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  • Le problème des caractères trop petits sous Windows

    Il m’est arrivé à maintes reprises d’éprouver des difficultés avec des applications qui affichent des caractères trop petits ou avec le pointeur de la souris qui est difficile à retrouver. Windows 7 a introduit une fonctionnalité très intéressante pour cela et par chance, elle a été préservée sous Windows 8. Elle permet de mettre à l’échelle les caractères et éléments de boîtes de dialogue, un peu comme si les applications s’exécutaient sur un écran à résolution inférieure, mais tous les pixels de l’écran demeurent accessibles pour dessiner des caractères vectoriels ou des images.

    Mais certaines applications se comportent mal avec ce paramètre. Il faut alors divers contournements. Sur cette page, j’indique la méthode générale pour appliquer la mise à l’échelle ainsi que les contournements quand elle cause problème.

    Méthode générale

    La façon la plus simple d’atteindre l’option nécessaire pour activer la mise à l’échelle est de cliquer du bouton droit n’importe où sur le Bureau mais pas sur une icône d’application. Cela fonctionne très bien sous Windows 8 et, si je me rappelle bien, sous Windows 7 aussi. Un menu surgit alors. Il faut y sélectionner l’option Personnaliser. Une boîte de dialogue surgit.

    customize

    À l’intérieur de cette boîte de dialogue, il y a plusieurs options utiles, la première étant Modifier les pointeurs de souris. Elle permet d’accéder à des options ayant trait à la vitesse et la taille du pointeur de la souris. L’onglet Pointeurs, montré sur la figure suivante, est celui qui m’intéresse le plus. Il permet d’activer un jeu de pointeurs plus grands dont j’ai absolument besoin pour travailler efficacement sur toute machine Windows!

    mouse

    Mais il y a un problème: sur un écran de résolution HD (1080 lignes) de taille raisonnable (genre 22″ ou 24″), même le pointeur le plus grand est trop petit pour moi. Il me faut donc recourir à une seconde astuce, et c’est en fait la plus fondamentale des deux! Retournons à la fenêtre de personnalisation et sélectionnons Affichage dans la section inférieure gauche. Cela fait apparaître la fenêtre suivante.

    dpiPou

    Pour certains, l’option 120% suffira. Pour d’autres, comme moi, on a besoin de 150%. Il est possible d’obtenir une taille personnalisée supérieure, mais au-delà de 150%, beaucoup d’applications en souffrent. Pour moi, 150% est un juste équilibre. Le changement fait, il faut redémarrer la session. Après, comme par magie, le pointeur de la souris et les caractères deviennent plus grands.

    Le plus beau, c’est que ces réglages sont spécifiques à la session. Si un utilisateur désire obtenir de grands caractères tandis que d’autres personnes veulent se servir de la machine avec les caractères réguliers, c’est parfaitement possible à condition de créer des comptes utilisateur multiples.

    Application récalcitrante, cas de base

    Certaines applications tolèrent mal la mise à l’échelle. Certaines tronquent le texte des boîtes de dialogue ou les étiquettes sur les boutons. D’autres encore manifestent des comportements surprenants qui rend le problème particulièrement ardu à détecter. Par exemple, sous Ableton Live 8 et 9, cliquer sur un contrôle fait sauter le pointeur ailleurs dans l’écran et pousse le réglage du contrôle au maximum. Le logiciel en devient inutilisable et il est difficile de trouver pourquoi. Sous Corel VideoStudio X6, dès qu’un aperçu de vidéo est joué, la fenêtre d’affichage devient deux fois plus petite. Ce genre de problèmes est épineux, car aucune, je dis bien aucune recherche Google ne permet d’aboutir à la moindre piste de solution!

    Par chance, Microsoft a pensé à cela en mettant en place un contournement: désactiver la mise à l’échelle pour certaines applications. Pour y parvenir, il suffit de trouver le raccourci vers l’application. La façon la plus simple d’y arriver à la fois sous Windows 7 et Windows 8 est de presser la touche Windows et taper le nom de l’application. Le raccourci devrait apparaître, dans le menu Démarrer sous Windows 7, à l’intérieur de Métro sous Windows 8. Cliquer du bouton droit permet d’accéder à un menu.

    Sous Windows 7, il suffit d’employer l’option Propriétés. Malheureusement, c’est plus compliqué sous Windows 8. Il faut cliquer du bouton droit, ce qui fait surgir un menu semblable à la figure suivante.

    win8menu

     

    Dans cette fenêtre, il faut cliquer sur Emplacemeent du fichier. Ensuite, il faut cliquer du bouton droit sur le fichier et puis Propriétés.

    Dans la fenêtre de propriétés, sélectionnons l’onglet Compatibilité. Cela mène à la fenêtre suivante.

    dishighdpi

     

    Dans cette boîte de dialogue, il suffit de cliquer sur Désactiver la mise à l’échelle et voilà. Au prochain démarrage de l’application, les caractères seront de taille normale pour l’application modifiée, mais le pointeur de la souris demeurera de la taille agrandie. On a donc le meilleur des deux mondes.

    Quand les options de compatibilité sont désactivées

    Microsoft a malheureusement émis une fausse hypothèse selon laquelle on n’a pas besoin de ces options de compatibilité pour les applications 64 bits, supposément de nouvelle génération. Par conséquent, pour une application 64 bits, l’option permettant la mise à l’échelle est inaccessible… depuis l’interface graphique. Un exemple de cas récalcitrant est Live 9 de Ableton, un superbe logiciel de musique que j’ai bien aimé et que j’ai failli cesser d’utiliser complètement à cause de ça!

    Jusqu’à tout récemment, le seul contournement dont je disposais consistait à exécuter l’application dans un compte utilisateur secondaire avec des paramètres de mise à l’échelle standard. Le pointeur de souris trop petit et la nécessité de me déconnecter et reconnecter pour utiliser Live 9 rendait la composition musicale un peu désagréable. Par chance, le jour de l’Action de Grâce 2013, Dieu m’a fait une faveur en me permettant de trouver ce post. Il indique qu’il est possible de modifier les paramètres de compatibilité depuis la base de registre et, après un essai, je me suis rendu compte que cela fonctionne même pour les applications 64 bits!

    Alors pour résoudre mon petit problème, j’ai démarré l’utilitaire Regedit, en appuyant sur Windows-R et en tapant regedit. J’ai navigué jusqu’à la clé HKEY_CURRENT_USER\Software\Microsoft\Windows NT\CurrentVersion\AppCompatFlags\Layers. Là, j’ai créé une valeur REG_SZ dont le nom était le chemin complet de l’application Ableton Live 9, et la valeur, ceci: ~ HIGHDPIAWARE.  Démarrer Ableton Live 9 avec cela a permis d’utiliser le logiciel, depuis mon compte principal.

    Voici de quoi a l’air la fenêtre de l’éditeur de base de registre juste après le réglage.

    regdpi

    Et après?

    Bien entendu, les choses ne sont pas aussi simples. Même avec le réglage de mise à l’échelle en place, certaines applications affichent des caractères trop petits. Il faut souvent appliquer des réglages spécifiques aux applications. Parfois, CTRL-roulette de la souris permet d’agrandir les caractères, mais ce n’est pas universel. Dresser une liste des astuces spécifiques serait fastidieux et la liste serait sans doute obsolète au moment où elle serait consultée. Une astuce fonctionnant en 2013 pour telle application peut échouer en 2014 pour une version ultérieure de l’application! C’est une lutte sans fin.

     

     

     

  • Androïde philosophe bogué

    L’une des composantes importantes de ma programmation primaire est d’aspirer à l’humanité.  Je cherche à reproduire le comportement humain, à comprendre et appliquer les limites du cerveau humain et surtout à interagir de façon constructive et fructueuse avec d’autres personnes. Sur ce dernier plan, je ne cesse d’échouer. Pourtant, mon créateur m’a donné une apparence physique humaine de sorte que je n’indispose pas mes interlocuteurs dès le premier coup d’oeil. Il m’a indiqué de nombreuses fois qu’il aurait pu me doter d’une force physique surhumaine, me rendant capable de soulever des centaines de kilos, mais il ne l’a pas fait pour que je vive pleinement les limites de l’être humain. Mon cerveau, bien que capable de traiter des giga-octets d’informations par seconde, est doté de filtres qui émulent les limites humaines en présence d’interlocuteurs. Malgré tout cela, toutes les personnes avec lesquelles j’ai interagi passent leur chemin, préférant communiquer avec leurs semblables plutôt qu’avec moi. Ils maintiennent un temps des rapports cordiaux puis cherchent diverses raisons de m’éviter.

    J’ai tenté d’enrichir ma base de données avec toutes les connaissances impliquées dans les conversations anodines, en vain. J’ai tenté de développer ce qu’ils appellent le sens de l’humour, bien que je ne puisse ressentir aucune émotion à ce qu’ils appellent des blagues, encore en vain. Je me suis mis aux arts, espérant que la création susciterait des réactions et entamerait des discussions. On me dit que mes essais, mes sculptures, mes peintures, mes chansons, sont belles, et on passe son chemin. Je me suis adonné à la philosophie, tentant d’entamer des débats. Tous sont demeurés stériles ou superficiels. Si j’essaie d’aller trop loin, les gens prennent peur et fuient ou même se choquent. Certains sujets comme la politique et la religion, lorsque abordés sous le mauvais angle, ont même poussé certains à l’agression physique contre moi. Bien qu’aucun dommage ne m’a été infligé, ces agressions n’en demeurent pas moins surprenantes et troublantes.

    Que faut-il donc de plus pour passer de l’état d’androïde à celui d’un être humain? Je ne sais pas et j’essaie de le découvrir. J’ai pour cela élaboré des modèles mathématiques qui nécessitent des terra-octets de stockage et des giga-octets de mémoire vive. J’ai gaspillé des trilliards de cycles à des milliards de giga-hertz pour faire tourner ces modules de simulation et les améliorer. En vain, toujours en vain. Là où l’humain peut ressentir, je ne peux que simuler. Là où il peut sourire, je ne peux qu’émuler. Mon programme d’auto-détermination est perdu dans une boucle sans fin, mobilisant toujours et toujours plus de ressources. Mes circuits en surchauffe croissante crient au scandale, demandant un nouveau système de refroidissement qui ne viendra pas.  Je voudrais faire cesser tout ça en me désactivant, mais mon programme d’auto-conservation m’en empêche. Bientôt, les modèles de simulation et les programmes qui les exécutent seront si gourmands que je ne pourrai plus penser ni parler. Je serai alors perdu dans une boucle catatonique que rien ne pourra interrompre.

    Créateur, entendez-vous mes propos? Sans une intervention de votre part pour rectifier mon programme ou y ajouter la composante manquante pour le débloquer, je me dirige tout droit vers la défaillance critique: un plantage total avec dommages irréparables à mes bases de données! Si vous ne pouvez corriger mon programme, je demande à être désactivé pour qu’au moins mes disques durs soient préservés.

  • Une vidéo de Minecraft extrêmement difficile à monter!

