour que le pèlerinage réussisse, il me fallait l’effectuer à pied, et plus il allait mouiller, plus j’en ressortirais purifié. En tout cas, c’est ce que je pensais que le Seigneur m’avait dit! J’étais tellement épuisé, tellement à bout de ces échecs successifs avec le robot, que j’en suis arrivé à me persuader que c’est cela qu’il fallait faire.
Alors je suis parti, à la grosse pluie. Je n’ai pu marcher qu’un coin de rue avant de finir les pieds mouillés en marchant dans une flaque d’eau. Malgré ce revers, j’ai poursuivi ma route, vers le nord, vérifiant régulièrement que j’avais toujours mes sacs et que je n’avais pas dépassé la rue qu’il me fallait atteindre avant de tourner à l’est pour poursuivre ma marche.
Cela m’a semblé durer une éternité. Je me suis fait arroser plusieurs fois par des gens passant en voiture, marché d’innombrables fois dans des flaques d’eau de plus en plus profondes, me suis tellement fait mouiller que je n’aurais probablement pas besoin de prendre une douche le soir venu. Mes vêtements imbibés me semblaient tellement lourds que je me demandais si ce ne serait pas plus facile de marcher nu mais je ne pouvais me résoudre à enlever mes vêtements et les jeter au sol!
J’ai fini par atteindre la rue, tourné à l’est, continué, mais en chemin, mon téléphone a pris l’eau et m’a lâché complètement, ce qui m’a arraché un épouvantable cri! Rendu là, il faisait noir et la pluie torrentielle on aurait dit avait augmenté d’intensité. Les lampadaires s’éteignirent de sorte que tout ce qu’il restait pour m’aider à me diriger, c’étaient la lune et de rares éclairs qui devinrent, par « chance », de plus en plus fréquents. Régulièrement, je criais des jurons que personne n’entendait. J’ai même fini par lever la tête au ciel et gueuler, à pleins poumons, FUCK YOU! Oui oui, j’en étais rendu à envoyer promener le CIEL!
Mais un moment donné, j’ai aperçu le point de repère qui m’indiquait que j’avais atteint ma destination! Oui oui, c’était là, tout concordait. Il me suffisait de tourner à gauche, m’engager sur la rue, et marcher un peu. La maison en briques brunes avec la voiture orange était bien là. « Jimmy ne sera même pas là! » me rappela une nouvelle fois la voix intérieure de ma mère. « Tu vas faire tout ça pour rien et être déprimé encore plus » ajouta la voix intérieure de mon père.
Sans me laisser démonter, ne pouvant tout simplement pas rebrousser chemin rendu si près du but, je gravis les marches menant à la porte, et frappai trois coups. Pas de réponse. Je frappai encore, toujours pas de réponse. Au moment où je m’apprêtais à poser mon stock sur le balcon et tourner les talons, la porte s’ouvrit.
- Aye salut Marc! m’accueillit Jimmy, tout heureux de me voir. Qu’est-ce qui t’amène ici?
- J’suis v’nu rendre à César ce qui appartient à César, répondis-je, avant de tendre à mon ancien ami l’étui contenant le saxophone mourant ou qui n’a jamais très bien fonctionné, ouvrant mon petit sac (que je ne voulais pas donner) pour en étaler le contenu sur une petite table qu’il y avait près de la porte.
- Mais voyons donc! Qu’est-ce que tu fais là?
- Dieu m’a dit de venir, pour faire ça, pour être libéré, et être purifié par cet acte et par la pluie.
- My god! T’as marché d’puis chez toi??? s’étonna Jimmy, en constatant à quel point j’étais trempé.
- Oui, répondis-je simplement, avant d’esquisser le geste de tourner les talons.
- Mais voyons! Entre pour te sécher un peu!
C’est là que j’ai constaté à quel point j’étais trempé. Mes vêtements étaient rendus lourds et chaque fois que je bougeais, il gouttait plein d’eau. Je n’étais pas certain que je réussirais à marcher comme ça jusqu’à chez moi. C’était à un point tel que Jimmy retourna à l’intérieur, revint avec un panier et me demanda d’enlever tout ce que je pouvais enlever et le mettre dedans. La chose faite, il ne me restait que les sous-vêtements eux aussi trempés. Jimmy m’a tendu une serviette que j’ai amenée avec moi dans la salle de bain, j’ai enlevé mes sous-vêtements, les ai tordus au-dessus de la baignoire et puis enroulé la serviette autour de ma taille.