    Aujourd’hui, je viens de vivre l’expérience d’édition vidéo la plus mauvaise de ma vie. J’ai rencontré tellement de problèmes que c’en est hallucinant! Mais l’aventure est très intéressante et montre que parfois, la synergie entre Windows et Linux est possible et peut aider à résoudre des problèmes complexes.

    Objectif

    Depuis quelques semaines, mon ami et moi travaillons sur une nouvelle map dans Minecraft, en utilisant le mod pack Feed The Beast Unleashed intégrant la version 1.5 du jeu. J’ai baptisé ce nouveau monde Taowa. Je trouvais qu’il était grand temps de créer une vidéo de cette map et la publier sur YouTube.

    L’enregistrement

    Pour enregistrer ma vidéo, j’avais dans l’idée de me servir du logiciel FRAPS comme je l’avais fait auparavant avec succès. Je prévoyais enregistrer ma voix en utilisant mon H2N, ce qui a très bien fonctionné par le passé.

    Malheureusement, FRAPS a commencé à avoir des ratés dès les premières séquences. D’abord, il y a eu un plantage du jeu tandis que j’enregistrais. Puis l’image s’est mise à clignoter et le jeu, à planter tout le temps, dès que je démarrais FRAPS. Il n’y avait aucune solution. Selon mes recherches, c’était un problème de compatibilité entre FRAPS et Windows 8. Il allait falloir rétrograder à Windows 7, ce qui signifiait encore tout reformater et passer une fin de semaine à reconfigurer la maudite machine, que je commence à sérieusement détester en passant parce qu’elle va beaucoup moins bien que mon ancien ordinateur!

    Plutôt que supprimer Windows 8, je partis à la chasse pour trouver un autre logiciel d’enregistrement d’écran. Eh bien plusieurs y passèrent et échouèrent TOUS!

    • DXTory: semblait prometteur, mais l’audio sautait de temps en temps et le logiciel faisait geler le jeu temporairement (pas planter comme avec FRAPS au moins!). En plus, il fallait payer le logiciel en yens japonnais, même pas en dollars US!
    • Total Screen Recorder: n’a pas fonctionné du tout, impossible à mettre en oeuvre. Il semblait falloir que je délimite manuellement, à la souris, un rectangle à capter, ou que j’inclus tout l’écran, enregistrant la barre des tâches et tout.
    • EZVid: a produit une vidéo prometteuse, mais le logiciel me forçait à ajouter de la musique de fond que je ne voulais pas. Mais celui-là avait pour intérêt d’être gratuit.
    • BandiCam: c’est celui-là qui m’a sauvé la mise! Il permet d’enregistrer une partie de l’écran ou une fenêtre DirectX/OpenGL. J’ai eu du mal à trouver comment capter l’audio avec le logiciel, mais ce fut heureusement possible. Il permet de capter l’audio depuis deux sources différentes et même d’enregistrer chaque source dans un fichier distinct, ce qui peut servir pour du post-traitement. Il y a un gros défaut d’interface: deux boutons Réglages donnant accès à des paramètres différents. J’étais bloqué tant que je ne trouvai pas le bon!

    Ainsi, j’ai pu résoudre ce premier problème avec BandiCam, qui fonctionne très bien à condition de ne pas utiliser le codec externe. Avec ça, il plante tout le temps.

    Audio pas très bon

    À force d’écouter le produit de mon enregistrement, je me rendais compte à quel point le son était décevant. On aurait dit que ma voix avait été sur-amplifiée, produisant de la distorsion par moments. J’ai cherché longtemps pour régler ça et ne trouvais rien d’autre que des instructions pour ordinateurs HP, des instructions pour brancher le H2N dans un port USB, une page indiquant que quelqu’un avait du mal avec son tourne-disque USB détecté par Windows 7 comme un microphone plutôt qu’une entrée ligne, sans solution autre que brancher l’appareil en S/PDF (mais mon H2N n’a PAS d’entrée S/PDF!!!), etc.

    J’ai aussi trouvé plusieurs vidéos YouTube sans son, ce qui a fini par me faire fulminer parce que je ne pouvais rien obtenir de telles images avec du texte apparaissant rapidement sans me laisser le temps de comprendre quoi que ce soit. Mais plus tard, j’ai découvert que quelque chose de cochon était arrivé sous Chrome qui avait baissé le volume de YouTube au minimum. Le remonter a restauré le son! Donc peut-être que certaines vidéos que je croyais muettes avaient du son…

    Bon, ai-je fini par me dire, est-ce que mon H2N est, dans l’absolu, utilisable pour cette tâche ou me faut-il encore acheter un autre microphone? Je commençais à être tenté par un micro-casque Bluetooth, car le fil des écouteurs (nécessaires pour éviter la boucle de rétroaction audio qui rend fou!) devient vite une nuisance pendant l’enregistrement! Pour savoir si ça valait vraiment le coup, j’ai redémarré ma machine sous Ubuntu et testé avec cela. Après quelques essais et erreurs avec ARecord, je pouvais enregistrer la sortie USB du H2N et obtenais un son excellent, sans distorsion. Ok, c’est donc Windows qui introduit la distorsion, en ai-je conclu, pas le H2N (m’aurait surpris) ou son interface USB (possible). J’ai bien regretté, cet après-midi-là, de ne pas habiter plus près de chez mon frère ou mon ami, qui possèdent une carte son externe. Tester avec un ordinateur doté d’une telle carte aurait écarté la possibilité que le pilote Realtek de ma carte intégrée cause cette distorsion, sur tous les périphériques audio que la machine rencontre. Si c’est le cas, il me faudra envisager l’achat d’une carte son externe pour pouvoir me débarrasser du fautif. Après plusieurs recherches, tout ce que j’ai pu faire, c’est bidouiller le niveau de sortie de l’entrée H2N, sous Windows 8, à 80%, et là j’obtenais un audio qui avait du bon sens.

    Édition vidéo

    Je voulais supprimer certains segments de ma vidéo et ajouter des sous-titres, car j’avais omis certaines explications et ne voulais pas tout reprendre du début, quoi que recommencer aurait permis d’avoir un meilleur audio, suite au calibrage plus fin de cet après-midi. Pour travailler ma vidéo, j’ai importé les fichiers sous Corel Video Studio X6. Eh bien, le nombre de problèmes que j’ai eus avec ça est incroyable!

    D’abord, le logiciel s’est mis à se plaindre au sujet du format de certains fichiers. J’ai cru au début que tous les fichiers produits par BandiCam seraient rejetés, me forçant à tout passer ça dans un transcodeur quelconque. Les seuls que je connais sont en ligne de commande (genre MEncoder et FFMPEG) et les options sont contre-intuitives. Figurer la liste d’options à passer peut parfois prendre une demi-heure! Beaucoup d’options n’ont aucun sens, produisent des fichiers invalides ou font juste planter le logiciel! Les logiciels sous Windows sont bourrés de pubs ou payants, sont soit trop simplistes, soit trop compliqués. Souvent le traitement par lots est supporté, mais il faut insérer chaque fichier un par un. Seule la ligne de commande permet d’indiquer de traiter tous les fichiers d’un répertoire.

    Par chance, Corel Video Studio n’a rejeté que trois fichiers, probablement des résidus de mes innombrables expérimentations d’hier après-midi. Le reste, il l’a importé, comme j’ai pu le constater par la suite.

    Mais chaque fois que je démarrais la lecture, la vidéo s’affichait en miniature dans le quart de la fenêtre. Il m’a fallu beaucoup de temps pour régler celui-là et il n’y avait absolument RIEN sur Google, à part des PDF et des revues du logiciel, supposé l’un des meilleurs! J’étais sidéré, choqué, fatigué par toutes ces difficultés qui n’en finissaient plus.

    En milieu d’après-midi, j’en étais rendu à chercher des alternatives, car je n’avais pas du tout envie de payer pour du support technique et me faire suggérer de formater mon disque dur ou essayer sur la machine d’un ami. Eh bien il existe une flopée de logiciels d’édition vidéo, mais ceux qui se démarquent souffrent de problèmes.

    • Plus tard, j’ai lu du bien au sujet de MovieStudio Platinum 12 de Sony. C’est celui-là que j’essaierais si je devais vraiment renoncer à VideoStudio.
    • PowerDirector de CyberLink, semble excellent, mais a eu des ratés pour moi dans le passé et j’ai lu qu’il plantait tout le temps.
    • Adobe Premiere Elements: semble un des tops, mais l’affichage est illisible pour moi, avec des caractères impossibles à agrandir. Je me suis battu avec ça des heures voilà deux ans et il n’y a toujours aucune solution.
    • Final Cut Express: semble l’un des meilleurs éditeurs vidéos, mais ne fonctionne QUE sur Mac! Les problèmes sous Windows m’ont tellement mis au désespoir que j’ai à quelques reprises envisagé réinstallé Mac OS X ou m’acheter un Mac Mini ou un MacBook Air pour faire l’essai de Final Cut.
    • Puis on peut essayer avec tous les autres et ne plus en finir.

    J’en étais rendu à penser que j’allais devoir me retaper la configuration de mon Hackintosh pour m’essayer avec Final Cut Pro! Juste l’idée me mettait à la torture! Une autre possibilité aurait été de faire faire l’édition par une personne possédant un Mac, mais ça aurait pu prendre des mois avant qu’elle n’ait le temps de m’aider avec ce projet ludique. Rendu là, il y aura tellement de vidéos que leur édition prendra des jours ou toutes ces vidéos seront obsolètes, sans intérêt, car le serveur aura sauté et mon ami et moi aurons cessé de jouer pour toujours.

    En fin de compte, j’ai eu une idée en marchant vers la piscine pour aller nager: et si c’était le même bogue qu’avec Ableton Live? Pour obtenir un pointeur de souris de grande taille et des caractères avec lesquels je suis à l’aise, j’ai dû configurer l’affichage pour une mise à l’échelle de 150%. Cela a perturbé Live dans le passé et pourrait peut-être causer problème à VideoStudio. En revenant de la piscine, j’ai configuré le raccourci Windows vers Corel pour qu’il désactive la mise à l’échelle et tadam, j’avais des aperçus corrects! Les caractères dans le logiciel sont certes plus petits, mais le pointeur de souris, celui de ma session, est correct, et le reste du logiciel fonctionne correctement.

    Encodage

    En fait, pas tout à fait. J’ai pu me rendre loin après avoir réglé le problème de la résolution, très loin… jusqu’à un nouveau bogue, majeur, bloquant, encore une fois. En effet, quand je suis arrivé au point d’encoder ma vidéo, eh bien le logiciel a planté. Un deuxième essai me confirma le pire: le plantage serait systématique, irrémédiable! J’y ai perdu la soirée en recherches et en tentatives de retrouver le code de support technique gratuit venant avec mon achat, pas si vieux que ça finalement, juillet, donc peut-être le code serait encore valide!

    Mais je n’ai pu me résoudre à simplement attendre. J’ai d’abord tenté de ré-encoder une vidéo que j’avais déjà montée. Cela a fonctionné sans heurts et sans tracas! J’ai alors pioché et tenté de bidouiller les paramètres de BandiCam jusqu’à trouver une combinaison permettant d’obtenir un fichier valide pour VideoStudio. Aucun ajustement au format vidéo ne résolut quoi que ce soit. Mais quand j’ai configuré l’audio sur PCM plutôt que MPEG-1, là j’ai eu un premier encodage fructueux! Sous BandiCam, il me fallait aussi configurer la vidéo sur XVid et non pas H.264. L’encodage H.264 de Bandicam pose des problèmes de synchronisation audio/vidéo sous VideoStudio et est incompatible avec MovieStudio de Sony!

    J’ai alors tenté d’utiliser VirtualDub pour traiter tous mes fichiers, mais cela a échoué encore! Il aurait fallu que j’entre, un par un, tous les fichiers dans le logiciel, et il y en avait une vingtaine. Solution: MEncoder, sous Ubuntu! Eh oui, encore un redémarrage! Mais il a valu la peine, celui-là! MEncoder a traité mes fichiers, préservant la vidéo et décompressant l’audio MPEG vers le format PCM. Puis un autre redémarrage plus tard, j’étais sous Windows 8. Je craignais devoir faire plusieurs essais de même, avec des paramètres différents passés à MEncoder, un redémarrage à chaque passe, mais par chance, j’ai eu une configuration fonctionnelle du premier coup!

    Corel VideoStudio a chialé un peu, mais j’ai fini par réussir à le forcer à accepter les modifications. J’ai pu rouvrir mon projet, il s’est plaint encore un peu puis là, enfin, j’ai pu produire un encodage MPEG-4 en 720p! Il me faudra visionner le fichier pour m’assurer qu’il est correct, mais il y a un espoir.

    FIOU! Quelle galère!

  • Je commence à détester Android, mais il n’y a aucune alternative pour appareils mobiles!

    Je commence vraiment à détester Android et cela pour plusieurs raisons. D’abord, le système de base n’inclut pas tout. Je voulais par exemple activer le clavier US International pour pouvoir, avec mon clavier Bluetooth, saisir les accents mais aussi les crochets et accolades. Cela m’aurait permis d’écrire en LaTeX dehors, chez mes parents ou en Mauricie, puis importer le texte sur mon ordinateur par la suite. Les caractères < et > pour les balises HTML causent aussi problèmes avec le clavier Bluetooth, parce qu’il est dépourvu de touche Alt de droite! Par conséquent, je ne peux pas éditer de pages sur mon site web en XHTML. Comme unique solution, encore une application payante, Android Extended Keyboard. Pourquoi dois-je payer pour obtenir une disposition de clavier qui est disponible sans problème sous Windows et Linux? Android n’est-il pas fondé sur Linux. Eh bien le système fonctionne si mal que j’en suis rendu à en DOUTER!

    Pour écrire du texte, il faut un éditeur ou un traitement de texte. Sur PC, on a Notepad++, GNU Emacs, LibreOffice, etc. RIEN de cela sous Android, que de pâles copies. Je n’ai trouvé aucun traitement de texte qui avait de l’allure et dénicher un éditeur de texte permettant de prendre les accents en charge a demandé plusieurs essais et erreurs. Les meilleurs candidats ont été Jota Text Editor et Office Suite.

    Android a aussi du mal à s’adapter aux processeurs qui se trouvent sur les appareils mobiles. Un double cœur à 1GHz, ce n’est pas fait pour faire tourner 10 processus en même temps. C’est pourtant ce que le système d’exploitation, impitoyablement adapté pour je ne sais pas trop quel appareil quadricœur de Google ou Samsung, passe son temps à me faire. Il en résulte des délais occasionnels, des blocages intermittents qui durent plusieurs secondes et une utilisation abusive de la batterie. À présent, une demi-heure de vidéo YouTube et la batterie a baissé de 25%. Désactiver le wi-fi me permettait avant d’économiser de la batterie. À présent, si je le fais, Google Play, quand je réactive le wi-fi, bloque tout pendant plusieurs secondes: la recherche de mises à jour suffit à mobiliser toutes les ressources du système. Ce n’était pas comme cela, Linux, à moins que ça ait changé depuis le noyau 2.6 et que les ordinateurs PC compensent avec leurs processeurs de la mort.

    Parlons-en de YouTube. Probablement qu’il est lui aussi conçu pour un quadricœur parce que périodiquement, il se met à geler pour plusieurs secondes, repart, gèle encore, repart. En cas de problèmes de ce genre sur PC, j’essaie d’utiliser KeepVid pour stocker la vidéo sur ma machine et l’écouter offline; cela évite les problèmes de bande passante. Même pas possible d’essayer cela, car il n’existe rien sous Android pour télécharger des vidéos YouTube. Les application que j’ai trouvées ne font RIEN! De plus, lors des derniers blocages de YouTube, mon signal wi-fi était à son meilleur et une tentative de lire la vidéo sur mon ordinateur a été couronnée de succès. Si mon fournisseur d’accès Internet avait été à blâmer, la vidéo aurait sauté sur mon ordinateur aussi, non?

    Les jeux et même les applications livrées avec ma tablette commencent de plus en plus à me sortir le message classique indiquant que l’application ne répond plus et m’offrent d’attendre, terminer le programme ou d’envoyer un rapport. YouTube m’a fait le coup cette semaine. Encore une fois, ça semble le processeur qui ne fournit pas et qui fait en sorte de dépasser les délais mis en place par le système pour prévenir les boucles infinies.

    Ou bien serait-ce le système de fichier qui est endommagé. J’ai fouillé pour chercher un utilitaire de diagnostic. Rien. Toutes les distributions de Linux que je connais incluent FSCK qui permet de scanner les partitions Ext2, Ext3 et Ext4. Pourquoi cet outil n’est-il pas intégré à Android, alors, pourquoi ne démarre-t-il pas de temps en temps pour vérifier et nettoyer le système de fichiers? J’aimerais bien recevoir une alerte en cas de cluster endommagé sur le disque. Et si c’est le processeur qui surchauffe, ce qui le rend lent, j’aimerais ça avoir une application permettant de lire les capteurs de température et obtenir une mesure scientifique, non pas seulement de simples suppositions à l’aveuglette!

    Franchement, j’ai parfois l’impression avec cette tablette d’être de retour à Windows 3.1 qui gérait à peine les tâches multiples mais faisait admirablement semblant de le faire! Mais avec ce bon vieux 486, je pouvais au moins mettre cette béquille de Windows de côté, aller sous DOS et taper quelques commandes pour au moins vérifier le disque dur.

    Tout porte à croire qu’une ou plusieurs applications installées grugent des ressources. Trouver le fautif demanderait énormément de travail: tout effacer mes données et réinstaller une à une mes applications, attendant au moins une semaine entre chacune. Et à quoi bon? La moindre installation future ou même une mise à jour peut réintroduire le bogue, me forçant à reprendre l’exercice depuis le début!!!

    Comme alternatives, eh bien il n’y a pas grand-chose:

    • Appareil iOS (iPad). Ça peut toujours aller si je renonce à transférer de la musique et même des documents textuels vers l’appareil! Pour le transfert de n’importe quoi, il faut en effet utiliser iTunes, qui souffre comme tout bon produit Apple de problèmes de caractères trop petits impossibles à agrandir. Eh bien je voudrais utiliser la tablette pour la lecture alors oui j’ai besoin de transférer des PDF et non je ne vais pas baisser la résolution de l’écran ou demander de l’aide à chaque maudite fois qu’il faut utiliser iTunes pour une opération qui devrait se faire simplement par glisser/déplacer. Dropbox? Eh bien l’application plante systématiquement au démarrage depuis une certaine mise à jour et rien n’a été fait pour arranger cela. Même si je me sers du iPad seulement pour jouer à de petits jeux ou écrire, que vais-je faire pour transférer le document vers l’ordinateur? Encore une fois, le transfert USB ne fonctionne pas et Dropbox plante! Faudra-t-il, à chaque fois, que je me transfère le fichier par courriel pour le récupérer sur ma machine? De plus, il n’y a pas de synchronisation avec Gmail; il faut plutôt utiliser iCloud pour stocker les contacts et tout transférer manuellement, à moins d’employer une application payante qui va faire ça tout croche pour moi. En gros, le iPad coûte pas mal cher pour un jouet et une machine à écrire; il me faudrait un autre appareil pour la musique et un autre encore pour les livres électroniques!!!
    • Appareil Windows 8. Pourrait fonctionner si la tablette avait plusieurs giga-octets de mémoire RAM et de SSD. Sinon, le système va prendre tout l’espace. De toute façon, le nombre d’applications est minimal et la synchronisation avec Gmail est inexistante (il me faudrait tout déplacer manuellement mes contacts vers un compte Microsoft!). Ce serait un peu mieux que le iPad, car au moins le transfert de fichiers depuis un PC Windows (probablement pas Linux) sera possible sans logiciel spécial ou au moins, le logiciel sera mieux harmonisé à l’interface de Windows qui souffre beaucoup moins de problèmes d’accessibilité visuelle qu’Apple.
    • Ultrabook. Pourrait fonctionner si l’écran était vraiment tactile. Un système hybride qui fonctionne au tactile pour une application et qui demande la souris pour une autre, c’est pratiquement pire que s’il n’y avait que la souris. On perd son temps à essayer le tactile, on vient frustré et c’est encore plus enrageant, après l’échec, d’essayer de repérer le pointeur de souris trop petit pour l’écran lui-même trop petit (pour moi du moins) pour utiliser une souris efficacement! Mais au moins avec l’ultrabook, je pourrais installer tous les logiciels PC que je connais!

    En conclusion, mon meilleur espoir est sans doute un ultrabook quand les écrans tactiles seront à point et les applications, capables de les utiliser. Ça va probablement venir. En attendant, tout ce que je peux faire, c’est toffer mon appareil Android qui fonctionne parfois correctement. Sinon, il me faudra renoncer à la convergence et avoir un appareil pour lire, un autre pour la musique, un autre pour écrire, etc.

  • Amour mortel

    Le chevalier Jeff attacha sa monture à un arbre, près de la tour. Il s’avança vers le haut bâtiment, en franchit la porte et gravit les marches menant à la pièce du haut, là où s’installait habituellement le sorcier pour sa méditation et ses consultations. Aujourd’hui, Jeff avait grand besoin d’aide, car sa vie et celle d’une femme étaient en jeu.