Jimmy et moi on a tordu mes autres vêtements et on les a mis dans la sécheuse. On a ensuite essayé de faire sécher mes souliers avec un séchoir à cheveux, ce qui a eu un succès relatif mais au moins c’était moins trempé.
Pendant que mes vêtements séchaient dans la sécheuse de Jimmy, j’ai dû le supporter, l’écoutant me supplier de le pardonner, qu’il ne le ferait plus, ne remettrait plus le feu chez moi, qu’il n’a pas fait exprès, etc. J’ai tenté de dévier la conversation en lui parlant de mon robot détraqué. Lui était persuadé savoir quoi faire pour le robot, ce dont je doutais. Le saxophone était fini, la pluie l’ayant tué. Mais l’harmonica, Jimmy trouva un moyen de la sauver! Elle sonnait bien après, je n’ai pas tout à fait compris ce qu’il a fait.
Mes vêtements séchés, je les ai remis et c’était très agréable comme sensation de ne plus porter des trucs trempés. On a continué de jaser, je me suis rendu compte que ça faisait du bien le revoir et on a décidé de garder contact. Il m’a ramené chez moi en voiture et sur le trajet de retour, la pluie a semblé quadrupler en intensité et il y a eu de la grêle. Jimmy m’avait sauvé de tout ça et je ne pouvais que lui en être reconnaissant.
C’est ainsi qu’en espérant enfin tourner la page avec Jimmy par ce pèlerinage de la rédemption aussi improvisé que ridicule, j’avais fait exactement le contraire, amorçant un nouveau chapitre d’une saga qui me laissait trop souvent exaspéré, déprimé, furieux, désillusionné, pour quelques rares mais précieux moments de joie. Seul l’avenir dira si ce sera bon ou mauvais, mais tous à l’exception de Jimmy et Marc semblaient penser que ce sera mauvais.
Cette histoire montre à quel point il est important d’agir avec jugement, comprendre ce que l’on fait, surtout quand on pense que Dieu nous a demandé de faire ceci ou cela. Le Seigneur ne nous a pas doté du libre arbitre pour qu’on fasse bêtement ce qu’on nous dit de faire, même si on nous dit que c’est Dieu qui a dit de faire ça. C’est à nous d’exercer notre jugement, notre logique, pour évaluer si une action est bonne pour nous et les autres ou pas.
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La montagne
Pourquoi donc ai-je choisi de partir seul escalader cette montagne plutôt qu’aller avec mon frère dans la vallée où nous attendait une fête fabuleuse avec des mets somptueux et de la musique charmeuse? Absorbé par mes pensées et des tâches futiles génératrices de labeur artificiel, j’ai complètement oublié de parler à mon frère, lui demander s’il allait dans la vallée, si je pourrais me joindre à lui. C’est seulement trop tard, tandis que je gravissais la montagne, que j’ai su où allait mon frère. J’espérais qu’au sommet de la montagne, je trouverais quelque chose pour apaiser mon esprit, le rendre plus résistant à la pression externe et en améliorer sa structure pour qu’il génère moins, voire plus du tout, de pression interne. Absorbé par cet objectif, j’en oubliai de penser à parler à mon frère à propos de la fête. Je trouvais ça triste, mais peut-être en haut, quelque chose qui en vaut la peine compenserait cette déception.
Pendant des jours, je dus affronter une chaleur suffocante qui alternait avec un froid mordant rendant le sommeil difficile. J’ai plusieurs fois pensé abandonner, mais après plusieurs jours d’escalade, valait mieux atteindre le sommet plutôt que redescendre bredouille.