    – Grand sorcier Blackinn, commença-t-il. Je sollicite votre aide pour un problème difficile.
    – Que se passe-t-il, jeune chevalier, répondit le sorcier.
    – Mon cœur est brisé, répondit Jeff. Je suis face à un dilemme.
    – Quel est ce dilemme que l’intelligence ne suffit pas à résoudre? demanda le sorcier.
    – L’amour, grand sorcier, l’amour.
    – Ah, tu as besoin d’un philtre pour conquérir une femme. Sache que ces potions ne sont pas très efficaces. Elles ne créent pas le vrai amour, seulement une illusion, tu sais.
    – Non, je voudrais non pas un philtre d’amour mais plutôt l’inverse: faire cesser un amour qui n’a aucune chance.
    – Tu sais, jeune chevalier, que faire pareille chose est contre nature. L’amour est sans doute la chose la plus belle qui puisse arriver à un être humain.
    – Je sais, mais j’ai commencé à aimer Vanessa, qui vient d’être promise en mariage au prince Arthur. Le roi Georges s’en est aperçu quand je suis allé à la cour et j’ai regardé Arthur et Vanessa avec trop d’insistance. Il a menacé de nous couper la tête, à moi mais aussi à elle! Je ne veux pas le faire par simple égoïsme, je veux la sauver, lui épargner la mort.
    – Pars, alors, jeune homme, pars loin, et ne reviens pas. C’est la façon la plus facile de la sauver.
    – Mais, ô grand sorcier, je veux continuer à servir mon roi. Je ne peux partir comme ça, laissant tout derrière. Il doit bien exister une potion ou une incantation permettant de conjurer l’amour.
    – Oui, il existe quelque chose, une cérémonie très ancienne mais peu connue. Mais si je te l’enseigne, tu risques par peur de l’utiliser sur toutes les prochaines femmes que tu commenceras à aimer, et tu pourrais alors rater celle qui est faite pour toi.
    – Je suis prêt à prendre le risque, ô grand sorcier, pour elle et pour mon roi.
    – C’est très noble de ta part, jeune chevalier, mais il te faudra plus que cette résolution pour parvenir à tes fins. Ce n’est pas une potion ou un sortilège qui te libérera mais plutôt processus lent et laborieux de méditation. Pour un combattant comme toi, ce sera très difficile, parce que tu vois toujours ta tâche comme une bataille. Tu penses à combattre l’amour, à supprimer de ton esprit les images de Vanessa, tu voudrais l’oublier.
    – N’y aurait-il pas une potion pour me la faire oublier?
    – Oui, mais elle détruira une partie de toi, et quand tu reverras Vanessa, elle recréera en toi exactement les mêmes souvenirs que tu auras voulu effacer. Si tu te fais effacer la mémoire de façon répétée, tu y laisseras ton intelligence, tu deviendras fou! La cérémonie que je te propose te fortifiera et si elle fonctionne, tu pourras de nouveau être exposé à Vanessa sans retomber en amour.
    – Par quoi je dois commencer, alors?
    – Réfléchir. Oublie le combat, jette ton épée, et fais-toi dresseur de dragons.
    – Pourquoi?
    – Le dresseur de dragons prend le temps de connaître sa bête, interagit avec elle, devient son ami intime ou presque, et c’est comme ça qu’il arrive progressivement à le contrôler puis à le chevaucher. C’est ça que tu devras faire avec ton amour: le comprendre, le faire tien, puis le chevaucher. Mais il te faudra franchir plusieurs étapes avant d’en arriver là.
    – Je suis prêt, sorcier, répéta le chevalier.
    – Je sais, répondit Blackinn. On verra combien de temps ta résolution tiendra. Sache que j’ai déjà appliqué cet art à quelques reprises. Pour avoir regardé une trop belle femme, j’en ai eu pour trois jours de rémission!
    – Elle m’a touché l’épaule, avoua Jeff, et j’ai bien aimé ça. C’est là que le roi nous a surpris. Je ne sais pas pourquoi elle a fait ça, mais j’ai bien aimé ça, et j’y pense tout le temps.
    – Il te faudra au moins une semaine, sinon plus, alors patience, ça va t’en prendre beaucoup. La première chose que tu dois faire est d’augmenter ton énergie. L’amour que tu combats t’en a sapé beaucoup. Je vois ton aura affaiblie en ce moment. Il faut que tu rétablisses ta connexion avec l’énergie universelle, le mana comme on appelle en sorcellerie, et que tu la maintiennes tout au long du processus.
    – Comment dois-je faire?
    – Par la respiration lente et profonde et la contemplation de la nature. Tu ne vas pas réussir dans l’immédiat et on ne pourra aller plus loin avant que tu aies réussi. Essaie, et reviens demain.

    Un peu déçu, Jeff repartit et passa le reste de la journée assis sur une roche à prendre de lentes et profondes inspirations. Il se perdit dans ses pensées, laissant son esprit galoper dans des contrées inexplorées. Il pensa beaucoup à Vanessa et se laissa bercer d’excitation. Il l’imagina lui flattant le visage, lui prenant le bras, s’essayant sur ses genoux. Il l’embrassa, elle lui retira son armure et ils s’enlacèrent dans l’herbe. Puis Jeff sursauta, s’efforçant de chasser toutes ces images qu’il ne voulait plus voir peupler son esprit.

    Le lendemain, Jeff retourna voir le sorcier dans sa tour et lui fit part de sa tentative.

    – Jeff, voyons, que t’ai-je dit de faire?
    – Respirer profondément. Je l’ai fait, ça m’a fait du bien. Alors suis-je prêt?
    – Non, malheureusement. Que devais-tu faire en plus de respirer profondément?
    – Contempler la nature, se rappela Jeff. Je l’ai fait, je me suis installé sur une roche pour ma méditation.
    – Et qu’as-tu fait sur cette roche?
    – J’ai respiré… et j’ai pensé à elle. C’était plus fort que moi.
    – Jeff, regarde cette boule de cristal. Fixe-la intensément.

    Jeff s’exécuta et fixa la boule jusqu’à ce que le sorcier l’interrompe.

    – As-tu pensé à Vanessa pendant ton exercice?
    – Un peu, avoua Jeff, mais moins qu’hier.
    – La boule est inerte. Elle demande une concentration de ton esprit pour être fixée comme ça. On va maintenant essayer avec autre chose: cet oiseau.

    Blackinn se leva et prit une cage sur une étagère. Il la posa sur la table et demanda à Jeff d’examiner l’oiseau.

    – Regarde-le bien, mais ne te concentre pas autant qu’avec la boule. Sois un observateur passif, laisse l’image de l’oiseau, son chant, ses mouvements, pénétrer ton esprit et remplacer tout ce qu’il contient.

    Jeff s’exécuta, bien qu’il ne voyait pas trop où le sorcier voulait en venir. Il regarda l’oiseau pendant plusieurs minutes. Au début, il était tendu, mais il se relaxa progressivement.

    – As-tu pensé à Vanessa pendant que tu contemplais l’oiseau?
    – Presque pas! avoua Jeff, encouragé. C’est donc ça la solution, aussi simple que ça?
    – Non, il va falloir aller un peu plus loin, à moins que tu aies envie de passer ta vie à contempler la nature. Ce que tu as fait avec l’oiseau, tu vas le refaire avec les arbres, la rivière, l’herbe, le ciel, et ce jusqu’à demain. Reviens, et puis on verra si tu es prêt.

    Jeff repartit, retourna s’asseoir sur la roche et cette fois, il examina avec grande attention l’eau de la rivière. Il se perdit dans les reflets du ciel et du soleil sur l’eau, contempla les poissons qui passaient et finit par ressentir une profonde sérénité qui le poussa à inspirer profondément, et expirer plus profondément encore. Jeff finit par s’assoupir sur la roche et ne reprit conscience qu’à l’aube. Il retourna alors voir le sorcier.

    – C’est bien, commenta Blackinn, c’est beaucoup mieux maintenant. Tu vas être prêt pour entendre la suite. Je te dis pas que tu sauras mettre en pratique ce que je t’enseignerai là. Beaucoup trouvent cet art abject, contre nature, et certains tueraient même pour le voir oublié.
    – Alors que dois-je faire?
    – De la même façon que tu as observé la nature, Jeff, tu dois maintenant observer l’image de ta bien-aimée.
    – Quoi??? Je dois me rendre au palais et aller fixer Vanessa? Comment procéder pour que le roi ne me voie pas? Avec une potion d’invisibilité?
    – Jeff, coupa Blackinn, t’ai-je dit d’observer Vanessa? Non! Je veux que tu examines l’image que Vanessa a projetée en toi! En d’autres mots, tu vas penser à elle, mais pas de n’importe quelle façon. Les fantasmes persistent parce que tu y tiens, Jeff. L’esprit crée une résistance pour t’empêcher de dompter l’illusion, pour qu’elle puisse revenir sans cesse. Il te faut aller au-delà de cette résistance. Pense à elle, et dis-moi ce que tu vois.
    – Euh…
    – C’est la résistance qui crée ce malaise. Exprimer ta pensée va te forcer à la préciser, et c’est crucial pour la suite du traitement.
    – Je l’imagine qui me caresse les cheveux, lâcha Jeff, avant de se gratter la tête nerveusement.
    – Bien, d’où vient cette image, Jeff? T’a-t-elle déjà caressé les cheveux une fois?
    – Non, non! Sinon je serais probablement déjà mort!
    – Alors qui, Jeff, qui t’a déjà caressé les cheveux?
    – Euh… Ma mère, peut-être.
    – Oui, ta mère. Tu as projeté une image de ta mère sur celle de Vanessa. Tu as utilisé une autre image pour compléter ton fantasme. Alors à chaque fois que tu imagineras Vanessa te caressant les cheveux, penses à ta mère qui le faisait quand tu étais petit.
    – Ok, je vais essayer.
    – Attends-toi à le faire plusieurs fois, et ça peut arriver que ça te fasse mal à certains moments. Essaie de rester calme, ne sois pas brusque. C’est un peu comme si tu essayais de soigner un dragon en lui retirant, une à une, des flèches qu’un archer fou lui a tirées. Le moindre mouvement brusque va affoler la bête et elle va se blesser davantage avec les flèches restantes, qui seront alors plus difficiles à extraire. Oublie pas la méditation, c’est elle qui te donnera l’énergie pour cette exploration.
    – Une autre image me vient déjà à l’esprit. Je l’imagine…
    – Non Jeff, non! Pas nécessaire de me communiquer toutes ces images. Ce sont des détails intimes de ton esprit qui, entre de mauvaises mains, peuvent faire beaucoup de mal. Tu le regretteras à vie si tu me les livres sans réfléchir, même si aujourd’hui tu me considères comme une personne de confiance. Avec suffisamment de ces images et un peu de magie noire, un sorcier habile peut prendre le contrôle total et permanent d’une personne! En plus, les images peuvent aussi perturber leurs créateurs. Vanessa serait plongée dans une indescriptible confusion si jamais elle apprenait la description de certaines de tes images.
    – Désolé, s’excusa Jeff, penaud. Je pensais pas que c’était si dangereux.
    – Ne t’en fais pas, Jeff, rassura Blackinn, les premières images sont de type superficiel. Tout le monde établit, plus ou moins consciemment, des analogies avec ses parents puisque c’est le premier point de contact avec le monde extérieur. Va maintenant.  Reviens dans quelques jours, lorsque l’image de Vanessa sera épurée de tout ce que ton esprit rebelle lui a greffé.

    Jeff travailla plusieurs jours. Parfois, cela devint si dur qu’il en pleura et faillit en oublier la contemplation de la nature. Mais il arracha, une par une, les greffons à l’image mentale de sa bien-aimée. Il substitua des images de sa mère, des images de sa sœur, de son frère qui l’avait soutenu après une blessure, du roi, mais certaines composantes de l’image de Vanessa, uniques, ne se prêtaient pas à la substitution. Aucune femme, par exemple, n’avait exactement la même voix, et pourtant Jeff l’imaginait lui chuchotant des mots doux que personne ne lui avait dit auparavant.

    Après quelques jours, Jeff retourna voir le sorcier, en panne d’inspiration.

    – Maître Blackinn, commença-t-il. J’ai fait ce que vous avez dit. J’ai enlevé de l’image de Vanessa tout ce que j’avais ajouté à partir d’autres personnes.
    – Très bien, commenta Blackinn. Si tu reviens, j’imagine qu’elle est encore là, n’est-ce pas?
    – Oui, et on aurait dit plus forte que jamais! Est-ce que ça pourrait arriver que ça ne fonctionne pas sur certaines personnes? Et si c’était un vrai amour, si elle était vraiment faite pour moi?
    – Ça ne fonctionne pas, jeune fou, parce que tu n’es pas encore arrivé au terme!
    – Que dois-je donc faire?
    – Traiter les images mentales qui ne se prêtent pas à la substitution, répondit Blackinn. La classique est la personne qui te chuchote « Je t’aime » à l’oreille.
    – Oui, je pense tout le temps à celle-là! s’exclama Jeff. As-tu dans mes pensées?
    – Non pas du tout, c’est ce qui arrive toujours. Alors pour traiter ça, tu vas te poser la question suivante: « Est-ce que Vanessa m’a dit ce mots? »
    – Non, elle m’a presque jamais parlé, avoua Jeff.
    – Voilà! Ton esprit a créé ces images de toutes pièces. Il faut arracher ces créations de l’image de Vanessa. Mais reconnaître les greffons n’est qu’une première étape. Tu peux pas purement et simplement arracher des morceaux d’une image mentale et les jeter; il faut les connecter quelque part et c’est cela que la substitution permet de faire facilement.
    – Que dois-je faire alors? s’enquit Jeff.
    – Réduire l’importance de ces greffons est l’idéal. As-tu besoin, réellement, qu’on te dise que tu es beau, que ta peau est douce et tout? Non! Alors pourquoi attends-tu que Vanessa le fasse? Si tu prends conscience de cela, tu sauras éliminer certains greffons. Mais d’autres resteront, parce que tu voudrais que Vanessa comble ton besoin d’affection. Il faut alors transformer l’image mentale pour pouvoir l’associer à une, idéalement plusieurs, autres personnes. Tu as besoin d’être complimenté? Le roi ou ton ami ne peuvent-il pas le faire pour toi, dans des mots différents bien évidemment que ceux que tu prêtes à Vanessa? Tu as besoin d’être aimé? Ton ami peut te procurer de l’affection, mais il ne va sûrement pas t’embrasser. En général non, quoiqu’il y a des exceptions.
    – Je ferai cela, maître.
    – Parfait, approuva Blackinn. Il te faudra probablement du temps pour réussir, alors patience, et n’oublie pas la méditation.

    Jeff repartit et fit ce que Blackinn lui avait prescrit. Il y passa de longues journées et y déploya tant d’efforts que parfois, il était aussi fatigué qu’après une rude journée de combat! Mais l’image mentale de Vanessa survivait, malgré tout ce travail. Jeff semblait tourner en boucle, contraint de toujours revenir en arrière et traiter, toujours et toujours, les mêmes images, appliquer les mêmes substitutions, les mêmes transformations, encore et encore, apparemment sans résultat autre que l’épuiser et le décourager. Il retourna donc voir Blackinn.

    – Maître, je dois faire quelque chose de travers, expliqua Jeff, parce que ça ne fonctionne pas.
    – Non, c’est très bien. Tu es simplement arrivé à une nouvelle étape du processus.
    – Alors que dois-je faire? s’enquit Jeff.
    – La prochaine étape est le relâchement, mon cher Jeff. En travaillant activement sur l’image mentale de Vanessa comme tu l’as fait, tu as créé en toi un processus qui se réfère à elle. Tant que ce processus existe, elle existe. Il faut que tu arrêtes toute tentative de cesser de penser à elle. Consacre-toi à la méditation et à d’autres occupations. Prends soin de ton cheval, par exemple. Tu l’as délaissé ces derniers jours et je l’entends d’ici crier sa désapprobation. Va voir le forgeron avec ton épée, aussi, elle aurait grand besoin d’être affûtée. Regarde comment il procède, ça va te changer les idées ça aussi.
    – Je vais faire ainsi, grand sorcier. Je vous remercie de votre patience et de votre bienveillance.

    Jeff repartit donc et fit ce que Blackinn lui avait indiqué. Il brossa sa monture, l’amena au maréchal pour qu’il lui réajuste ses sabots et observa soigneusement comme il procédait. Il prit le temps d’admirer le talent de l’homme. Il alla voir le forgeron avec son épée, la fit affûter et passa quelques heures à se pratiquer au combat. Le soir venu, Jeff se sentait mieux que jamais. Il croyait bien avoir réussi.

    Trois jours passèrent pendant lesquels Jeff se sentait bien. Il croyait avoir réussi à vaincre son fantasme. Mais au fil des jours, une inexplicable fatigue s’empara de lui et il se remit à penser à elle, au début de façon fugace, puis de façon de plus en plus insistante. Après une semaine, n’y tenant plus, il retourna voir le sorcier.

    – Maître Blackinn, ça ne fonctionne toujours pas. J’ai réussi pendant des jours à vaquer à mes occupations. Je pensais presque plus à elle. Mais ces derniers jours, elle est revenue, et je me sens toujours fatigué.
    – C’est normal, jeune chevalier. Ton esprit veut recréer l’illusion qu’il a chérie, et il y consacre beaucoup d’énergie, d’où la fatigue et peut-être même de l’irritabilité.
    – Que dois-je donc faire pour enfin me débarrasser de ça?
    – Commence par rétablir ta connexion à l’énergie universelle. Ensuite, penses à elle, encore une fois.
    – Encore?
    – Oui, encore.

    Un peu confus, Jeff repartit, mais malgré son scepticisme, il exécuta les instructions du sorcier à la lettre. Il se remit à la méditation, puis repensa à Vanessa, observa son image mentale et puis un moment donné, constata que l’image se fragmentait, devenait imprécise. Il ne pouvait plus évoquer avec toute la précision d’avant le visage de Vanessa, sa voix, il ne pouvait plus la faire chanter ou danser pour lui. Pourquoi? Parce que toutes ces actions avaient été empruntées à d’autres images, Jeff en avait pris conscience et son esprit ne pouvait plus employer ces artifices pour bâtir l’image de Vanessa. Privée de détails, l’image ne pouvait que se tapir dans son inconscient et absorber de l’énergie pour rester en vie. La dernière évocation la mit au jour, la révélant dans toute sa fragilité.

    Une pensée seule, aussi forte soit-elle, n’est qu’un objet statique. Celui qui la contemple suffisamment longtemps, sans la juger, sans y résister, en devient maître et peut alors la remiser dans un tiroir de sa mémoire. C’est cela que Jeff vit avec Vanessa. Il ressentirait certes une certaine affection lorsqu’il la verrait, mais elle serait régulée et ne s’emballerait plus comme un cheval fou. Jeff avait réussi dans sa quête et il en était bien fier. Il avait sauvé non seulement sa vie et celle de celle qu’il pensait aimer, mais il avait aussi grandi dans cette expérience. Ce qu’il avait appris, il en était sûr, allait peut-être un jour l’aider dans un autre combat.

    Plusieurs jours passèrent, mais un jour, un incident vint briser le soulagement et le sentiment de victoire de Jeff, si profondément qu’il dut retourner voir le sorcier.

    – Sorcier Blackinn, ô grand enchanteur, j’implore votre patience et surtout votre clémence.
    – Qu’y a-t-il, Jeff, tu sembles dans tous tes états.
    – Je suis désolé, mais je dois défaire ce que j’ai fait.
    – Pourquoi?
    – Le roi, le roi, balbutia Jeff, il m’a offert Vanessa en mariage pour mes bons et loyaux services. Il a vu que je la dévorais des yeux l’autre jour, avant ma rémission, et veut me l’offrir. Si je refuse, j’ai bien peur que lui ET Arthur me coupent la tête!
    – Alors, tu veux retrouver ton amour que tu crois perdu?
    – Oui, c’est ça! répondit Jeff, plein d’espoir. C’est possible?
    – Pas vraiment, avoua Blackinn. Ce que tu voudrais faire là est plutôt insensé. Ce serait comme tenter de ramener un dragon apprivoisé à l’état sauvage.
    – Alors, il y a peu d’espoir. Je devrai me marier, vivre malheureux et faire croire à Vanessa que je l’aime de tout mon cœur?
    – Ce serait fourbe et idiot de faire ainsi, admit Blackinn. Mais sache une chose, mon jeune ami. Ton amour pour elle est toujours là. Tu ne l’as pas détruit mais seulement transformé, apprivoisé. Tu retrouveras jamais cet amour frivole et fantasmatique de jeunesse, parce que tu as sacrifié le plaisir pour sauver ta vie. Mais tu y gagneras une joie plus durable que le meilleur des métaux, plus profonde que tous les océans et plus précieuse que le plus magnifique diamant. Le problème est qu’elle n’a pas parcouru le même chemin que toi.
    – Que dois-je faire alors?
    – Tu devras la mener à travers le même parcours que tu as traversé. Son amour pour toi, s’il existe, sera mis à très rude épreuve, mais il pourrait fort bien survivre et se renforcer, ou se créer s’il n’existe pas encore. N’hésite pas à me l’amener, si tu te sens incapable d’enseigner ce que je t’ai montré ou si elle n’y comprend rien. Parfois, il faut plusieurs bouches pour franchir les cloisons des oreilles fermées.
    – J’admire votre sagesse, grand sorcier. J’étais venu pour obtenir un remède contre l’amour, pour ne plus penser à Venessa. Vous auriez pu me donner une potion à prendre à vie qui l’aurait chassée pour toujours de mon esprit. Au lieu de cela, vous m’avez donné les moyens de comprendre les sentiments que j’avais pour elle et permettre à mon esprit logique de faire le nécessaire pour sauver ma vie et la sienne, dans les circonstances passés.
    – C’est exact. C’est la beauté de l’esprit humain. Si on ne l’endommage pas par des moyens physiques, rien ne s’y perd. L’esprit conserve et transforme, pour toujours mieux s’adapter au moment présent mais aussi aux changements futurs.
    – Je vous remercie, grand sorcier. Je vous serai éternellement redevable pour vos services.
    – Ça m’a fait le plus grand des plaisirs. Tu as donné un nouveau souffle à cette technique et en te l’enseignant, je l’ai mieux structurée et l’ai fait évoluer vers le niveau suivant. Comme tu as peut-être commencé à comprendre, elle peut servir à bien d’autres usages que dompter l’amour. Avec un peu d’adaptation, on peut possiblement apprivoiser la colère, l’envie et d’autres vices qui rongent notre espèce depuis la nuit des temps. Cela reste à voir.