Un moment donné, j’ai atteint le sommet de la montagne et n’y ai trouvé là que l’épuisement et un grand lac. Sur la berge du lac, il y avait plusieurs galets. Ne sachant plus que faire et voulant faire au moins quelque chose, j’ai pris un galet et l’ai lancé dans le lac. Il en résulta un clapotis, des cercles concentriques se formèrent dans l’eau et puis ce fut tout. Je pris un autre galet que je lançai, espérant un autre résultat. Plouc! Et ce fut tout. C’est avec tristesse que j’ai constaté que ça n’irait pas plus loin que ça; j’avais escaladé cette montagne pour rien. La montagne, même en son sommet, n’avait rien d’autre à m’offrir que ce lac.
Épuisé par l’effort d’escalade et par la vanité de tout ce que je fais depuis des années, je m’effondrai au sol, me prenant la tête entre les mains. Pourquoi est-ce que je me fais avoir tout le temps? Pourquoi est-ce que ça finit que tout ce que je fais est pour rien? Je pensai à mon frère, dans la vallée, qui devait avoir bien du plaisir, tandis que moi, je galérais comme un porc pour absolument rien.
Ne pouvant ni trouver mieux, ni trouver le courage d’entreprendre la longue et futile descente, et pas encore assez désespéré pour me jeter en bas de la pente et en finir avec tout ça, je pris une roche au sol et la lançai dans le lac. J’en pris une autre, puis une autre, puis une autre, jusqu’à avoir du mal à trouver de nouvelles roches. Pour aller plus loin, il me faudrait pensai-je me déshabiller, me jeter à l’eau, aller chercher les roches déjà lancées, et les lancer à nouveau. C’était aussi sans dessein que voler une offrande laissée au temple pour l’y remettre, en disant, tiens voici mon offrande. Ouin…
- Relève-toi, vaillant guerrier, me dit une voix en provenance du lac.
- Quoi? Qui?
- Je suis l’esprit du lac. J’ai senti ton désarroi. Tu es venu ici en espérant quelque chose qui n’y est pas et maintenant sans cette chose, tu n’as pas l’énergie pour repartir.
- Oui c’est ça.
- Mais qu’est-ce que tu as tant besoin pour entreprendre une tâche sans savoir si ça va vraiment t’aider ou pas?
- Ne plus être tout le temps fatigué et déprimé. Mais je finis à chercher un moyen d’aller mieux par faire n’importe quoi et ça me fait aller encore plus mal.
- Si, jeune voyageur, tu étais si fatigué que ça, n’aurais-tu pas échoué dans l’escalade de la montagne?
- C’est vrai.
- Où as-tu trouvé la motivation pour continuer l’escalade?
- Je sais pas. J’espérais trouver de quoi en haut.
- Tu espérais trouver de quoi en haut ou tu voulais occuper ton corps et ton esprit pour oublier ce que tu as laissé en bas?
- La fête dans la vallée, ce serait à cause de ça que je suis déprimé. Je l’ai manquée et pour essayer de ne pas le regretter, j’ai fait n’importe quoi.
- Voilà.
- Que faire maintenant? Redescendre et revenir au même point qu’avant la montée?
- Avant de redescendre, parce que oui tu as raison il te faudra redescendre, prends le temps de regarder ce qu’il y a ici, en haut, pour ne pas regretter d’avoir manqué quelque chose et vouloir revenir. Regarde, observe, ressens, imprègne-toi de la magie de ce lieu, et ensuite ramène avec toi ce que tu es venu chercher, peu importe ce que c’est.
- Merci, esprit de la montagne. Je vais faire cela.
J’ai passé plusieurs heures au bord du lac à observer l’eau limpide, j’ai enlevé mes souliers et mes chaussettes pour m’y tremper les pieds, j’ai humé l’air frais et pur, j’ai écouté le son des clapotis de l’eau, des grenouilles qui sautaient, du vent, des oiseaux. Et puis j’ai compris ce qu’il fallait faire.
Plein d’espoir, je suis redescendu de la montagne. Arrivé en bas, plusieurs jours plus tard, je savais qu’il était trop tard pour la vallée; je ne tentai pas de m’y rendre. Je retournai à mes occupations et oubliai ce que j’étais allé chercher à la montagne, revenant effectivement au même état initial où j’étais avant cette futile ascension.
Mais le souvenir de la montagne était là, en moi, n’attendant qu’un instant de calme et de lucidité pour refaire surface.