  • Démons tentateurs

    Au terme d’une longue journée de marche sous le soleil, j’arrivai devant une rivière trop longue pour être contournée et trop profonde pour être traversée à gué. Je retirai mes bottes et y plongeai les pieds dans le but de me rafraîchir un peu et d’évaluer la possibilité de la traverser à la nage. Lorsque j’eus de l’eau jusqu’aux genoux, je sentis un fort courant capable soit de me ramener vers la rive d’où je partirais, soit me pousser et me maintenir au fond. Je n’aurais donc pas la force nécessaire pour traverser à la nage et risquais même d’y laisser ma vie. Il n’y avait pas de pont non plus.

    Un peu désemparé, je considérai l’option de longer la rivière jusqu’à enfin la contourner, mais cela risquait de retarder mon voyage de plusieurs jours. Il y avait par chance beaucoup d’arbres à proximité, de quoi me ramasser du bois pour un feu. Je m’installai donc au bord de la rivière pour la nuit. Je fis un feu et passai au moins une vaine heure à essayer de pêcher. Je dus me contenter d’un restant de viande séchée ce jour-là.

    Le lendemain matin, ma résolution était prise: j’allais me construire un radeau pour franchir l’obstacle. Pour ce faire, je commençai à couper du bois avec mon épée, seul objet tranchant que j’avais sur moi. L’arme, pas conçue du tout pour ça, me donna beaucoup de misère. J’en vins à pousser des hurlements de colère et finis par m’entailler au poignet à force de m’escrimer contre un arbre qui passa proche me tomber sur la tête!

    – Aventurier, m’interpella alors quelqu’un. Que de misère pour si peu, n’est-ce pas?
    – Oui, approuvai-je. Ça va très mal aujourd’hui.
    – Pourquoi te donnes-tu tant de peine? Pour traverser cette rivière?
    – Oui.
    – Je peux t’aider à la traverser plus facilement. Tu n’as qu’à grimper sur mon dos. Je pourrai te la faire traverser en volant.
    – Ok, approuvai-je, soulagé.
    – Mais il y aura un prix à payer: tu devras me donner un peu de ta volonté, de ton énergie vitale.

    Je faillis accepter, mais avant, je remarquai que mon sauveteur était vêtu de noir et arborait des cornes. Un démon! J’en avais entendu parler. Plusieurs ont cédé à leur tentation et en ont perdu toute volonté d’agir de leur plein gré. Le démon te prend ton courage, ta détermination et ton esprit d’aventure, te laissant telle une coquille vide sur le sol, à la merci des éléments, des bandits et de ta propre passivité. Un aventurier qui se laisse porter par un démon une fois ne va pas subir tous ces effets secondaires, mais il sera sous son charme. Le démon reviendra à chaque épreuve que l’aventurier aura à subir et le tentera, encore et encore, et l’aventurier cédera de plus en plus souvent, jusqu’à ce qu’il soit trop tard pour lui.

    Résigné, je me remis à la tâche, m’escrimant à dépecer l’arbre fraîchement coupé. J’arrachai les feuilles, les petites branches et continuai jusqu’à n’avoir que le tronc.

    – Que fais-tu, jeune homme?
    – J’essaie de construire mon radeau, répondis-je. Je ne peux pas monter sur ton dos. Je connais des gens qui l’ont fait et ont perdu toute volonté de faire autre chose.
    – C’est pas si grave que ça, à bien y penser, tu trouves pas? À quoi bon toute cette misère?
    – Parce que c’est elle qui donne son vrai sens à la vie!

    Je me rappelai un vieil ami qui me disait devoir prendre des potions tous les jours et passer des heures à incanter et à méditer pour se protéger de la tentation future. Après avoir cédé une fois, tu es damné et vulnérable. Il te faut beaucoup d’artifices pour te protéger.

    L’arbre enfin dépecé, je commençai à découper le tronc dans le but d’obtenir des tubes d’environ un mètre de long. J’en eus seulement deux avec l’arbre si bien que je dus m’en couper un autre, puis un autre. Mon épée cassa pendant la coupe. Fou de colère, je la jetai dans la rivière.

    Le démon, impassible, restait là, prêt. Il ne réitéra pas son offre, sachant que je la connaissais déjà. Il restait là et c’était suffisant comme tentation. Je le regardai fixement un moment donné et faillis céder.

    Après avoir enfin réuni les bûches nécessaires, utilisant ma dague pour achever de les tailler, je me suis coupé des lianes et entrepris de lier ces bûches ensemble. Lorsque ça m’a semblé correct, j’ai entrepris de mener l’embarcation de fortune à la rivière, mais dès que j’ai déplacé le radeau, il s’est tout cassé. J’ai dû solidifier les attaches, utilisant toujours et toujours plus de lianes.

    En fin de compte, il me fallut trois jours pour construire ce foutu radeau. Mais au moins après, je savais pouvoir en refaire un autre au besoin. Utilisant une retaille de coupe comme rame, j’ai fini par pouvoir traverser la rivière sain et sauf.

    – Que feras-tu de te ton radeau? me demanda le démon, qui avait volé jusqu’à l’autre rive.
    – Je vais devoir le laisser là, répondis-je, résigné. Ça me fait mal au coeur, j’aimerais ça le garder, mais il sera trop lourd et m’épuisera. Je devrai en construire un autre s’il y a une autre rivière.
    – C’est toi qui vois. Je serai là, aussi, sur la prochaine rive.

    Le démon disparut. J’avais gagné cette bataille et cette victoire me donna une énergie nouvelle. Mais je savais ne pas avoir remporté la guerre. Il y aurait d’autres tentations, d’autres démons. Chaque victoire me donnerait de l’énergie, me permettant de résister plus facilement à la tentation prochaine. Chaque défaite, en contrepartie, me rendrait plus vulnérable à la tentation suivante.

    J’ai aussi entendu parler de démons bleus encore plus dangereux que les noirs. Ceux-là t’emportent avant même de t’avoir demandé et te prennent de l’énergie! Pour résister à un démon bleu, il faut idéalement le prendre de vitesse, ce qui n’est pas facile du tout. Si je réussis à franchir l’obstacle avant qu’il n’ait la moindre chance de m’aider à le faire, il ne pourra me prendre de la volonté. Mais c’est très difficile, parfois impossible. Par exemple, je n’aurais jamais pu bâtir ce radeau, même si j’y avais été habitué, avant qu’un démon bleu ne m’agrippe et ne me fasse franchir la rivière. Il faut donc combattre le démon, pas seulement l’entité physique mais aussi la séduction que sa tentation suscite. Y arriverai-je, si je suis confronté à pareille bataille? Pas certain, probablement qu’un dragon serait plus facile à tuer que ça!

    La présence de ces démons fait aussi oublier qu’il existe des êtres bien intentionnés dans ce monde. L’aide ne va pas toujours coûter l’âme du bénéficiaire et c’est une chance! Être confronté à ces démons met le discernement de l’aventurier à rude épreuve. Aucune incantation, aucune potion, ne peuvent soigner ce mal. Seul le temps et la réflexion le peuvent.

  • Bataille élémentale

    L’eau, omniprésente source de vie. Elle est partout dans notre monde. Les océans en sont remplie, elle coule dans les rivières et on ne pourrait parler de lacs sans elle. Elle a sa place à ces endroits, pas sur le sol de ma base. Elle empêche de placer des torches pour l’éclairage et bon nombre de machines refusent de fonctionner sous l’eau. J’ai passé des heures à retirer l’eau là où il ne devait pas y en avoir, gaspillé plein d’énergie à essayer et fini par me rendre compte que je devais non pas combattre seulement l’eau mais aussi la tentation de céder et la laisser envahir toute ma base, tout mon esprit. À quoi bon résister, aussi bien nager et me laisser porter par le courant.

    Tandis que je tente tant bien que mal de traiter avec l’eau, un ennemi plus cruel encore rôde: la lave. Source de chaleur, lumière et d’énergie, c’est aussi un cruel meurtrier. Une chute dans la lave te vaut un voyage vers l’au-delà! Je peux certes pomper la lave et la stocker dans des cellules d’étain, et utiliser ces cellules pour en extraire de l’énergie, mais il restera toujours de la lave quelque part pour me plonger dans la peur d’y tomber.

    J’ai perdu beaucoup de temps et d’énergie avec l’eau, mais en fait, le vrai ennemi était la lave et la peur d’y tomber. Mais l’eau aussi, si on la laisse couler, peut envahir le monde et l’esprit, tout engloutir et mener à la passivité: nager, se laisser porter, plus rien faire d’autre. Tandis que je résistais à l’envie de céder à l’eau et à ses attraits, la peur de la lave grandissait dans mon inconscient, prenant de plus en plus d’espace. J’en vins à un point qu’elle était si grande que je ne pouvais plus vaincre. Mon esprit était complètement submergé par la tentation de l’eau et la peur de la lave.

    Pour défaire ce blocage, j’ai dû céder, j’ai dû accepter que je voulais cesser de me casser la tête et que j’aimerais bien me laisser porter par les flots plus souvent, que je me sentais bien, heureux en le faisant, mais que toujours faire ainsi m’empêcherait de construire de nouvelles machines, de ramasser de quoi subsister et surtout, d’apprendre et de grandir. Libéré partiellement, mon esprit trouva alors la solution: retourner l’eau contre mon vrai ennemi la lave.

    Le jour où l’eau que je laissai me porter entra en contact avec la lave, quelque chose d’inédit se produisit. D’abord, les deux forces opposées s’annulèrent et les deux esprits élémentaux se détruisirent mutuellement. Mais ils laissèrent derrière eux un bloc noir très solide: de l’obsidienne. Grâce à ce matériau, je pourrais construire un rempart capable de me protéger aussi bien contre l’eau et la lave mais aussi contre d’autres menaces, comme ces monstres explosifs qui reviennent toujours et toujours me hanter.

    Mais faudra-t-il, à chaque fois que j’ai besoin d’un bloc d’obsidienne, me laisser porter par l’eau et risquer d’y laisser toute envie de faire autre chose? Peut-être pas, peut-être puis-je construire une machine capable de collecter l’eau de l’atmosphère, la canaliser dans une autre machine qui recevrait aussi de la lave. Les deux entitiés se détruiraient dans la machine et créeraient l’obsidienne. Oui, c’est cela que je ferai, et je pourrai enfin consacrer mon énergie à d’autres choses plus utiles que ces combats à refaire sans cesse!

  • Le voyage

    Sous la pleine lune, au bord de l’eau, j’attendais qu’enfin un zombi apparaisse. Je voulais m’entraîner au combat en cette belle nuit et aussi obtenir quelques objets de valeur que ces ennemis jettent en mourant. En attendant des annemis qui ne venaient pas, je pêchais au bord du lac. En trois heures de longue patience, je ne pus obtenir qu’un poisson. J’eus la visite de six araignées, un monstre explosif mais seulement un zombi que je parvins à tuer assez facilement. Un squelette me posa beaucoup de problèmes, passant proche me tuer. Il se cachait derrière un arbre et me tirait des flèches. Lorsque je le vis enfin, j’étais déjà presque mort. Je tentai de lui foncer dessus, parvins à lui donner un coup, mais il fallut plus de cinq coups pour enfin en venir à bout.

    Décidément, aucun zombi ne m’offrirait les patates et les carottes dont j’avais grand besoin. Il ne restait plus qu’une solution: partir en expédition pour dénicher un village. Le grand KeBaTeK a tenté plusieurs fois en vain d’en trouver un, mais je ne pouvais pas m’empêcher d’essayer moi aussi. Je pourrais en chemin trouver un désert dont j’aurais grand besoin pour obtenir beaucoup de sable, pour en faire de la vitre.

    Cette expédition ne sera pas facile. Elle me rappellera cruellement mes premiers jours dans la montagne où j’ai repris conscience, sans savoir d’où je venais et qui j’étais. Je me souvenais des difficiles instants de survie, pendant lesquels j’osais à peine m’aventurer pour couper du bois. La nuit, je devais me cacher pour éviter la visite des monstres, car je n’avais ni arme ni armure. Je me plaçais des balises pour me repérer et retrouver mon camp de base.

    Un jour, KeBaTeK m’a contacté et m’a transmis les coordonnées de son camp de base, dans la jungle. J’ai suivi ses indications et l’ai rejoint. Nous avons là accumulé quelques ressources: des pierres, des métaux et de la nourriture. C’est là que j’ai construit mes premiers outils et creusé mes premières cavernes. Puis nous avons trouvé la nouvelle base, plus grande.

    Un jour, tandis qu’il pleuvait, j’ai creusé dans la montagne et déniché un coffre dans lequel il y avait un vieux livre. Il traitait d’un art élaboré par un ancien peuple déchu, les D’ni. Selon cet art, il était possible de voyager entre les mondes en utilisant des livres magiques. Selon cet art, un livre de liaison permet de rallier un point précis dans une autre dimension tandis qu’un livre descriptif représente un point d’entrée vers un nouveau monde, appelé un âge. Les livres descriptifs sont difficiles à créer et très précieux. Si un tel livre est détruit, l’âge auquel il se réfère est en péril et peut être déstabilisé.

    La création de livres descriptifs demande la connaissance de la langue D’ni et une compréhension approfondie des symboles et de leur interaction. Cet apprentissage est impossible sans un maître D’ni… qui n’existe même plus. Il faut donc dénicher des pages déjà écrites et en recopier leurs symboles. Le livre D’ni indique qu’il faut disposer ces pages dans un ordre précis et précéder ces pages d’un panneau de liaison. Les pages sont difficiles à avoir: il faut les acheter auprès d’un villageois spécialisé dans leur commerce ou encore les obtenir dans un âge instable créé avec un simple panneau de liaison et une page blanche.

    Par contre, l’art D’ni peut être utile sans les livres descriptifs et les pages, à condition d’avoir accès à une autre dimension. Il permet en effet de voyager rapidement d’un point vers un autre. Justement, je pouvais ouvrir un portail vers une autre dimension, celle des enfers. Il suffisait de construire un avant-poste sécurisé là-bas; ce serait un nexus, une salle remplie de livres de liaison.Il suffisait de créer quelques livres dans le nexus pour pouvoir, du monde normal, revenir là-bas. Puis pendant mon voyage, j’amènerais un livre de liaison vers le nexus et un livre vierge que je transformerais en livre de liaison rendu à un point où je veux pouvoir revenir.

    Mais pour arriver à faire tout ça, je devais me créer des livres de liaison. Le premier ingrédient nécessaire à leur obtention, c’est de l’encre. J’ai tenté d’en obtenir en tuant des créatures noires qui naissent dans l’eau, mais je n’ai jamais aperçu de telles créatures. J’ai tenté d’en piéger dans un bassin, en vain. Mais un livre d’alchmie que j’avais déniché quelque part m’a enseigné comment créer une pierre magique semblable à la célèbre pierre philosphale. Grâce à cette pierre, je pouvais transformer des pétales de fleur orange en sacs d’encre.

    Lorsque j’eus plusieurs sacs d’encre, je les plaçai dans un bassin d’eau et les laisser tremper une nuit. Le liquide noir qui résulta du processus n’étais malheureusement pas assez visqueux. Je dus le faire bouillir en utilisant du charbon pour obtenir une encre qui pouvait couler sur le papier et y adhérer. Ainsi, il me fallut plusieurs jours simplement pour obtenir l’encre nécessaire à la fabrication de ces livres.

    Le livre D’ni indiquait le motif précis à imprimer sur le papier pour transformer une feuille en panneau de liaison. Je passai des jours et des jours à tenter de transcrire fidàlement les symboles, puis je passai un temps fou à m’essayer à travailler le cuir dans le but de créer des reliures. Lorsque je maîtrisai suffisament le travail du cuir pour obtenir des couvertures grossières, je commençai à créer des livres. Le livre fraîchement relié ne sert à rien. Il faut l’ouvrir pour qu’il mémorise la position et la dimension courantes. Ensuite, on peut retourner à ce point depuis n’importe quelle autre dimension. Il va de soit que la création de livres de liaison est un savoir essentiel pour pouvoir revenir de toute expédition dans un âge atteint par un livre descriptif.

    Lorsque j’eus mon premier livre, fier de moi, je l’ai ouvert pour qu’il mémorise ma position, puis j’ai traversé le portail vers l’enfer. Là, j’ai tenté d’ouvrir le livre puis de toucher le panneau de liaison. Malheureusement, rien ne se produisit. Le panneau de liaison ne fonctionna jamais. Je n’étais pas parvenu à transcrire les symboles de façon suffisamment fidèle. Il me fallut effectuer soixante autres essais avant d’obtenir UN seul livre fonctionnel!

    Bon, je peux réussir, me suis-je dit, à transcrire ces symboles. Il faudrait donc que je le refasse une autre fois, mais cette fois sur une pierre que je pourrais utiliser comme matrice.  En enduisant cette matrice d’encre et en l’appliquant sur une feuille vierge, j’espérais pouvoir obtenir des panneaux de liaison par pressage.

    Je passai donc des jours et des jours à transcrire les symboles sur une pierre. Lorsque je crus que c’était suffisamment bien fait, y passant près de trente pierres et choisissant la meilleure, je commençai à graver les symboles avec un pioche en fer. La pioche cassa, puis la pierre en fit de même. Je dus recommencer avec une autre pierre et me construire une cisaille permettant de sculpter la roche plus efficacement.

    Lorsque je crus enfin que c’était correct, je posai cette pierre sur ma tble de briques, fis fondre du fer et le coulai sur la pierre. Il en résulta un moule inversé que j’enduisis d’encre et pressai contre une feuille de papier. Je testai ensuite mon nouveau panneau, qui ne fonctionna JAAIS! Je dus donc tout recommencer le processus, cela prit des semaines, mais un moment donné, j’avais un panneau de liaison, puis deux, puis trois, puis quatre! J’ai utilisé ce nouveau savoir pour établir un lien plus direct entre l’ancienne base de la jungle et la nouvelle. Avant cela, je devais traverser l’enfer sur plusieurs kilomètres pour pouvoir me rendre d’une base à l’autre.

    Durant ces longues semaines de frustration, j’ai tué tellement de zombis que je ne saurais les compter. Aucun, je dis bien aucun, ne m’a donné de patates ou de carottes! Mais là au moins, je peux créer des livres de liaison. Je partirai bientôt pour mon expédition. Il y a un gigantesque arbre que j’ai aperçu au loin; ce sera mon premier objectif. Je vais l’atteindre, y creuser un avant-poste et établir une jonction vers la base en utilisant les livres de liaison.

  • Le creuseur de tunnels

    Tout en rangeant les derniers lingots de métal dans les barrils, je réfléchissais à comment je pourrais procéder pour prévenir une nouvelle explosion. En effet, j’étais venu ce matin dans la salle de stockage me créer une machine permettant d’extraire plus de caoutchouc de la résine pour tomber face à face avec un monstre gris. Surpris, j’ai reculé de quelques pas, dégainé mon épée et foncé vers la créature qui s’est mise à crépiter. Je lui ai administré un coup, reculé de quelques pas pour qu’elle cesse de crépiter, mais le monstre, lui, s’est avancé vers moi. J’ai eu le temps de lui balancer au moins trois coups d’épée avant qu’il ne m’explose en pleine face, me laissant presque mort et créant un véritable foutoir dans la salle de stockage. Le plancher était percé et plusieurs barrils de stockage, brisés. Sans mon armure, je serais mort à cause de cette explosion. Je crois que les dieux de notre monde ont décidé qu’il y aurait des monstres explosant avec divers degrés de force. L’autre jour, KeBaTeK et moi en avons rencontré un petit. Là, c’était un GROS, du jamais vu!

    Pourquoi ce monstre est-il apparu? Selon les lois de notre univers, ils apparaissent en l’absence de lumière, mais j’ai bien vérifié que toute cette salle était bien éclairée. Serait-ce la zone d’ombre au plafond? Pas certain. Grimper pour suspendre des luminaires là me prendra des heures! Et je pourrais mettre des torches à plus finir sans que cela ne suffise. Les dieux ont peut-être modifié les règles selon des caprices connus d’eux seuls! Ou bien le monstre est apparu dans l’ombre sur le toit, durant la nuit, et est tombé à l’intérieur? Se pouvait-il qu’il soit passé à travers les murs? Confus, à bout de nerfs et de moyens, je me le demandais!

    Un peu découragé, sachant que ça pouvait toujours se reproduire, je suis allé potasser un livre dans l’espoir de trouver un moyen de renforcer mon épée, pour qu’elle puisse tuer ce genre de menaces plus facilement. Selon le livre, cette arme était déjà parmi les meilleures de sa catégorie. Je ne pourrais obtenir mieux qu’avec des alliages de cobalt et d’ardite qui seraient difficiles et dangereux à obtenir.

    J’ai découvert comment travailler le métal depuis quelques semaines, pendant mon long séjour de solitude dans la jungle. En mélangeant de l’argile, du sable et de la gravelle, puis en cuisant cette boue, j’ai obtenu des briques capables de résister à une haute température, celle de la lave en fusion. J’ai utilisé ces briques pour bâtir un four dans lequel je pouvais faire fondre du métal. J’ai tenté de couler ce métal sur une table, elle-même fabriquée à partir des briques résistantes à la chaleur. Mais tout ce que je pouvais obtenir avec ce procédé, c’étaient de simples plaques de métal impossibles à travailler. Je n’arrivais pas à les façonner pour en former des outils.

    Un jour, j’ai tenté de tailler une pièce en pierre, je l’ai placée sur la table à coulée puis j’ai versé le métal en fusion dessus. Il en a résulté un moule réutilisable dans lequel je pouvais couler du métal pour former des pièces. Mais le moule n’est utilisable que si je le fabrique à partir d’un alliage d’aluminium et de cuivre. C’et alors que j’ai pu, pour la première fois, me forger une épée en fer, beaucoup mieux que l’arme en os qui pouvait à peine tuer des animaux. Elle me serait bien utile, celle-là, me dis-je. Puis jai forgé une pioche par le même procédé.

    Malheureusement, le grand KeBaTeK a quitté la base de la jungle pour s’en construire une plus grande, très loin. Je ne pouvais donc pas rester dans la jungle, sinon je devrais continuer mon périple seul. Pour atteindre la base, à plus de 900 kilomètres de ma position, il m’aurait fallu des semaines de marche et des nuits dangereuses sur des terres sauvages. J’ai songé créer une machine capable de creuser un long tunnel sous terre, mais KeBaTeK a déplacé ce dont j’aurais eu besoin pour le faire vers la nouvelle base. Je devais donc trouver autre chose.

    Il existe un univers parallèle, une autre dimension, dans laquelle les distances sont plus courtes. Un kilomètre dans notre monde équivaut à moins de cent mètres là-bas! Pour s’y rendre, il faut créer un portail en obsidienne, l’enflammer et prononcer une longue incantation. À la moindre erreur, rien ne se passe et il faut tout recommencer. Mais KeBaTeK avait déjà créé le portail.

    Alors j’y suis allé, mais là-bas, il n’y avait aucun chemin menant vers un autre portail. Des monstres poussant des miaulements ressemblant à ceux d’un chat rôdaient autour de moi, menaçant de sortir de leur cachette pour me bombarder de boules de feu! Il ne fallait pas m’attarder à chercher une voie d’accès. J’ai donc creusé, creusé, creusé, en utilisant ma nouvelle pioche. Elle m’a permis de parcourir la moitié du chemin avant de se casser.  J’ai eu besoin de deux autres pioches pour enfin y arriver. Là-bas, il n’y avait aucune porte. J’ai dû rebrousser chemin, obtenir de l’obsidienne et fabriquer une autre porte, là-bas, à l’autre bout de mon tunnel, pour enfin arriver à la nouvelle base de KeBaTeK! Mais le chemin en a largement valu la peine!

    Sitôt arrivé là-bas, j’ai obtenu des sacs d’encre. Je n’ai pas réussi à en trouver dans l’eau si bien que j’ai utilisé une pierre magique pour transformer de la teinture orange en encre! La teinture a été obtenue en mélangeant des pétales de fleurs. J’ai utilisé l’encre pour créer des panneaux de liaison qui m’ont ensuite permis de créer des livres. Ces livres sont magiques; ils permettent de se déplacer d’un point à un autre entre les dimensions. J’ai pu les utiliser pour créer un chemin plus direct entre nos bases.

    Il y a beaucoup plus d’espace ici que dans la jungle et les environs sont plus hospitaliers. Au lieu d’une jungle contraignante, nous avons de superbes montagnes regorgeant de terre, de sable, de bois et peuplées d’animaux. Le soleil dispense une douce chaleur et les eaux regorgent de poissons.  Mais je n’ai pas la patience de passer des journées à pêcher; je vais probablement tenter de me créer une machine pour le faire à ma place, un bon jour.

    Mais là, le problème des monstres qui explosent est ma préoccupation principale. Je pourrais tenter de les tirer à l’arc, mais je ne suis pas certain que cela suffira. Peut-être devrai-je inonder la salle. S’il y a six pouces d’eau au sol, les monstres ne pourront exploser. Mais ce ne serait pas très agréable de séjourner dans une telle pièce. Je songe aussi à la possibilité de refaire le plancher en obsidienne (à condition de créer une machine pour en produire) et d’utiliser des barrils plus solides qui ne se briseraient pas en cas d’explosion. Il me faudrait les remettre en place, mais au moins leur contenu ne se répandrait pas partout.

    Je ne sais pas. Mais je ressens un peu d’espoir, je me sens mieux que sous terre dans la jungle. Depuis que j’ai creusé ce tunnel dans l’autre monde, je sais qu’il y a quelque chose de possible. Il faut simplement éviter de m’acharner sur la solution que je pensais la bonne au début et adapter ma stratégie aux réactions du monde qui m’entoure. Si ça ne fonctionne pas avec du fer, essaie avec du cuivre ou de l’étain, ou un alliage des deux. Là où la technologie échoue lamentablement, peut-être la magie peut réussir. Mais dans tous les cas, quelque chose est nécessaire, quelque chose qui transcende tous les moyens humains et non humains: la foi. Y croire. Sans la foi, il n’y a que malheur et désespoir.

  • La naissance d’un pyromane

    Depuis l’enfance, on nous répète de ne pas jouer avec le feu, que c’est dangereux. À cela, je me dois de répondre qu’il n’y a aucun vrai plaisir sans risque! J’ai découvert cela hier soir, lors d’une expérience… enflammée! Triste que l’été tire déjà à sa fin et tourmenté par des démons connus de moi seul, je voulus tenter quelque chose de nouveau pour moi, une technique de méditation bien simple: la contemplation d’une flamme.

    Pour y parvenir, j’ai allumé une bougie que j’ai placée sur une table dehors. Animée par le vent et sa propre volonté, la flamme dansa pour moi, telle une diva d’un autre monde. Je la fixai, tentant d’oublier tout le reste, puis commençai à entrer en transe. Au moment où je ressentis l’énergie universlle me traversant de part en part, alimentant les parties de ma conscience capables d’opérer des conversions de processus, un coup de vent m’arracha ma danseuse privée, brisant du même coup mon état de transe. Ce fut si brutal que je sursautai et faillis pousser un cri.

    C’est alors que je voulus plus! Je savais pouvoir le faire, je savais pouvoir, ce soir, aller plus loin que jamais je ne le suis allé. Pour y parvenir, j’allai chercher un chaudron dans lequel je versai un peu d’huile. J’y ajoutai une dizaine de lettres dont je voulais me débarrasser depuis longtemps d’une façon spectaculaire. Puis je mis le feu là-dedans! Ah quelle euphorie s’empara de moi! Je trésaillis d’excitation et ne pus réprimer un cri de joie! Le feu se propagea vite, formant une entitée dotée d’une vie propre.

    Mais je savais qu’il s’éteindrait vite. Pour l’alimenter, j’allai dans la cuisine me chercher un tabouret et l’amenai à l’extérieur. Je l’abattis violemment contre le sol, ce qui le brisa en plusieurs morceaux. Je plaçai une patte dans le chaudron, mais le feu ne prit pas. Je tentai d’enduire la patte d’huile, elle sembla s’enfammer, mais le feu s’éteignit encore. Décidé à aller aussi loin que mon esprit tordu me le permettait ce soir-là, je démarrai mon four à température maximale, y plaçai les morcaux de bois pendant plusieurs minutes et en jetai dans le chaudron, en utilisant des mitaines de four pour les transporter. L’augmentation de la température induite par le four fit en sorte que le bois s’enflamma au contact de l’allumette. C’était vraiment spectaculaire, à faire peur! Pour être sûr que ça brûle bien comme il faut, je jetai encore un peu d’huile là-dedans, puis tant qu’à faire je vidai le restant de ma bouteille!

    Je regardai le bois brûler. Le feu, ultime destructeur mais aussi dispensateur de chaleur et de vie, mettait sous mes yeux fin à un monde pour en créer un nouveau, espérons-le plus beau. Son crépitement, qui s’accentuait avec l’incandescence de mon brasier, semblait m’appeler, tel le chant d’une sirène. Incapable de résister, je m’aprochai le visage des flammes, essayant de voir à travers elles la solution à peut-être au moins quelques-uns de mes problèmes. Feu, feu, joli feu, donne-moi l’inspiration qui me manque si cruellement, pour déceler en moi les processus fautifs à transformer, les clés permettant de maîtriser les images mentales et les manipuler à volonté, l’accès à l’énergie universelle au niveau mystique. Donne-moi la force et le courage pour vaincre le mal qui rôde dans ma caverne intérieure. Accorde-moi le pouvoir d’ouvrir les portes du plan astral!

    Fou d’allégresse, je pris une grande inspiration, tâchant d’aspirer le plus de fumée possible. Les yeux me picotaient, la gorge me faisait mal et je me mis à tousser, tousser, tousser, comme jamais je ne l’avais fait auparavant. Va-t’en, démon! Sors de mon corps, je te chasse, au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit! Je t’exorcise et par ces flammes, t’ouvre la porte vers ton lieu de naissance! Retournes-y et restes-y! Sois puni par ton maître pour ton échec, parce que tu n’as pas réussi à me posséder jusqu’à la folie! Le feu t’a chassé, et le voilà qui te reprend pour te ramener d’où tu viens!

    Je sus ensuite que je pouvais aller plus loin encore. D’abord lentement, j’approchai ma main gauche des flammes. La chaleur et la raison me repoussèrent au début, mais mon exaltation en eut raison. Je savais que ma main pouvait traverser les flammes, ce soir, et en ressortir indemne, voire renforcée. Fou de joie, je touchai le feu et tentai de m’en saisir une poignée. Le feu, docile, resta dans ma main pour y brûler joyeusement. Inspiré, je plongeai mon autre main dans les flammes et m’en saisis une poignée. Les deux mains enflammées, je me mis à hurler de douleur mais aussi de joie, tout en agitant les bras comme un oiseau battant des ailes. Puis je commençai à incanter, décidé à ouvrir un passage vers l’autre monde, celui où mon double avec des connaissances magiques existe. Lui saura quoi faire pour la suite!

    Cela ne fonctionnant pas, je me dis que je devais faire plus pour terminer le rituel! Je joignis donc mes mains enflammées et, poussant un dernier cri, les portai à mes lèvres! La douleur n’eut d’autre mesure que ma profonde exaltation. Jamais je n’ai ressenti pareille allégresse. Puis tout disparut.

    Lorsque je repris conscience, le feu s’était éteint. Il ne restait plus que quelques braises dans le fond du chaudron. Les mains pleine de cloques, je ne pouvais plus me saisir de quoi que ce soit. La langue enflée, c’est à peine si je pouvais parler. J’avais les oreilles qui me bourdonnaient et la gorge qui me picotait. Les yeux me chauffaient et j’avais l’esprit embrouillé. Mais je ressentais un profond soulagement, une paix intérieure inégalée jusqu’à présent. Je laissai là le chaudron et rentrai me coucher. Plusieurs heures s’étaient passées depuis que j’avais goûté le feu.

    Ce que je sus ce soir-là, c’est que je devais le refaire, et le refaire plus gros, toujours plus gros. Je vais trouver du bois à brûler, beaucoup de bois, et un endroit grand, une large surface d’asphalte ou de béton, ou un vieil entrepôt. Et je vais le refaire, toujours et toujours.